Il y a quelques temps, je vous avais proposé 5 actions à mettre en place au quotidien pour rendre notre monde un peu moins sexiste et dégueulasse.

J’avoue, j’ai menti. Dans le premier volume, j’ai surtout donné quelques pistes théoriques pour te faire réfléchir à propos du sexisme.

Je souhaitais vraiment reprendre les bases et poser un cadre, juste au cas où certain.e.s lecteurices ne soient pas hyper familier.e.s du sujet.

Aujourd’hui, promis, on passe à l’action !

Comment être un allié ? Volume 2.

Cette fois ci, les actions vont te demander un peu plus d’investissement et de prise de position assumée. C’est pour cela que je tiens à te préciser qu’en matière de lutte, chacun.e fait en fonction de ses moyens (physiques ou psychologiques).

Tout le monde n’a pas les moyens d’aller en manifestation, en action ou même suffisamment d’assurance pour aller à contre-courant en public et tenir tête à des personnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Et ce n’est pas grave.

Ne te met surtout pas la pression, et fait de ton mieux, à ton niveau (les choses viendront petit à petit).

1. Reprends ton entourage lorsque leur attitude pose problème

Le début du changement passe forcement par cette étape : faire comprendre aux autres que leurs actes sont problématiques.

N’hésite pas à te faire entendre ! Tu t’exposera probablement à de la réactance, mais crois en mon expérience, les choses s’améliorent toujours avec le temps, même chez les cas les plus désespéré.e.s ! 😉

Reprends tes potes, ne laisse plus passer les sifflements dans la rue, ne laisse pas passer les remarques sur la tenue des femmes ou encore la drague lourde. Petit à petit, je te promets qu’ielles vont comprendre et changer. Bien sur, il en va de même pour les insultes, les agressions, les viols

2. Interviens en cas problème

Si tu vois n’importe qui dans une situation dangereuse : interviens. Fais toi passer pour un père, un frère, un ami et interposes toi. Et si tu ne peux pas intervenir, appelle immédiatement les secours.

Après avoir appelé de l’aide, tu peux aussi essayer de prendre des photos ou de filmer pour aider la victime si celle-ci souhaite porter plainte.

Très souvent, a fortiori quand il s’agit d’agressions sexistes, les faits sont minimisés et disqualifiés par les forces de l’ordre et la Justice. Parfois, les femmes doivent même se rendre dans plusieurs commissariats différents avant que quelqu’un.e accepte de prendre leur plainte.

Ça a été mon cas l’an dernier. Un mec m’a giflée dans la rue devant une dizaine de témoins. J’ai voulu porter plainte, mais on m’a très clairement fait comprendre que ça ne servait pas à grand chose et que j’allais faire perdre leur temps aux flics. Avoir une preuve matérielle de mon agression m’aurait surement aidé.

3. Évite le virilisme

Au quotidien, essaie d’éviter le virilisme : cet “idéal” de perfection, de performance et de courage, qui passe autant par des démonstrations corporelles que par des démonstrations verbales d’autorité et de pouvoir.

De façon plus concrète, évite par exemple de systématiquement associer “courage” et “couilles” et les expressions dérivées (eg. “poser ses couilles sur la table“, “avoir des couilles” etc.).

4. Non, les blagues sexistes ne passent pas

Les blagues sexistes sont la base de la pyramide des violences faites aux femmes (et minorités de genre). Elles entretiennent les stéréotypes, les préjugés, les discriminations et donc les agressions. N’en fait pas, et essaie de reprendre ton entourage le cas échéant.

Je te conseille très vivement de regarder cette vidéo si tu veux en apprendre plus sur les problèmes que posent les blagues sexistes.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ew7F-iudnV0]

Et qu’on ne me sorte pas le fameux point Desproges : non, on ne peut pas “rire de tout”.

A l’origine, l’humoriste a prononcé cette phrase à la radio, dans une émission dont l’invité du jour était Jean Marie Le Pen. Ce jour là, Desproges manifeste son mécontentement et son refus de “rire de tout” devant/avec une personne de la trempe de JMLP par sa fameuse phrase : “on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Depuis, cette dernière a été détournée et est utilisée comme une justification fallacieuse à toutes les blagues salaces, alors que Pierre Desproges n’a jamais voulu dire cela.

5. Si tu as des enfants, essaie des les éduquer de façon non genrée

Le changement viendra également par les nouvelles générations : à nous de bien les éduquer. Laissez vos enfants porter les couleurs qui leur plaisent ou jouer avec les jeux qui leur plaisent. Ne leur mettez pas la pression.

Sans rire, j’ai déjà vu une mère hurler sur son fils d’environ 6 ans dans un supermarché car il avait choisi une paire de lunettes de soleil avec des montures roses. Elle lui criait dessus que “le rose c’est pour les filles” et le gosse pleurait toutes les larmes de son corps.

C’est un peu cliché comme situation, mais elle est assez révélatrice. Essayez également de complimenter les filles pour leur force, leur logique ou leur intelligence (pas seulement pour leur beauté). De même, n’hésitez pas à renforcer positivement chez les garçons les actes de douceur et de bienveillance.

Je ne suis pas une pro de l’éducation non genrée (ni de l’éducation tout court), alors si vous avez des enfants, je vous invite à creuser un peu plus ce sujet. 🙂

6. Ne fait jamais une des précédentes actions dans le but de te faire bien voir

En général, on le remarque très vite. Essaie de ne pas fanfaronner parce que tu es “déconstruit” et de ne pas te vanter dès que tu défends une femme en public. On captera tout de suite que tu fais juste cela pour te faire bien voir et t’attirer les bonnes faveurs des femmes.

Comprend aussi que nous soyons un poil méfiante face à cette attitude. Dans le milieu militant, beaucoup d’homme ont usé de leur supposée déconstruction pour agresser des femmes.


Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui. J’espère que vous entreprendrez ces petites actions quotidiennes qui peuvent déjà faire la différence !
A la semaine prochaine !