Womanizer Liberty : comment s’en servir ?

Womanizer Liberty : comment s’en servir ?

temps de lecture : environ 8 minutes

S’il y a bien une marque de sextoys que je souhaitais tester par dessus tout, c’est Womanizer. Je lorgne sur cette marque depuis plusieurs années, mais problème : les produits sont assez chers et je n’ai pas forcement les moyens de mettre 100 euros dans un sextoy. Je n’avais jamais sauté le pas à cause des prix trop élevés, mais j’ai eu la chance de recevoir le modèle “Liberty” pour mon anniversaire ! 😉

Vous n’avez pas pu passer à côté de cette petite révolution dans le monde des jouets intimes ! La marque allemande Womanizer est à l’origine d’une méthode de stimulation externe inédite : le “sans-contact” . Les produits de cette compagnie sont diablement réputés pour leur efficacité et la technologie brevetée qui a fait toute la célébrité de la marque.

Tables des matières

  1. Comment se servir d’un Womanizer ?
  2. Mes premières impressions
  3. Mon avis après plusieurs utilisations
  4. Quelques conseils pour bien débuter
  5. Quelques caractéristiques techniques
  6. Conclusion sur le Womanizer Liberty

Comment se servir d’un Womanizer ?

Chaque stimulateur dispose d’un “bec” creux en silicone que l’on viendra poser sur le clitoris (le bec est existe en différentes tailles). Grâce à son moteur, le Womanizer alterne entre des pulsations d’air et un mouvement d’aspiration. L’alternance entre pulsations et succion va produire cette sensation apparemment inédite et inimitable.

Mais que vaut réellement Womanizer ? Voilà bientôt un mois que je mets mon petit Liberty à rude épreuve. Sachez avant toute chose qu’il s’agit de mon tout premier stimulateur clitoridien, mais aussi la toute première fois que je teste la stimulation sans contact. C’est donc tout nouveau pour moi.


Mes premières impressions sur le Womanizer

Alors que ces petits joujoux sont réputés pour être de véritables machines à orgasmes, je ne vais pas vous mentir : au début, c’était une véritable catastrophe. Le Womanizer Liberty dispose de six vitesses, allant du plus soft au “plus intense” . Mais à la vitesse 1, 2 et 3, je n’ai strictement aucune sensation : c’est l’incompréhension totale. Je sens l’air, je sens la légère aspiration, mais je me dois d’être honnête : ça ne me procure aucun plaisir car la stimulation est beaucoup trop faible.

A la vitesse 4, je commence tout juste à ressentir un petit quelque chose, et à la vitesse 5, puis 6, la stimulation est tout à coup beaucoup trop forte, la rendant très désagréable. J’ai l’impression qu’il y a un très gros écart entre les premières vitesses ridiculement faibles, et les deux dernières qui sont trop intenses. On perd toute la progressivité des pulsations.

Très franchement, j’étais absolument dégoutée. On m’avait tellement vendu de rêve à propos de ces appareils que ce véritable flop m’a vraiment dépitée. D’autres utilisatrices me disent qu’elles n’ont pas du tout le même problème que moi, que pour elles tout va bien. Une me dit même qu’elle ne dépasse que très rarement la vitesse 3, car largement suffisante. Je ne comprends pas.

Mon avis après plusieurs utilisations

Après un petit temps d’adaptation (et de domptage de l’engin), la situation s’est quelque peu améliorée. Je pense qu’il faut s’exercer un moment avant de trouver le bon placement. Malgré la bonne connaissance que j’ai de mon corps, ça n’a pas été évident dès le départ. Il faut explorer et trouver ce qui fonctionne pour nous : quelle position, quel placement

Une fois le placement bien maîtrisé, les sensations sont quand même là. Les vitesses 1 et 2 assurent un bon warm-up et les suivantes sont très efficaces. Je l’ai testé dans plusieurs situations et il fait quand même bien son travail ce petit Womanizer Liberty. Mais même avec le recul, je regrette le manque de puissance et aurais apprécié avoir une ou deux vitesses supplémentaires.

En ce qui concerne l’utilisation en couple, cela reste assez compliqué pour moi : la difficulté de placement et de précision étant totalement incompatible avec l’agitation d’un rapport. Peut-être qu’il faut que je m’entraine encore un poil, parce que pour l’instant c’est vraiment très galère. Affaire à suivre…

Quelques conseils pour bien débuter

  • Le clitoris doit être vraiment dégagé pour que le Womanizer soit efficace, et c’est d’autant plus vrai avec le modèle Liberty dû à son manque de puissance (selon moi). Dégagez donc bien votre peau avant de le positionner.
  • Il ne faut pas trop appuyer, au risque “d’étouffer” les pulsations. Le poser délicatement suffit.
  • J’ai trouvé certaines positions plus efficaces que d’autres avec le Womanizer Liberty. Être accroupie (ou toutes positions dans le style de l’Andromaque) est très efficace (probablement car le clitoris est davantage dégagé avec ces postures). Je vous conseille également d’essayer de l’utiliser en étant allongée sur le ventre ou encore les jambes serrées : deux positions hyper sympas qui nous sont permises grâce à la petite taille de l’engin !
  • Ne restez pas bloquée sur les vitesses 5 et 6, car à cause du manque de puissance, vous allez vous y habituer très rapidement et regretter encore plus que le Liberty n’aille pas plus en intensité. Naviguez plutôt entre les vitesses en faisant des retours en arrière par moment.

Quelques caractéristiques techniques

En dehors du fait de tester ce tout nouveau mode de stimulation, c’est le côté “waterproof” du Womanizer Liberty qui m’a beaucoup attirée. Je n’avais encore aucun sextoy de ce type (rien avec un moteur qui soit compatible avec l’eau). Je crois même que j’ai sauté dans le bain dès réception tellement j’avais envie d’essayer. Je confirme qu’il est bien immersible, comme l’indique la norme IPX7. L’immersion est limitée à 30 minutes, je ne suis jamais allée au delà pour éviter tout problème, mais j’imagine que cela n’est si pas dérangeant de dépasser un peu cette limite.

J’ai eu la mauvaise surprise de constater que la batterie ne tient vraiment pas longtemps. En général, je le charge à 100% dans l’après midi, et je ne peux l’utiliser qu’une fois le soir et une fois le lendemain avant que la batterie ne tombe à plat. Il m’est arrivé assez fréquemment de devoir écourter mon utilisation à cause d’une panne de batterie. Une charge complète pour deux utilisations de vingt minutes chacune, c’est vraiment peu.

Le Womanizer Liberty est vendu sur le site de Passage du Désir (entre autres) pour le prix de 99€. Il a beau être le modèle le moins cher de la marque, il vaut quand même une centaine d’euros et ce n’est pas une petite somme. Mais du coup, vaut-il réellement son prix ? Récapitulons…

Points positifs :

  • Il est immersible pendant 30 minutes (norme IPX7), et l’utilisation dans le bain est vraiment cool !
  • Il est livré dans une boite scellée, garantissant une hygiène irréprochable.
  • Sa petite taille est absolument parfaite, il n’est pas trop imposant et sa prise en main est donc bonne.
  • Il est vendu avec un embout de rechange d’une taille légèrement différente pour s’adapter à toutes les morphologies.
  • Les couleurs pastels (le bleu et le lilas) sont vraiment jolies et changent un peu.

Points négatifs :

  • Pour moi, il n’est clairement pas assez puissant, j’aurais apprécié une voire deux vitesses supplémentaires.
  • Malgré la bonne prise en main due au fait qu’il soit petit, je le trouve difficile à positionner. Il me faut une précision chirurgicale pour vraiment sentir quelque chose.
  • A cause du point précédent, il est quasi impossible à utiliser en couple, car je dois être parfaitement immobile pour bien le placer.
  • La batterie ne tient pas assez longtemps, seulement deux ou trois utilisations d’environ 20 minutes…

Conclusion sur le Womanizer Liberty

Pour conclure sur ce petit engin, je vous dirais simplement que je vous recommande d’économiser un mois de plus pour vous offrir le modèle Classic ou Premium. Ces deux modèles sont certes plus chers, mais plus qualitatifs et surtout plus puissants. Le Liberty est un peu trop léger en terme d’intensité. Il est donc parfait pour débuter avec ce type de sextoy, cependant, on s’habitue assez vite aux plus grandes vitesses.

Il est quand même très efficace, je l’ai adopté malgré ce point faible non négligeable et je m’entraine à ne pas dépasser les vitesse 3 et 4. Si vous souhaitez tester la stimulation sans contact pour pas trop cher, je vous conseillerais plutôt le Satisfyer Traveler (l’alter-ego du Liberty, en beaucoup moins cher) ; ou d’autres modèles de cette compagnie.

Satisfyer est un peu la pâle copie des Womanizer : vous trouverez le même type de stimulation sans contact, pour des prix bien plus attractifs. Si je me fie aux avis des utilisatrices, la stimulation est quand même meilleure chez Womanizer (les pionniers), mais Satisfyer vous permettra au moins de tester à moindre cout. Si la sensation vous plait, alors là je vous conseillerais d’investir dans un Womanizer Classic ou Premium.


J’espère vous avoir été utile avec cette première revue de sextoy. Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à la poster en commentaire, je me ferais une joie d’y répondre ! Très belle semaine à vous !

Témoignage : mon non-avortement.

Témoignage : mon non-avortement.

Ce post peut donner l’impression de tomber comme un cheveu sur la soupe, en fait c’est le cas. Avant de vous laisser à votre lecture, je me dois de préciser qu’il complète un second article à propos de l’IVG, que je suis actuellement encore en train de rédiger (il sortira mercredi 02.10). A l’origine, je souhaitais simplement intégrer ce présent témoignage au post de la semaine prochaine, mais les deux combinés donnaient un volume de texte beaucoup trop important pour que quiconque le lise (et c’est l’inverse de ce que je souhaite). Tout cela pour dire que je ne comptais pas véritablement faire un article séparé sur mon vécu, mais simplement l’intégrer à mon post sur l’IVG, afin d’illustrer mon propos. Lire ce témoignage de cette façon (à part, séparé de l’autre article) peut sembler dénué de sens, mais je vous encourage à l’envisager comme la première partie d’un diptyque. Voici donc, un petit peu en avance, le témoignage de ce que “j’aime” appeler mon non-avortement.


Au lycée, pendant mon année de première je rencontre Gontrand (prénom non contractuel, volontairement moche et désuet, car je hais ce type). On se plait beaucoup, on passe du temps ensemble, on se marre bien. Je décide de faire de lui mon “friends with benefits” car je n’ai pas du tout envie d’avoir un mec. Je ne prends pas encore la pilule, c’est donc en bonne élève que j’insiste pour que l’on utilise des capotes. Mais comme beaucoup de ses homologues masculins, Sir Gontrand De La Bite n’aime pas les préservatifs. Avec ce petit heaume de plastique, il éprouve beaucoup moins de plaisir. J’ai beau expliquer à notre preux chevalier qu’avec ce bouclier magique, qui certes peut être un poil encombrant, nous avons le pouvoir de triompher des démons VIH, Chlamydia et Papillomavirus et même d’éviter l’horrible ogre de la caverne : Sir Gontrand ne veut rien savoir. Il négocie, négocie et négocie encore, me met un bon soupçon de pression et je finis par céder (faible femme que je suis).

J’ai du retard. Un jour, puis deux, trois, quatre, puis une semaine. Je m’inquiète, alors je fais un test de grossesse (et oui, je ne suis pas idiote, je sais pertinemment que le retrait ne vaut que dalle comme contraception). Le test est positif. J’en fais deux autres, car je refuse d’y croire : eux aussi positifs. A cet instant, je suis totalement médusée et sous le choc. Je me sens atrocement coupable (et pour ne rien arranger, je suis loin de mes parents, car en voyage à Paris pour deux semaines). Recroquevillée dans les chiottes de mon hôtel parisien, je suis tellement en état de choc que j’ai l’impression de voir se dérouler la scène en dehors de mon propre corps. J’entre dans une sorte de pilote automatique, de mode survie dans lequel je ne suis plus vraiment maîtresse de mes pensées et de mes décisions. Je rentre précipitamment de Paris, préviens mes parents et Sir Gontrand De La Bite, puis entame la procédure.

A l’hôpital, la première échographie confirme la grossesse, l’infirmière est d’une froideur abominable. On me renvoie chez moi, les images de l’échographie sous le bras, sans vraiment me parler de la suite. En cachette, je commence à essayer de me blesser volontairement pour faire partir ce parasite. J’ai passé une semaine en Enfer, ne supportant pas l’idée d’être “habitée”. Je pleure du matin au soir, je fais des crises d’angoisse et des attaques de panique à répétition.

Une semaine plus tard, j’ai à nouveau rendez-vous à l’hôpital pour une seconde échographie ainsi que pour parler de la procédure. J’ai de la chance, c’est une autre infirmière qui s’occupe de moi (elle est un peu plus sympathique que la première). Et surprise, à l’échographie il n’y a rien. L’infirmière est étonnée, car je lui ai bien rapporté les papier de la première échographie qui confirmaient la grossesse. Elle continue, cherche pendant au moins quinze minutes. Comme le rendez-vous était très tôt dans la matinée et que par chance, j’étais à jeun, elle me fait faire un test urinaire rapidement. Il est négatif, l’infirmière conclut à une fausse couche et tente de me rassurer (selon elle c’est très courant). Je ne comprends pas trop, mais je suis soulagée et je reprends un peu conscience de ce qui m’entoure. Je ne sais pas si ce qui peut s’apparenter à une “fausse couche” était due aux façons dont je m’étais mutilée, au fait que j’avais pratiquement arrêté de manger, à la quantité astronomique d’alcool que j’avais volontairement engloutie en cachette, à mon mal-être extrême ou je ne sais quoi d’autre encore ; mais le résultat était là, je n’étais plus enceinte. Je rentre donc chez moi, annonce la nouvelle à mes parents. Nous n’en n’avons jamais reparlé depuis, pas une seule fois.

A ce stade, vous vous demandez surement ce qu’il advient de Sir Gontrand De La Bite. Et bien, il se foutait pas mal de tout ce qui se passait de mon côté. Je l’ai prévenu sans obtenir la moindre réaction de sa part. J’ai géré seule. Le plus difficile au quotidien était de lire dans les regards de chacun des membres de ma famille à quel point j’étais coupable à leurs yeux, pendant ces deux semaines. De façon générale, absolument toutes les personnes au courant de ce qu’il m’arrivait étaient silencieuses ou me condamnaient plus ou moins fermement. J’étais la coupable, celle que l’on sermonnait, celle que l’on jugeait irresponsable, celle qu’on pensait être une salope ou celle que l’on a simplement laissée se démerder seule, car après tout, elle l’avait bien cherché. Vous voulez connaître le point commun de tous ces gens ? C’est facile à deviner ! Aucun ne m’a parlé du père, pas la moindre mention de l’homme qui avaient causé cette grossesse non désirée. Mes parents ne m’ont même pas demandé son nom.

Sir Gontrand De La Bite ne m’a absolument pas soutenue. A compter de l’annonce de ma grossesse, il ne m’a pour ainsi dire plus jamais adressé la parole. Je sais de source sûre qu’il a ébruité l’affaire, puisque quelques années plus tard des ami.es communs m’en ont reparlé. A l’époque, il s’était carrément moqué de moi, et avait dit à ses potes que j’avais inventé cette histoire de grossesse pour essayer de lui mettre la pression pour que l’on se mette en couple (chose que je n’avais pourtant jamais désirée une seule seconde). Clairement, j’étais très mal suite à cet épisode : il le voyait. Comme tout le monde savait plus ou moins que lui et moi, on ne se calculait plus, je suis simplement passée pour la fille éplorée qui s’est fait jeter par “le mec qu’elle aimait”. Je pense que Gontrand a bondit sur cette parfaite occasion de se déculpabiliser aux yeux des autres, et de se pavaner. Il a radicalement changé : passant du mec simple, marrant et sympa avec qui je passais de bons moments, au vieux type qui se vante d’avoir le dessus sur une femme, de l’avoir à ses pieds et de la voir tenter de mettre en œuvres des stratagèmes pour le posséder. Stratagèmes qui évidemment ne fonctionnent pas, car en bon cliché qui se respecte, Sir Gontrand De La Bite se fout royalement de la femme en question, et s’amuse même de la voir se “démener pour lui”.

J’ai toujours défendu l’avortement bec et ongles, mais on m’exposait souvent des avis inverses. De moi-même, je ne culpabilisais pas, mais entendre les autres rabâcher que l’avortement est un meurtre, que les femmes sont égoïstes ou des sorcières meurtrières d’enfants ne m’aidait pas. J’essayais simplement de passer à autre chose, d’oublier Gontrand et toute cette histoire.  Pour moi ce mec était mort, enterré et je pissais sur son cadavre. Pourtant, quelques mois plus tard, il me renvoie un message pour me demander quelques nouvelles. Je ne sais pas s’il essayait délibérément de me torturer, mais il finit par me dire qu’il est persuadé que notre bébé aurait été une petite fille (cette phrase me donne encore envie de vomir aujourd’hui) et que je n’aurais pas du faire ça sur un coup de tête (il pensait que j’avais avorté, je ne lui ai jamais donné de détail). Il est allé jusqu’à lui donner un prénom. Je pense qu’il devait se foutre de moi cette fois là, je l’imagine mal être sérieux en disant cela. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me sentir réellement coupable.

Je n’en ai pratiquement jamais parlé à personne. Après que Gontrand ai donné un prénom au parasite qui m’avait habitée, je me sentais hantée par la culpabilité. Elle n’était pas si forte, car j’ai toujours su que j’étais dans mes droits et que je n’avais pas à rougir, mais toujours belle et bien présente dans un petit coin de ma tête. Un jour j’ai ressorti les images de la première échographie, découpé une des petites vignettes noires et l’ai mise dans mon portefeuille. C’était ridicule, on ne distinguait absolument rien sur cette image, simplement le petit trait mesureur tracé informatiquement par l’infirmière. Je crois que j’ai fait cela dans le simple but de me torturer, de me punir pour avoir haï si fort ce petit embryon que mon corps l’a lui-même rejeté. Chaque fois que j’ouvrais ce portefeuille, j’y repensais. A chaque paiement dans un supermarché, j’imaginais un petit visage de fillette, accompagnée d’un prénom. J’ai gardé cette photo dans mon portefeuille pendant quatre ans. Je me suis torturée pendant quatre longues années jusqu’au moment où j’ai décidé d’arrêter de souffrir. C’est une amie de l’université qui m’a sortie de ce cercle vicieux, par une simple phrase.

Mais pourquoi tu continues à te torturer en gardant ton écho alors que le mec ne doit même plus y penser depuis des années ?” – une amie dans le vrai, 2013.

Rarement dans l’histoire de l’humanité une personne n’avait tapé aussi juste en une seule phrase. J’ai jetée l’écho, ou brûlée je ne sais plus, et depuis, j’avance.


Finalement, la chronologie que prend les événements n’est pas si mal. Je finis par me dire que lire mon expérience avant mon article sur l’IVG est une très bonne chose. Pour celles et ceux qui minimiseraient encore l’épreuve qu’est un avortement, j’espère que mon expérience vous aura fait relativiser un minimum, et vous encouragera dors et déjà à réfléchir sur le sujet. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour mon post sur l’IVG, qui j’espère vous permettra de déconstruire certains aspects du sexisme intériorisé et banalisé de notre société.

Pourquoi j’ai quitté la scène shibari parisienne

Pourquoi j’ai quitté la scène shibari parisienne

TW : violences, agressions sexuelles, viol.
(EDIT: ce post a été rédigé avant que Cyril ne s’exprime publiquement sur le sujet. Tout l’article est donc anonyme).

Il était temps que quelqu’un ose mettre ce problème sur la table, et même si mon billet arrive un peu après la « bataille » tant la difficulté pour moi de l’écrire est grande, il garde quand même son importance. Il y a un peu plus d’une semaine, Charlie mettait courageusement en lumière dans un article FetLife les agissements et les abus répétés d’un des leaders de la scène shibari parisienne sur ses modèles. Ses mots résonnent tout particulièrement en moi, et bien qu’elle se soit gardé de citer le moindre nom, il ne m’a pas fallu plus de quatre lignes de lecture pour ne plus avoir le moindre doute quant à l’identité de cette personne. A mon sens, cela atteste déjà de la gravité du problème et de l’absolue nécessité, non pas de tomber dans un acharnement contre le concerné, ni de le citer ouvertement, mais de se questionner sur les solutions à mettre en œuvre afin que cela ne se reproduise plus à l’avenir.

Nos chemins se sont croisé pour la première fois début 2015, lors de ma première visite dans ce lieu incontournable de la scène shibari parisienne. Au premier abord, j’y ai rencontré une personne saine, à l’écoute, bienveillante, respectueuse, déconstruite, à cheval sur le consentement dans la pratique des cordes et dont le credo a toujours été de présenter la pratique des cordes de façon totalement désexualisée au grand public, comme une pratique sportive et méditative. Bien que mon œil soit aujourd’hui davantage critique sur cette façon de vendre le shibari qu’il ne l’était à l’époque, c’est avec plaisir que j’ai accepté de me faire attacher par lui. Il n’y eut pas la moindre ombre au tableau cette première fois et malgré ma semi-nudité, aucun geste déplacé, ni limite bafouée. Cette séance vint par conséquent renforcer l’image idyllique de « sagesse » que je m’étais préalablement forgée, et nous avons peu à peu appris à nous connaître par le biais des cordes. Dès lors, je le considérais comme une personne proche de moi, un ami et parfois un confident, car il entrait en connexion avec une sphère très intime de mon être. Il est un des seuls attacheurs avec qui j’ai réussi à explorer le masochisme dans les cordes de façon si profonde et intime, et cela était pour moi la preuve de la confiance que je lui accordais.

Pour rester la plus honnête possible dans ce billet, je me dois d’insister sur le fait que cette session se déroulait bien, jusqu’à l’instant où j’ai atteint mon seuil de tolérance. Fatigue et douleur devenaient beaucoup trop fortes, impossibles à supporter. J’ai verbalisé cela en lui disant que « je ne tenais plus, qu’il fallait stopper la session » ce à quoi il m’a répondu « allez, encore un petit peu, moi aussi je ne tiendrai plus très longtemps de toute manière ». J’ai répété plusieurs fois mon désir de stopper la séance, toujours reçu de la même façon : une demande de sa part de « tenir encore ». Dans mon souvenir, le laps de temps entre ma première demande d’arrêt de la session et sa fin effective a duré une éternité. Là encore, le doute subsiste chez moi, tant le temps peut se distendre quand je suis dans les cordes. Tout.e.s les modèles vous le diront, le temps se modifie de façon extrême pendant une session : deux heures peuvent passer en quinze minutes, et inversement. Je me rappelle cependant d’avoir clairement verbalisé mon souhait de stopper la session plusieurs fois avant qu’il ne commence à me détacher ; ce qui en soit est un non-respect total des valeurs de respect et de consentement que cette personne prône habituellement. Bien que je ne lui en ai pas touché un mot (ce qui est également un de mes torts), cette session a créé un véritable malaise chez moi, au point de ne plus jamais pratiquer les cordes avec lui, tout en essayant d’oublier cet événement. A tort, j’ai préféré garder cela pour moi et continuer d’avancer de mon côté.

A mesure que je fréquentais la scène parisienne et rencontrais d’autres modèles et riggers, de plus en plus d’éléments inquiétants à son propos m’étaient relatés. Plus je rencontrais de nouvelles modèles, plus elles me confiaient des évènements graves qui me ramenaient à mon propre vécu avec lui. Des cordes placées à des endroits non désirés (alors qu’ielles avaient expressément indiqué qu’ielles ne le souhaitaient pas, AVANT la session), attouchements, session « trop sensuelle », « trop sexuelle », « trop intense », « trop douloureuse », limites ouvertement franchies, sans cesse poussées plus loin, plus loin et encore plus loin, refus de stopper la session alors que le.la modèle le demande… Tout cela m’inquiétait et ce tout dernier point (refus d’arrêter) me ramenait particulièrement à ma propre expérience. Après ces nombreuses et longues discussions avec celleux de la communauté qui m’étaient les plus proches, j’ai constaté avec stupéfaction que tout le monde était au courant de ses agissements et condamnait très fermement sa conduite envers ses modèles, dans l’ombre. Cependant, personne n’osait prendre la parole publiquement, certain.e.s par crainte d’être rejeté.e.s par la communauté, ou de ne plus pouvoir organiser de workshops, du fait de la place importante de cette personne dans la sphère des cordes parisiennes, et d’autres (comme moi) par manque d’assurance, de motivation et de courage ainsi que par résignation. Je ne trouve pas les mots pour exprimer à quel point je me sens coupable aujourd’hui. Coupable d’avoir su, coupable d’avoir entendu nombre de personnes dénoncer les agressions et abus de cette personne sans jamais oser ne serait-ce qu’initier une prise de parole générale ; et en cela je ne pourrai jamais assez remercier et admirer @Charlie_Bear pour son courage.

C’est en partie cela qui m’a conduit à délaisser la scène parisienne, jusqu’à délaisser ma passion des cordes par manque de partenaires motivés dans ma région. J’ai arrêté de fréquenter cet endroit que j’ai pourtant considéré pendant longtemps comme une seconde maison, comme cet endroit « où je me sens aussi bien et épanouie que chez moi », moi qui pourtant ne me sens que rarement bien à l’extérieur. Comme on dit, « home is were the ropes are », mais je ne me sentais plus chez moi, ni épanouie là bas. Petit à petit, et naturellement, j’ai commencé à espacer mes visites et à refuser certaines collaborations qui représentaient pourtant des occasions en or. Je suis pleine de regrets et de remords, car plutôt que de prendre la parole, j’ai préféré fuir, et m’évincer du faut de cette atmosphère malsaine.

Avec le recul, je ne peux m’empêcher de souligner une certaine hypocrisie dans le fait de présenter la pratique des cordes comme étant totalement détachée de la sexualité, et aujourd’hui, je pense que le concerné paie le prix de la dissonance totale entre les valeurs qu’il défend et ses actes. Si dissocier les cordes de la sexualité est en partie hypocrite, ça l’est encore plus d’ignorer le consentement de ses modèles, d’outrepasser les limites et le cadre posé au préalable pour ensuite organiser et animer des ateliers et des débats sur le consentement et l’écoute dans les cordes. J’insiste sur « en partie » car je pense néanmoins qu’il est possible de pratiquer sans dimension sexuelle, mais uniquement lorsque tout le monde joue au même jeu et respecte les mêmes règles. Malheureusement, j’ai rencontré bien plus d’hommes prenant davantage de plaisir dans la transgression des limites que dans le jeu consentant et éclairé. En ce sens, j’ai peur pour la suite, j’ai peur pour les nouveaux et nouvelles qui s’embarqueront dans un jeu dont ielles ne connaissent pas tous les tenants et aboutissants, ni toutes les règles qui le régissent. Je suis pourtant la première à m’enthousiasmer de voir de plus en plus de cordes là où je ne m’y serais jamais attendu des années plus tôt. Clips, publicités, films : les références au shibari dans les média sont de plus en plus nombreuses et cela apporte son lot d’avantages et d’inconvénients. Je suis ravie de rencontrer de plus en plus de compréhension quant à mes pratiques chez des personnes pourtant étrangères au milieu. Je suis ravie de voir de plus en plus de personne s’intéresser aux sexualités alternatives, qui sont à mon sens un excellent moyen d’arriver à l’épanouissement. En revanche, je ne peux que déplorer de voir à quel point certain.e.s profitent de cette médiatisation de façon malsaine et dénuée d’éthique. Dans un tout autre contexte, je ne peux que me rappeler des propos abjectes de certaines figures du milieu BDSM parisien à l’arrivée du phénomène fifty shades, suivi d’une déferlante de jeunes prêt.e.s à s’essayer aux sensations fortes. La soudaine médiatisation du « BDSM » version « tout public » fut une aubaine pour bon nombre de pratiquants chevronnés. Ces derniers y ont vu une réelle « livraison massive de chair fraîche à malmener sans ménagement » ; le propos sous-jacent étant « des jeunes vanilles dont ils auraient le loisir de profiter, non familièr.e.s des codes de conduites, de l’éthique, des règles à observer et parfois même ignorant.e.s de la simple notion de consentement, inhérente à une pratique safe et saine ». Je digresse, mais ce point me semble important pour mettre en lumière les conséquences que peut avoir cette dissociation entre cordes et sexualité. Comment se prémunir de tout problème quand on vend le shibari de cette manière, alors qu’à chaque session, une certaine énergie sexuelle peut transparaitre, même involontairement, ou même lorsque l’on se limite à l’exercice ? Et comment s’étonner des retours négatifs, abus, ou agressions quand « l’expérience vendue » est si différente de « l’expérience réelle », surtout pour les néophytes ?

Je déplore de constater l’ampleur de la pression, l’ampleur de ce silence qui dure depuis des années. Je déplore que des mécanismes de starisation aient empêché les victimes de prendre la parole d’elles-mêmes et empêché tous les intervenant.e.s de ce lieu de s’interposer et de dénoncer ces actes commis à répétition (à ma connaissance, cela n’est pas arrivé, peut-être est-ce incorrect). En ce sens, j’attends avec une réelle impatience leurs déclarations, qui seront pour moi lourdes de signification. Dans un milieu fondé sur ces valeurs si importantes que sont la bienveillance, le respect, l’écoute, la communication ou le consentement, l’omerta ne fut que plus révoltante à mes yeux ; et la dissonance d’autant plus évidente entre les valeurs prônées et les actes.

En parlant d’actes, je conclurai rapidement ce billet en abordant la réponse ouverte de l’intéressé, publiée hier sur FetLife. Je retrouve dans ses mots une tentative de coller à tout prix à cette image, l’idyllique représentation que je m’étais moi-même forgée à nos premiers contacts. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les excuses arrivent tard, pour celles qui avaient mis tant d’effort à aborder le sujet avec lui, ou ne serait-ce qu’initier vainement un dialogue. J’en viens même à douter de leur sincérité, tant les actes commis sont minimisés, passant « d’agressions » à des « personnes blessées ». Très honnêtement et mettant à part mon propre vécu et mes propres émotions, cette réponse est vraiment la moindre des choses, le moins qu’il pouvait faire, et j’irais jusqu’à dire « ce qu’il se devait de faire » maintenant que le sujet est sur la table. Réelles excuses ou manipulation, mon cœur balance car j’aime voir le bon en chacun, mais je ne peux que douter, encore une fois, de leur bien-fondé. Je doute de sa compréhension de la situation, je doute de la réalité de la remise en question, et plus que des mots, j’attends maintenant des actes.