Les relations toxiques : un exemple parlant.

Je reçois souvent des questions sur les relations toxiques. La plupart du temps, elles concernent le couple, mais aujourd’hui j’ai envie de partager avec vous une réalité souvent laissée de côté : en amitié aussi, les relations toxiques existent (et ça fonctionne de la même façon) ! Pour illustrer ça, quoi de mieux qu’une petite histoire personnelle de derrière les fagots? J’espère que vous en tirerez une bonne leçon et que vous ne ferez pas la même erreur que moi : toujours pardonner à l’autre, au nom de l’amitié. Afin que mon expérience soit profitable et VOUS serve, je vais ponctuer mon histoire de petites généralités sur les personnes manipulatrices, leur fonctionnement et leurs stratégies.


TW divers : manipulation, PN, mensonges, humiliations, relations toxiques…

La rencontre.

Cette histoire commence le samedi 24 mai 2003. J’ai tout juste 10 ans et je termine mon année de CM2. Ce samedi là (à contrecoeur), j’accompagne mes parents chez un couple d’ami•e•s choristes, à une sorte de “fête”. Chez ce couple, d’autres connaissances de connaissances sont présentes et je rencontre pour la première fois Marion (prénom modifié), la protagoniste de cette histoire. C’est la fille d’un autre couple (couple qui deviendra également proches de mes parents par la suite).

Marion et moi, on papote ensemble toute l’après-midi. Nos petits frères respectifs (j’en ai un, elle en a deux) jouent ensemble et deviennent aussi amis. Nos parents aussi deviennent ami•e•s, donc très vite, nous nous lions d’amitié elle et moi. Nous sommes quasiment du même âge (seulement quelques mois de différence).


Le harcèlement : un facilitateur d’emprise.

Dans mon école, je n’ai aucun•e ami•e. Marion me confie que pour elle, c’est exactement la même chose. Elle se sent complètement seule et les autres la harcèlent. Ces sentiments qu’on partage nous rapprochent beaucoup.

➡️ Une personne manipulatrice peut avoir tendance à vous “imiter” dans le but de se rapprocher de vous, inspirer votre sympathie et ainsi, vous entraîner plus rapidement dans le cercle vicieux de la manipulation.

Je ne sais pas si c’est le cas pour Marion et je pense vraiment qu’elle vivait la même chose que moi à l’école. Mais comme c’est une stratégie que mettent en place pas mal de manipulateurs au début d’une relation, je vous le dis car ça vous aidera p-ê à les reconnaître. Comme nos deux familles sont devenues très amies, Marion et moi nous voyons toutes les semaines (parfois plusieurs fois), mais nous ne fréquentons pas les mêmes écoles.


L’isolement de la victime : une étape clé

➡️ Une personne manipulatrice va systématiquement chercher à vous isoler de votre entourage proche. Elle n’en fera jamais la demande de façon frontale, car il est très probable qu’elle essuie votre refus. Elle

Comme je n’ai pas d’autres ami•e•s, Marion devient très vite ma (seule) Meilleure Amie, sans qu’elle ai besoin de m’isoler : c’est déjà le cas. Bref le temps passe, nous sommes de plus en plus proches, amies depuis quelques mois maintenant. Notre année de CM2 se termine et nous nous préparons à entrer au collège (là encore, dans deux établissements différents).


L’entrée au collège.

Sept. 2003 : j’entre en 6ème. Je pensais que je me trouverais d’autres ami•e•s, mais pour la faire courte : NON, c’est même encore pire qu’en primaire. Face au harcèlement que je subis pendant cette période, Marion, ma seule amie, est comme une bouée de sauvetage. Quand on passe du temps toutes les deux les weekends, on ne parle pas trop du collège et à quel point c’est difficile. Je sais vaguement qu’elle vit la même chose que moi, qu’elle n’a aucun•e ami•e•s, mais on n’en parle pas vraiment. On veut juste profiter.


Les critiques acerbes et gratuites.

Je ne sais pas comment entrer dans le vif du sujet, parce que je ne me souviens pas quel petit élément précis a fait que tout a basculé. Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai commencé à remarquer que Marion était parfois très malveillante envers moi. Au début, c’était des petits trucs. Elle me critiquait beaucoup (et gratuitement) :

  • tu n’as aucune personnalité
  • tu ne sais pas t’habiller, tu connais rien à la mode, ça se voit
  • normal que les autres s’intéressent pas à toi

Elle se moquait aussi de mes notes et des appréciations sur mon bulletin scolaire, elle me disait “oh mais t’es nulle, tes moyennes sont toutes petites” ou “tes appréciations sont mauvaises” alors que j’était MEILLEURE qu’elle dans absolument toutes les matières.

Moi je n’ose trop rien dire, je ne déments pas, mais je ne m’énerve pas non plus. Je n’aimais pas ses remarques évidemment, mais j’avais pas la foi de la confronter. J’étais un peu comme “indifférente” à ses critiques parce que je les savais infondées. Ce ressenti est un peu compliqué à expliquer, mais c’est comme si ses pics étaient si débiles et facilement démontables (comme se moquer de mes notes alors que je suis objectivement meilleure qu’elle à l’école), qu’on a même pas envie de se donner la peine de les réfuter.


Les critiques sont “pour votre bien”

De plus, elle me critiquait d’une manière hyper particulière, comme si elle voulait m’en mettre pleins la gueule, mais en étant à la fois positive et “bienveillante” avec moi. Quand elle me disait que je n’avais “pas de personnalité” ou “aucun sens de la mode”, elle me donnait toujours des sortes de conseils, pour me faire croire qu’elle disait tout ça dans mon intérêt (c’est une technique de manipulation psychologique).

➡️ Une personne manipulatrice a recours à la critique pour vous dévaloriser, mais la tourne de manière à vous faire croire que c’est dans VOTRE intérêt qu’elle vous critique.

➡️ En plus de se placer dans une fausse position de “bon samaritain” qui valorise la personne manipulatrice, l’incohérence entre sa critique (négative) et son “aide” (positive) va vous déstabiliser, et C’EST SON BUT.

Du coup, je laissais pisser et je ne disais rien. Un jour, elle s’est moquée des poils sur mes jambes (qui ne me gênaient pas du tout à l’époque hein, j’avais 12 ans). Elle m’a dit qu’il fallait ABSOLUMENT me raser, car c’était HORRIBLE et DÉGOÛTANT. Elle est allée chercher un rasoir dans sa salle de bain, puis elle m’a rasé les jambes, sans aucune précaution ni attention. J’avais MAL. Ma peau était rouge vif, BRÛLANTE et j’avais des points de sang. Elle m’a quand même demandé pardon, donc je pense qu’elle n’a pas fait exprès, à mon avis elle ne se rendait pas compte qu’elle était brutale. Mais toujours est-il qu’elle s’était moquée de mon physique et avait créé chez moi ce complexe, jusque là inexistant.


La technique du “chaud / froid”

En fait, pour résumer la chose en ce qui concerne les critiques : Marion était parfois hyper sympa et parfois hyper méchante gratuitement, sans trop que j’arrive à mettre le doigt sur la raison. Spoiler : il n’y en a pas. C’est de la manipulation.

➡️ Le chaud/froid (gentil/méchant) est une technique de manipulation ultra courante. Elle vise à déstabiliser la victime qui ne comprend pas les réactions “aléatoires” du manipulateur. En général, le chaud/froid arrive quand la relation est déjà bien engagée. Et oui, car une victime qui n’est pas attachée à la personne manipulatrice ne va vraisemblablement pas rester dans la relation si tout à coup, l’autre pique une colère injustifiée. Non, le manipulateur attend d’avoir déjà une certaine emprise.

Si la victime a des failles psychologiques (dues à un passé douloureux par ex.), alors elle va quasi automatiquement se culpabiliser et penser que les phases colériques du manipulateur sont de SA faute (souvenez-vous que c’est totalement FAUX). De façon extrêmement perverse, la victime va alors chercher à s’améliorer pour aller dans le sens du manipulateur, “ne plus l’énerver” et chercher sans cesse sa validation. Le manipulateur lui, va devenir de plus en plus exigeant.

Dans mon cas, je pense que Marion a bien senti qu’en raison du harcèlement que je vivais dans mon collège, je lui passerais la plupart de ses attaques et sautes d’humeur. Elle savait bien qu’elle était ma seule amie, et que je n’allais donc pas la virer.

Autre chose que je détestais chez Marion : sa méchanceté envers les animaux. Ses parents tenaient un petit centre équestre, et l’après-midi, Marion et moi, on allait se promener dans les champs. Elle ne pouvait pas s’empêcher d’insulter les chevaux et de leur hurler dessus. Je lui disais tout le temps d’arrêter, mais elle refusait. Elle me disait que tel ou tel chevaux “l’avait mérité”. Je trouvais ça bizarre et diantre je ne comprenais pas ce qu’avait bien pu faire un cheval pour mériter ça…


Après les critiques, les humiliations…

Faisons un petit saut dans l’intensité des attaques de Marion. Voyant que les critiques n’avaient pas beaucoup d’effet sur moi, car j’y étais assez indifférente, elle a décidé de passer un cran au dessus en tentant de m’humilier aux yeux des autres. Ca a commencé avec nos familles. Marion était passionnée par la série Charmed et la “magie”. C’est elle qui m’a parlé pour la 1ère fois de “vaudou” (elle avait sûrement entendu ça dans Charmed) et elle avait envie qu’on essaie, pour s’amuser. Je n’y croyais pas, mais ça amusait beaucoup Marion. En bref, on jouait à inventer des formules magiques, à jouer aux sorcières, à faire des potions… Et puis un jour, elle a raconté à nos parents respectifs que c’est moi qui l’avait “entraînée là dedans”. Elle disait que c’était moi qui avait commencé, qu’elle avait accepté “pour me faire plaisir” mais que maintenant, elle était “terrorisée” à cause de moi, qu’elle avait peur que “des démons la tuent”, que j’étais “dangereuse”. C’était faux, c’était SON jeu, pas le mien.

➡️ Les manipulateurs essaient très souvent de vous discréditer aux yeux de vos proches, à la fois dans le but de se victimiser, de se sentir mieux en vous utilisant comme faire-valoir, parfois pour vous isoler et tout simplement aussi pour vous faire du mal.

Donc là le but, c’était de m’humilier auprès de nos familles et de me faire avoir des ennuis avec mes parents. L’histoire n’a pas pris plus d’importance que ça, je pense que ses parents lui ont juste expliqué que ces choses n’existaient pas, et on a continué à se voir. Là, mes propres parents ont commencé à se méfier de Marion. Je me rappelle que plusieurs fois, ma mère m’a demandé si tout se passait bien avec elle. En général, je disais que tout allait bien, même si “parfois elle était méchante sans raison”.


Les mensonges pathologiques

Autre point primordial à aborder : les mensonges pathologiques. Un jour, mon père m’a dit

“Franchement, ta copine Marion, elle raconte tout le temps n’importe quoi, non ?”

Je lui réponds par l’affirmative. Marion mentait tout le temps et s’inventait une vie. Je ne pourrais plus vous donner d’ex précis de ses mensonges car l’histoire est lointaine, mais c’était vraiment GROS. Elle me disait qu’elle connaissait certaines stars (chanteurs, acteurs…), bref des trucs tellement énormes que personne ne se donnait la peine de la démonter.

➡️ Les manipulateurs sont TOUS des menteurs pathologiques. Si vous voyez que quelqu’un ment tout le temps et s’invente une vie, soyez EXTRÊMEMENT méfiant•e•s et prenez vos distances. Il peut s’agir d’un•e simple mythomane, mais aussi d’une personne plus malveillante…

Attention, certains menteurs sont meilleurs que d’autres. Marion était ado, alors ses mensonges n’étaient pas très “vraisemblables” et on se rendait très facilement compte qu’elle mentait, mais ce n’est pas toujours le cas.

Mon père m’a alors dit que le mieux, c’était de la laisser raconter ses bêtises sans chercher à comprendre ou à la confronter, parce que ça ne servirait à rien. Il m’a aussi expliqué que “c’était de famille”, car le papa de Marion faisait EXACTEMENT la même chose. Mon père m’a raconté que le père de Marion était pris en pitié par TOUT. LE. MONDE. à cause de ses mensonges rocambolesques (genre raconter qu’il est recordman du + grand nombre de km parcourus en camion, et qu’un président lui a remis UNE MÉDAILLE pour ça). On est à ce niveau. J’ai donc suivi le conseil de mon père, et je me contentais d’acquiescer quand elle racontait n’importe quoi.


De très graves accusations

Heureusement que mes parents avaient conscience de la mythomanie de Marion, car dire qu’elle a essayé de me nuire est un euphémisme. Elle a raconté à mes parents que je fumais depuis l’âge de 10 ans (faux), que j’avais initié son petit frère de 8 ans à la cigarette (faux et très grave). Elle m’accusait de tout et n’importe quoi, mais ce n’était jamais pris au sérieux. Je pense que même les parents de Marion avaient totalement conscience que c’était une menteuse pathologique, car même quand elle m’accusait de choses pourtant très graves, ça n’avait jamais de conséquence. Je pense que tout le monde autour d’elle savait comment elle était. Et ça continue crescendo.

Comme nos familles ne rentraient pas dans le jeu de mensonges de Marion, elle a tenté de m’humilier auprès d’un nouveau public : les jeunes de son collège (que je ne connaissais pas vu que nous n’étions pas dans le même établissement). Je vous raconte ça maintenant pour que ce soit dans l’ordre chronologique, mais tout ça, je l’ai appris plus tard. Au début, je ne savais pas ce qu’elle faisait. Pour la faire courte, elle parlait en mal de moi auprès de tous les gens de son collège. Elle m’insultait, se moquait etc…


La goutte d’eau… je commence à m’éloigner

Un jour, ma famille et moi sommes allé à un “bal déguisé” dans le village de Marion. Des jeunes de son collège étaient là, à ce bal. Je me suis approchée pour dire bonjour. Ils se sont tous mis à m’insulter.

“Eh Marion, c’est elle la grosse pute dont tu parlais ?”

J’avais environ 13 ans à l’époque. C’est comme ça que j’ai appris tout ce qu’elle disait de moi, dans mon dos. Je l’ai regardée, elle riait aux éclats avec eux, donc je suis partie. Ce bal, c’était au mois d’octobre de l’année de mes 13 ans = mon début d’année de 3ème. Objectivement, c’est la “moins pire” de mes quatre années de collège. Quasiment tous les gens qui me harcelaient depuis ma 6ème étaient partis dans d’autres établissements. Du coup, j’étais un peu plus intégrée dans mon collège, j’avais quand même “quelques” rares ami•e•s : Marion n’était donc plus “la seule et unique”. Je m’en suis donc détachée suite à cette crasse, et je m’en portais très bien. Je continuais à la voir, car nos familles étaient vraiment très proches, je restais cordiale et gentille avec elle, mais notre relation n’était plus comme avant. Je ne la considérais plus comme une amie, et je rechignais même à la voir.

➡️ Face à une personne manipulatrice, vous n’avez que deux armes efficaces : l’INDIFFÉRENCE face aux attaques (que cette indifférence soit soit réelle ou feinte) et la DISTANCE (vous éloigner le plus possible de la personne).

Marion m’a quand même fait une autre crasse cette année là : faire tourner mon numéro dans son collège. Elle l’a donné à tout le monde en disant que j’étais “une salope” et que si des gars voulaient “baiser une meuf”, ils n’avaient qu’à m’appeler (je rappelle que j’ai 13 ans). Je recevais pleins d’appels et de messages hyper agréables, vous vous en doutez. Pleins de gars m’appelaient pour me dire des trucs obscènes. Je me doutais que ça venait de Marion, mais j’en étais pas sûre, et un jour, un gars m’a confirmé que c’était bien ça. Je n’étais pas du tout étonnée, car faire ça était bien son genre. Encore une fois, j’ai laissé pisser, et je suis passé à autre chose.


L’entrée au lycée

Le collège se termine. Nous passons toutes les deux en seconde générale… dans le même lycée… toutes les deux en internat. Nos parents ont l’idée de faire du covoiturage pour nous emmener le lundi matin au lycée (45 km de nos villages), et revenir nous chercher le vendredi soir. Malgré tout ce qui s’était passé de mauvais entre nous, vous n’allez pas me croire, mais j’étais contente de me retrouver dans le même lycée que Marion. Je me disais p-ê que l’on arriverait à recoller les morceaux.

➡️ Parfois, la manipulation est tellement forte sur la victime que celle-ci va en redemander et s’accrocher au manipulateur. Elle s’accroche en réalité à cette vision idyllique du tout début : cette personne qui nous comprenait et nous ressemblait. On espère la retrouver.

On espère pouvoir “faire changer” la personne, retrouver le bonheur du début de la relation, on s’accroche à ce souvenir heureux. Mais souvenez-vous que le manipulateur ne change JAMAIS, et ce masque parfait du début n’était qu’un leurre pour vous séduire.

Le plus dur est de faire le deuil de cette personne que vous aimez. Cette personne idéale que vous portez dans votre coeur, mais qui n’existe tout simplement PAS. C’était un appât que le manipulateur a utilisé pour vous attraper.

Je ne voulais pas voir le vrai visage de Marion, même si la vérité était sous mon nez. Je m’accrochais à ce souvenir de l’amie parfaite, rencontrée alors que tous les autres me tournaient le dos et me méprisaient. Mais revenons à la rentrée au lycée… Pour que le covoiturage fonctionne, il fallait que Marion et moi aient le même emploi du temps. On a donc appelé le lycée au mois d’août, avant la rentrée, pour demander à être dans la même classe (oui, sur ce coup là, j’étais carrément masochiste). Le lycée accepte, et la rentrée arrive. Comme Marion et moi ne connaissons quasiment personne au lycée, on se retrouve un peu, on se rapproche à nouveau. A l’internat, nous partageons la même chambre. Mais les choses vont vite se gâter.


La fin du harcèlement

De mon côté, j’ai le bonheur de m’intégrer enfin quelque part. Alors que le collège était un enfer, le lycée commence super bien, et j’en suis la première étonnée. Je vis mes premiers mois de lycée avec ce sentiment de bonheur si léger et si agréable… Dans mon lycée, quasiment tous les gens avaient un style un peu alternatif. Il y avait pleins de punks, de babs, de métalleux bref, pleins de style différents, et majoritairement des gens très ouverts d’esprit avec qui je m’entendais super bien. Tout n’était pas parfait évidemment, il y avait aussi des enfoirés de harceleurs, mais beaucoup moins en proportion de ce que j’avais vécu au collège (et je n’étais pas leur cible). J’ai l’impression de vivre dans un rêve, au paradis, après avoir vécu l’enfer pendant 6 ans. Mais pour Marion, c’est pas la même tisane.

Les gens voyaient tout simplement son côté “méchant” et “tyrannique”, alors elle n’était pas du tout appréciée par la grande majorité des élèves. Elle a quand même quelques ami•e•s, mais très peu. Elle se lie d’amitié uniquement avec les connards et les connasses de son espèce (minoritaires heureusement), les fouteurs de merde, les enfoirés qui se moquent gratuitement des gens dans les couloirs… et aussi quelques personnes sympas qu’elle arrive à manipuler.

J’ai sincèrement essayé de renouer avec elle, mais comme je goûtais enfin à des amitiés saines et heureuses avec les autres élèves du lycée, je me rendais bien compte en comparaison, que mon amitié avec Marion n’était pas du tout normale, ni saine.


La “rupture” officielle

J’ai fini par laisser tomber. J’ai arrêté de lui parler, j’ai arrêté de la défendre quand les autres la critiquaient (quasiment tout le temps à juste titre d’ailleurs…) De toute façon, à force, elle devenait indéfendable. Elle était odieuse, elle lançait des rumeurs sur les gens… Par exemple, elle a fait croire à tout le monde qu’un garçon s’était inscrit dans notre établissement, et pas à St Denis (le lycée privé de la ville où il était avant) parce que sa famille était ruinée financièrement. Bon, une rumeur de merde quoi.

Un jour par hasard, je papotais avec ce garçon, et il m’a parlé de St Denis, son ancien collège/lycée et me dit qu’il en est parti parce que c’était beaucoup trop strict et qu’il n’en pouvait plus (caméras, barbelés aux murs etc…) Du coup, ça me rappelle ce que Marion m’avait dit sur lui quelques semaines plus tôt, et une fois où je parlais avec elle, j’en profite pour lui dire innocemment

“Oh au fait, j’ai papoté avec X, et s’il est plus à St Denis, c’est pas du tout à cause de l’argent, mais blablabla …”

Et là… Tenez vous bien… Elle est entrée dans une colère noire, je n’avais jamais vu ça. On était dans le hall du lycée pendant la pause de midi. Elle s’est mise à hurler, à m’insulter de tous les noms devant tout le monde. Elle a jeté son sac sur les casiers en métal … Elle les a même frappés de ses poings en hurlant et mis des coups de pieds dedans. Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais, elle était en pleine crise de nerfs… J’étais bouche bée, j’avais pas les mots, juste ultra choquée…

Des gens arrivent pour comprendre ce qu’il se passe et pour la calmer. Ils lui demandent ce qui ne va pas, avec un air aussi choqué que moi, et elle continue à hurler :

“MAIS C’EST L’AUTRE CONNE LA !! L’AUTRE GROSSE FOOOLLE !! ELLE RACONTE QUE DE LA MEEEERDE !! LA CONNE DE SERVICE !!”

Je finis par m’éloigner, car les surveillants arrivent et prennent la situation en main. En fait, elle a juste pété un câble parce que pour la première fois de notre relation amicale, je l’ai acculée.

Je l’ai confrontée à son mensonge.

➡️ Les manipulateurs peuvent devenir très colériques quand on les met face à leurs mensonges et leurs contradiction et qu’ils n’ont plus d’échappatoire. Il faut faire TRÈS attention à ces situations, car c’est dans ces moments qu’ils peuvent devenir violents.


Une ambiance tendue

L’histoire s’est soldée par une semaine de repos pour Marion, qui est restée au calme chez elle. Quelques mois ont passé, on ne se parlait plus du tout, et c’était même officiel : on ne pouvait vraiment plus se voir en peinture elle et moi. On continuait le covoiturage, parce que c’était plus simple pour nos parents, mais l’ambiance était vraiment tendue. On ne s’adressait pas là parole, on ne se regardait même pas. Elle a changé de chambre à l’internat pour rejoindre ses trois pétasses de copines. A cette époque de l’année, elle essayait aussi de lancer des rumeurs sur moi pour me discréditer. Mais manque de bol pour elle, la majorité des gens du lycée étaient “de mon côté” dans cette guerre qu’elle avait lancée.

Par exemple, elle essayait de faire croire aux gens que je me lavais avec du “sang de porc” (???) et que c’est pour ça que “je puais la mort” (rumeur niveau CP). Bref, les gens ne la croyaient évidemment pas. Au minimum, ils s’en foutaient, au mieux, ils me soutenaient.


La situation se retourne…

Voyant à quel point Marion est malveillante envers moi, les autres commencent à s’en prendre encore + à elle… situation que je déplore sincèrement, mais à laquelle je ne peux rien faire du tout… Elle s’est mise toute seule dans la merde. L’ambiance entre nous est de plus en plus tendue. Je voulais laisser pisser et passer à autre chose, car je m’étais fait pleins d’ami•e•s, mais le problème, c’est qu’on se voyait tout le temps, même lycée, même classe, même internat… L’histoire me collait au cul…

Marion commençait à être tellement mal au lycée qu’elle ne venait plus tout le temps. Parfois, elle était absente une semaine par-ci par-là… Elle manquait les cours, et ses notes chutaient. Mes parents ont insisté pour que je prenne soigneusement ses devoirs.


Je deviens sa chargée de devoirs…

Nous somme à peu près au mois de mai. L’année de seconde se termine, et Marion est absente depuis une bonne dizaine de jours. Je sais, de part ma famille, qu’elle est absente parce que sa grand-mère maternelle vient de décéder, paix à son âme. Je m’occupe donc de ses devoirs. Le weekend, mon papa et moi nous rendons chez Marion pour que je lui dépose les cours et les devoirs. Elle n’est pas présente, car elle est dans sa famille suite au décès de sa grand mère. Je dépose la pochette que j’avais préparée pour elle.

Un peu au dernier moment, je me rappelle que notre prof de physique à mi à notre dispo des sortes de “fiches de révisions” récapitulatives de l’année sur le site internet du lycée. Je demande donc au père de Marion (seul présent à la maison) si je peux accéder à l’ordinateur. Il me dit oui, mais veut quand même que j’appelle Marion pour lui demander l’autorisation (c’est son ordinateur à elle) et éventuellement le mot de passe si besoin. Je m’exécute. Au téléphone, je lui présente mes condoléances et lui explique pour les fiches et l’ordinateur.

Je suis très surprise et déstabilisée, parce qu’au bout du fil, Marion est HYPER chaleureuse avec moi, alors qu’on se déteste vraiment. Je sais qu’elle cherche à lancer tout un tas de rumeurs débiles sur moi, qu’elle m’en met pleins la gueule dans mon dos… Moi, je prends ses devoirs par pure charité et parce que mes parent me l’ont demandé, mais c’est tout. Je pensais qu’elle serait froide, mais non. Elle est très chaleureuse, elle me remercie pleins de fois, et elle me dit OK pour l’ordi (pas de mot de passe requis). Je lui dis “d’accord, prend soin de toi” bref, les basiques du respect quand quelqu’un•e est un deuil. Juste avant de raccrocher, elle m’a même lâché un petit “à bientôt au lycée, bisous”, mais je vous jure, j’ai jamais vu une hypocrite pareil… J’étais très troublée…


Mon erreur fatale…

Je vais donc dans sa chambre, là où se trouve l’ordinateur portable de Marion. J’ouvre le clapet et je constate qu’il n’est pas vraiment éteint, juste en veille. L’écran s’allume sans que j’ai besoin d’appuyer sur le bouton, et un document Word est ouvert. Son titre, en noir, en gros et en gras : “Lettre à Marielle…”

Marielle (nom modifié) est le prénom de sa grand mère récemment décédée. Donc juste avec le titre, je comprends que c’est une sorte de lettre posthume très personnelle à l’attention de sa grand-mère qui nous a quittée. Je ferme le document immédiatement, et télécharge les fiches de physique. Par acquis de conscience, j’ai fait une énorme erreur (erreur qui a déclenchée la fin de cette histoire… Je n’aurais jamais dû faire ça… mais je pensais vraiment pas à mal).

J’ai décidé de téléphoner à Marion pour lui expliquer ce qu’il venait de se passer. Je l’appelle et je lui dis très sincèrement et en étant vraiment désolée, que lorsque j’ai ouvert son ordinateur pour télécharger les fiches, le document était ouvert. J’insiste bien sur le fait que je ne l’ai pas lu, et que j’ai aussitôt fermé le document. Elle me dit qu’elle comprend, qu’effectivement, elle l’avait laissé ouvert avant de partir et que ce n’est pas grave, qu’elle me croit et que ce n’est pas de ma faute. Là encore, sa compréhension aurait dû m’alerter, mais j’ai rien vu venir. Je voulais juste être intègre et honnête, rester droite dans mes bottes et ne rien avoir à cacher, contrairement à elle qui était malsaine et mesquine. Mon père et moi, nous repartons chez nous.


Le mensonge ultime…

Environ deux semaines passent, la fin de l’année arrive bientôt. Marion revient au lycée. On ne se parle pas du tout, comme d’habitude. Et puis un midi, dans la file d’attente pour aller à la cantine, j’entends un groupe de filles parler de moi. Je me retourne, et elles me regardent avec des yeux noirs de haine, comme si j’avais tué leurs mères. Je leur demande si elles ont un problème, et si oui, qu’elles me le disent. Elles ne veulent pas trop me répondre, elles sont évasives, mais une d’entre elles me sort

“J’espère que Marion va porter plainte contre toi pour ce que t’as fait!! C’est vraiment dégueulasse !!”

Je ne comprends rien, je ne vois pas de quoi elle parle, j’essaie de leur demander mais elles ne veulent rien me dire. C’était un vendredi, donc le soir même je rentre chez moi. C’est au tour des parents de Marion de venir nous chercher. Je monte dans la voiture. Directement, j’invective Marion pour comprendre pourquoi ces filles ont dit ça ! J’insiste, mais elle ne me répond pas, sa mère ne me répond pas non plus. Je lui dis que d’après ces filles, j’aurais fait quelque chose qui mérite qu’on porte plainte, et que JE VEUX savoir !”

Personne ne me répond. La mère de Marion me dépose chez moi, et s’en va. J’ai aucune foutue réponse sur ce qui est en train d’arriver. Je rentre chez moi et là, je me fais cueillir par mon père qui me hurle dessus :

“COMMENT T’AS OSÉ FAIRE ÇA A MARION ??”


Le piège de Marion se referme sur moi…

Je lui demande de m’expliquer, je lui dit que je comprends rien, que tout le monde m’accuse d’un truc mais que personne ne daigne me dire ce que j’ai fait. C’est là que mon père m’explique le fin mot de l’histoire… Accrochez-vous…

Soit disant, j’aurais non seulement lu la lettre, mais je l’aurais aussi copiée sur une clé USB (ainsi que “d’autres documents personnels de Marion”), je l’aurais soit disant imprimée, affichée et distribuée dans tout le lycée dans le but d’humilier Marion.

Je suis sous le choc. Je comprends immédiatement qu’elle a inventé un énorme mensonge, le mensonge ultime pour essayer de me nuire aux yeux de tout le lycée. J’essaie d’expliquer à mon père que c’est faux, et qu’elle dit ça pour foutre la merde et me pourrir la vie. Mon père connaissait bien Marion, il savait que c’était une mythomane et sachant cela, je pensais qu’il se rangerait de mon côté… mais non. Il a énormément souffert de la perte de sa propre mère, et ainsi, il a pris en pitié Marion et sa famille qui venait de perdre un proche…Il s’est complètement fait retourner le cerveau par ses sentiments et ses blessures. Il m’a dit des choses horribles, que “je n’étais plus sa fille après ce que j’avais fait”, que “j’étais morte pour lui”.

C’est la 1ère fois que Marion réussissait aussi bien un mensonge… Ma mère par contre avait vu clair dans le jeu de Marion. Elle a essayé de raisonner mon père, mais rien à faire. Je les ai entendu se disputer plusieurs fois à ce propos. Ma mère, pour qui la vérité était évidente, ne comprenait pas pourquoi mon père ne me soutenait pas. Le weekend fut vraiment horrible. Le samedi, le père de Marion est venu chez nous pour tirer ça au clair. J’ai eu beau expliquer à tout le monde ma version, il n’y avait que ma mère qui y croyait. Tout le monde était persuadée que j’avais lu la lettre et que je l’avais partagée.

Alors que le père de Marion était encore là, le téléphone sonne. C’est la mère de Marion qui dit “avoir la preuve que j’ai lu la lettre”. Elle explique que dans les propriétés du document, c’est indiqué qu’il a été ouvert le jour où j’ai apporté les devoirs. Ma mère et moi, on réfute directement l’information. C’est tout à fait normal que cette date figure dans les propriétés, puisque quand j’ai apporté les devoirs à Marion, le document étaient encore ouvert sur l’ordinateur. Du coup, c’est une preuve de rien du tout. En plus, j’avais eu la bonne foi de le dire à l’époque…

Mais bon, les vieux et la technologie vous savez… Ça ne les convainc pas, mon père et les parents de Marion sont grave chauds avec “leur preuve” (alors qu’ils n’ont pas loin de ZÉRO de notion en informatique, contrairement à ma mère et moi)… Vu que la discussion ne mène à rien, le père de Marion repart. C’est toujours ultra tendu entre mon père et moi, malgré ma mère qui milite pour ma cause.


Marion en rajoute une couche, et c’est ce qui va la perdre !

La situation aurait pu s’arrêter là, mais ce qui m’a sauvée, c’est la menteuse elle-même. Alors que beaucoup de gens croyaient au mensonge de Marion (contrairement à d’habitude), elle va faire une erreur fatale : se montrer beaucoup trop gourmande. Pour l’instant, l’affaire était restée “familiale” et avait un peu tourné parmi ses copines… mais pas plus loi. Marion a fait la grosse erreur de vouloir mêler le lycée à ça, et c’est ce qui l’a perdue.

Enivrée par le fait que les gens la croyaient, et qu’elle pourrait réussir à me nuire sérieusement, elle est allé beaucoup trop loin pour “prouver son mensonge”. Déjà, elle a insisté auprès de sa mère pour porter l’affaire devant le proviseur du lycée. Sa mère accepte évidemment, et elles prennent rendez-vous dans son bureau. Marion donne sa version des faits, sa mère l’appuie, mais le proviseur voit vite la supercherie. Le rendez-vous se termine, et le proviseur dit qu’il prendra le temps de démêler le vrai du faux, et de prendre une sanction le cas échéant.

(Tout ça, je le sais parce que le proviseur s’est entretenu avec mes parents au téléphone quelques jours plus tard).

Lors de cet appel du proviseur, mes parents et moi apprenons toutes les choses qui Marion a inventées en plus pour “prouver son mensonge”. Elle prétend que c’est une surveillante de l’internat qui l’a avertie que je faisais tourner la lettre à sa grand mère. D’après Marion, la surveillante serait venue la voir un soir à l’internat, lui aurait restitué la lettre, en la prévenant au passage que c’était moi. La surveillante a bien évidemment nié. C’est tellement débile de mentir sur un truc si facilement vérifiable…

Par ailleurs, toute l’équipe éducative et tous les élèves du lycée à qui on a posé la question ont affirmé qu’aucune lettre d’aucune sorte n’avait tournée dans le lycée. Personne ne l’avait jamais vu, et c’est ça qui a finit par achever le mensonge de Marion. Voilà la conclusion du proviseur. Il nous a aussi informé que Marion quitteraient immédiatement et définitivement le lycée (à sa demande), surement trop honteuse pour assumer ses mensonges. Il nous a présenté ses excuses pour les proportions qu’a pris cette histoire.

Les parents de Marion quant à eux, ne se sont jamais excusée auprès de moi, je ne les ai jamais revu (tout comme Marion), mais d’après mes parents, ils baissaient bien les yeux quand ils se voyaient… Marion a changé de lycée, et d’après les nouvelles que j’avais par mes parents (qui continuaient à fréquenter les parents de Marion), l’histoire s’est répétée encore une fois dans son nouveau lycée, preuve que le problème venait bien d’elle.

Mon père s’est vite fait excusé auprès de moi, pour s’être rangé du côté de Marion et s’être fait complètement avoir.

Voilà, c’est la fin du storytime. C’était vraiment hyper long, et le dernier tiers était plus du racontage de vie, mais je trouvais important de vous montrer jusqu’où des histoires aussi futiles peuvent aller quand on est face à des personnalités aussi dérangées que celle de Marion. On est vraiment sur un type de personne malveillante qu’il faut apprendre à reconnaître et à éviter. J’écrirais surement un nouveau billet, plus synthétique et général sur les méthodes et les signes à reconnaître pour débusquer les manipulateurs, mais je pense qu’un exemple précis et détaillé est déjà assez parlant ! J’espère que le post vous a plu !

Arrêt de la cigarette : la plus grosse difficulté que j’ai rencontrée

Arrêt de la cigarette : la plus grosse difficulté que j’ai rencontrée

temps de lecture : environ 6 minutes

Ça y’est, j’ai récemment fêté mes deux mois d’arrêt de la cigarette ! 🎁

J’en suis si contente que j’ai l’impression de ne parler que de ça autour de moi. Mais qu’importe, il est important pour moi de propager de bonnes ondes et d’inspirer mon entourage. 🙂

A l’occasion de ce bel anniversaire, j’ai relu mon post du mois dernier, “non fumeuse depuis 1 mois grâce à une vidéo Youtube” , où je vous annonçais fièrement avoir stoppé ma consommation de cigarette.

Je voulais me replonger dans mon état d’esprit du moment, pour faire un point, pour mesurer à quel point j’avais avancé dans mon cheminement pour redevenir non-fumeuse. En relisant mon article, je me suis aperçue que je ne vous avais pas parlé d’un point très important : la plus grosse difficulté que j’ai rencontré dans mon parcours (certes court, mais non moins intéressant).

La difficulté n’est pas là où on l’attend

Si je vous dis “difficulté à arrêter de fumer” , vous penserez probablement à la tentation, à l’envie de fumer ou la difficulté à se retenir… mais il n’en est rien ! Etonnamment (et comme je vous le disais dans mon premier post), ce n’est pas l’envie de cigarette qui m’a posée le plus de problème pour arrêter, car elle a très vite disparue.

Le plus dur à supporter a été la réaction des autres fumeurs et fumeuses de mon entourage. Quand j’ai décidé d’arrêter de fumer, je pensais naïvement que mon entourage serait d’un soutient sans faille dans ma démarche et que je pourrais compter sur mes proches pour m’aider.

Grossière erreur !

Bon, en réalité, la plupart de mon entourage m’a soutenue, ce serait mentir de prétendre l’inverse. En revanche, j’ai été très désagréablement surprise de constater que beaucoup de personnes fumeuses de mon entourage étaient très défaitistes quant à ma réussite à arrêter la clope.

Tu n’y arriveras pas !

Tu vas forcement craquer !

Ces deux phrases sont revenues un bon nombre de fois dans les bouches des personnes fumeuses qui avaient elle-mêmes échoué dans leurs tentatives d’arrêter de fumer. J’essaie de me mettre à la place de ces personnes et de comprendre pourquoi elles réagissent de cette manière.

Un biais d’attribution causale

Pour en avoir discuté avec nombre d’entre elles, j’ai l’impression que leur échec est très souvent attribué à une cause externe : la difficulté à arrêter, le mimétisme ou la tentation constante …

On pourrait le résumer de la façon suivante : “arrêter de fumer est trop difficile, voire impossible, donc j’ai échoué“. Et dans un second temps : “puisque c’est trop difficile d’arrêter, que la publicité où les personnes fumeuses autour de moi me tentent constamment, alors ce n’est pas de ma faute si j’ai échoué.”

En psychologie sociale, on appelle ce phénomène un biais d’attribution causale : c’est un mécanisme très courant, auquel nous avons tou•te•s recourt dans le but de nous rassurer, de calmer notre égo et de préserver notre estime de nous-même.

Les autres face à leur propre échec

Psychologiquement, il est bien plus confortable de se dire que nous ne sommes pas responsables de nos défaites. Il est plus facile de vivre avec l’idée qu’une cause externe et incontrôlable nous a empêché de réussir. Et si une autre personne souhaite s’aventurer sur une voie où nous avons nous-même échoué, son éventuelle victoire ne ferait que nous replacer face à notre échec (et à notre responsabilité dans celui-ci).

Si je réussis à arrêter de fumer, toute leur théorie s’effondre. Si je réussis, je prouve qu’arrêter est possible. Pas forcément simple, mais bel et bien possible. Si j’y parviens, cela signifie probablement pour ces personnes qu’ils ou elles n’ont pas fait assez d’effort pour y parvenir. Tout à coup, la cause de leur échec devient interne, et non plus externe.

En parvenant à arrêter, je leur prouve malgré moi que leur échec leur est imputable, et cette idée est bien plus dure à accepter. C’est cela qui, à mon avis, pousse ces personnes à avoir ces discours pessimistes et pas très encourageants. On pourrait même qualifier cela de “sabotage” (évidemment inconscient et dans le seul but de se rassurer) : ces personnes préférant me voir échouer plutôt qu’accepter leur propre échec.

Après le défaitisme vient le rejet

Au début, quand je n’étais non-fumeuse que depuis quelques jours, ces personnes n’hésitaient pas à se gausser et à me dire que je n’y arriverai pas. Peut-être se disaient-iels que j’étais “une personne de plus à vouloir arrêter, et qui ne ferait que rater” , comme une de ces bonnes résolutions de nouvelle année que nous ne tenons jamais.

Un mois plus tard, voyant que je n’avais pas craqué contrairement à leurs prédictions, la réaction de ces personnes à mon égard a bien changée et a confirmée mon hypothèse. Maintenant que je suis non-fumeuse depuis deux mois, ces personnes me regardent et me traitent avec un peu plus de sérieux et de respect. Iels n’osent plus mettre en doute mon sérieux et ma volonté.

Leur attitude est aujourd’hui bien différente et empreinte de beaucoup de jalousie. Quand j’aborde le sujet ou quand on me pose des questions, ces personnes qui ne croyaient pas en moi n’hésitent pas à m’envoyer quelques piques et moqueries.

Arrêtes de ta la péter.

Ça y’est, Madame à arrêté de fumer donc elle donne des leçons.

C’est toujours dit sur le ton de l’humour, mais ces personnes sont bien mauvaises pour cacher leur envie, et à quel point ça les énerve de me voir réussir là où iels ont échoué. Je trouve cette réaction bien dommage, mais très démonstrative de cette difficulté à accepter l’échec.

Soyez préparé•e à recevoir ce genre de remarque

Si je vous écris ce post aujourd’hui, c’est simplement pour que vous soyez prêt•e à encaisser ce genre de remarque de la part de votre entourage. Personnellement, je ne m’y attendais pas du tout, car je pensais naïvement que tous et toutes seraient enchanté•e•s pour moi et me montreraient du soutient.

Je dois avouer que ce manque d’encouragement et d’enthousiasme de la part de certain•e•s de mes proches m’a beaucoup affectée au début. Même si je tente de paraitre forte et inébranlable en toutes circonstances, cette dépréciation m’a touchée, et m’a fait douter de moi et de mes capacités.

Malgré tout, je me suis accrochée et suis vraiment fière de fêter aujourd’hui ces deux mois sans cigarette. Je revis, et ne peux que vous encourager à faire de même. Soyez néanmoins conscient•e•s que ce genre de remarque peut arriver, et faites en sorte qu’elles vous affectent le moins possible dans votre réussite. 🙂

Je reste disponible dans les commentaires pour toutes questions ou besoin d’encouragement. Tou•te•s ensemble, on peut y arriver ! 🙂

Comment mieux nous comprendre à l’aide d’un simple exercice ?

Comment mieux nous comprendre à l’aide d’un simple exercice ?

Il est 10h du soir, et je sors à l’instant d’un atelier sur l’avenir des entreprises et les enjeux du monde du travail de demain. Dit comme ça, ça a l’air super barbant, mais j’y ai appris pas mal de choses intéressantes, dont un exercice de pensée qui m’a vraiment beaucoup plu et que je tiens à vous partager.

Nous ne savons pas communiquer

J’ai toujours été convaincue que la plupart de nos problèmes ont pour cause une mauvaise communication, ou même une absence de communication. Ne pas communiquer correctement avec les autres nous conduit fatalement à ne pas bien nous comprendre (et on ne connait que trop bien les soucis que cela engendre, que ce soit au travail ou dans notre vie privée).

Comment se mettre à la place de l’autre ?

Aujourd’hui, je vous propose donc ce petit exercice très simple pour vous aider à changer de prisme, ou plus simplement : à vous mettre à la place de l’autre et ainsi, mieux lea comprendre. Tout ce qu’il vous faut, c’est une feuille et un crayon.

Quelle est ma valeur ?

Je vais commencer par vous demander de penser à votre plus grande valeur : la chose, la qualité ou la cause pour laquelle vous seriez capables de donner votre vie.

Quand le coach nous a donné cette consigne, c’est facile à deviner, j’ai immédiatement pensé à l’antispécisme et à sa conséquence : le véganisme. Je vais donc reprendre cet exemple tout au long de l’article. A vous ensuite de refaire l’exercice avec votre propre valeur. Si vous aussi, vous avez spontanément choisi le véganisme ou l’antispécisme, je vous recommande de ne pas lire mes réponses (en italique) avant d’avoir fait l’exercice.

Maintenant que vous avez votre valeur en tête, je vais vous demander d’identifier son “anti-valeur”, son opposé.

Facile : c’est le spécisme et le carnisme.

On commence avec la partie facile !

Maintenant que vous avez identifié votre valeur et son anti-valeur, voilà votre premier exercice : listez les 15 avantages de votre valeur.

Normalement, vous ne devriez pas avoir trop de peine pour lister ces 15 avantages. Dans mon cas, je pense immédiatement au fait de ne pas participer au massacre de masse lié au spécisme, au fait de me battre de toutes mes forces pour quelques chose de plus grand que moi, aux sauvetages de tous les individus innocents auxquels j’ai participé, à la réduction de mon impact environnemental, au développement de mon empathie, à la redécouverte de saveurs oubliées, à mes rencontres avec toutes les personnes fantastiques qui partagent désormais ma vie, ou encore au fait que grâce au véganisme, j’ai totalement arrêté de grignoter vu qu’il y a beaucoup moins de choix de biscuits, bonbons, gâteaux et autres conneries…

Deuxième exercice simple : listez les 15 inconvénients de votre anti-valeur.

Cet exercice est encore plus facile que le premier. Pour être honnête avec vous, j’ai réussi à lister deux fois plus d’inconvénients du spécisme que d’avantages de l’antispécisme.

Parmi ces inconvénients, je note le meurtre inutile d’individus sensibles, la pollution massive causée par l’exploitation animale, les mécanismes oppressifs qui sous-tendent le spécisme, la mauvaise foi et la dissonance cognitive dont font preuve pas mal de gens, le manque total et cruel d’empathie pour les autres formes de vie (ou l’hypocrisie de prétendre aimer les animaux alors qu’on les mange), la consommation irréfléchie…

C’est là que les choses se corsent…

Je pense que vous avez deviné les deux prochaines questions : ceux sont elles les plus importantes de cet exercice, car c’est en vous mettant à la place de vos opposé.e.s que vous parviendrez à mieux les comprendre et à mieux communiquer.

Avant de vous poser les deux dernières questions, sachez qu’y répondre ne valide pas pour autant votre anti-valeur. Cela ne signifie pas que vous avez tort, le but est juste de vous mettre à la place des personnes qui ne pensent pas comme vous.

Listez les 15 inconvénients de votre valeur.

C’est tout de suite plus compliqué. En me forçant un peu, j’ai quand même réussi à lister des inconvénients au véganisme et à l’antispécisme. Si vous avez choisi la même valeur et la même anti-valeur que moi pour cet exercice, je vous recommande de ne surtout pas lire le paragraphe suivant et de réfléchir par vous-même. Vraiment, faites-le sans tricher et passez directement à la question suivante.

Parmi ces inconvénients, j’ai noté l’illusion de sauver des animaux en étant simplement végan.e, l’énergie perdue à toujours devoir justifier ses choix auprès des autres, ou devoir les éduquer alors que ce n’est pas notre rôle, l’épuisement face à toute l’horreur de notre société spéciste, le jugement omniprésent des autres même quand on essaie d’être “sympa et tolérant.e”, parfois même la perte de certain.e.s proches qui rejettent en bloc nos idées ou encore la grande difficulté que l’on rencontre pour trouver un médecin compétant…

Listez les 15 avantages de votre anti-valeur.

C’est véritablement la question la plus compliquée de l’exercice, mais aussi la plus importante (c’est pour cela qu’on la garde pour la fin). J’ai vraiment dû réfléchir très longtemps pour mettre en évidence les 15 avantages du spécisme. C’était vraiment difficile, mais j’ai fini par y arriver malgré tout.

Conclusion

Je ne peux pas vraiment vous donner de conclusion formelle à cet exercice, car je pense que chacun.e y trouvera un sens différent. J’espère que cela vous a apporté quelque chose, et vous a fait prendre du recul sur vos idées. Je le rappelle encore une fois, le but de cet exercice n’était pas de debunker votre valeur, mais juste de vous aider à vous mettre à la place des autres.

Je n’ai volontairement pas donné mes 15 avantages du spécisme car j’aimerais que vous le fassiez par vous-même. Étant donné que la majeure partie de mes abonné.e.s sont végan.e.s et auront probablement aussi choisi le véganisme et l’antispécisme au début de l’exercice, je n’ai pas envie de vous gâcher la réflexion que demande la dernière question. Je serais ravie qu’on se les donne dans les commentaires.


N’hésitez pas à me dire si vous avez apprécié l’exercice d’aujourd’hui, si vous aimeriez que je vous en propose à nouveau et surtout à me dire quelles étaient la valeur et l’anti-valeur que vous avez choisies.

Je remercie grandement Arnaud Viody, du cabinet de conseil en stratégie et marketing “Vertone” qui a animé cet atelier, ainsi que notre hôte : le Hub Coworking (dont je vous parlerai très bientôt sur le blog).

A la semaine prochaine !