#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars, l’occasion rêvée pour vous proposer ce billet bonus. En ce jour important, il me parait pertinent de faire une petite piqure de rappel féministe. Comme vous le savez forcément, nous célébrons aujourd’hui la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Pas “la journée de la femme” .

Ni “la journée un soutif acheté, une culotte offerte” .

Page d’accueil du site marchand Etam, affichant fièrement l’offre “1 soutien-gorge acheté = la culotte à 1€”. On leur reconnaîtra tout de même le “mérite” d’avoir presque correctement nommé le 8 mars, en ne cédant pas au vulgaire “journée de la femme” .

Dépolitisation et instrumentalisation des luttes féministes

Cela peut vous paraître futile d’insister sur la formulation, mais la distinction est importante. Pourquoi ? Tout simplement car se contenter de parler de la “journée de la femme” revient à dépolitiser les luttes féministes, en excluant les notions de “luttes” et de “droits des femmes” .

Dépolitiser nos luttes a beaucoup de conséquences. Premièrement, cette appellation de “journée de la femme” nous empêche d’être réellement prises au sérieux. Elle renvoie à quelque chose de “léger” et de “festif” alors que la lutte pour les droits des femmes n’a rien d’une partie de plaisir.

Cette appellation invisibilise une nouvelle fois la lutte féministe, ainsi que les conséquences désastreuses et quotidiennes du sexisme sur les femmes et les minorités de genre.

Elle nous impose une charge de travail d’éducation supplémentaire : celui que je suis en train d’abattre actuellement. Alors que je pourrais me focaliser sur d’autres aspects de nos combats, je me dois de rédiger ce billet pour mettre les points sur les i.


La “journée de la femme” et les stéréotypes de genre

Le stéréotype est la base de toute discrimination. Il nait du besoin d’économie cognitive de notre cerveau, qui n’a pas la capacité de traiter toutes les informations en même temps. Ainsi, plutôt que de décrypter une personne en détail quand nous la rencontrons, notre cerveau ira au plus simple et au plus rapide : coller sur cette personne une “étiquette” toute faite. Cette étiquette, c’est ce que l’on appelle le stéréotype.

Petit à petit, les stéréotypes s’ancrent dans notre cerveau. Plus nous les utilisons, plus ils deviennent puissants et difficiles à déconstruire. Si certains stéréotypes peuvent être inoffensifs et réellement utiles au quotidien, d’autres s’avèrent bien plus délétères.

C’est le cas lorsqu’ils deviennent des “préjugés” , que l’on peut définir comme des idées préconçues sur des groupes sociaux, mais dont la connotation est négative. Exemple : “les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” . L’étape suivante est le passage à l’acte par la discrimination et la violence. Exemple : “coucher avec une femme, même si celle-ci a dit “non” , puisque les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” .

Cette construction sociale des stéréotypes se fait de façon inconsciente et insidieuse. Chaque personne utilise des stéréotypes au quotidien par souci d’économie cognitive ; prétendre le contraire serait malhonnête.

La “journée de la femme” participe à l’élaboration de ces stéréotypes de genre, à coups de marketing et de promotions alléchantes sur des culottes ou des mixeurs plongeants. Lorsque l’on me dit que “je devrais me concentrer sur des combats plus importants que les “petites blagues” ou les publicités sexistes” , je dis non.

S’attaquer aux stéréotypes, c’est arracher le mal par la racine : là où naissent les discriminations. Le travail de déconstruction des stéréotypes est absolument primordial. Utiliser des stéréotypes n’est pas une honte, c’est inévitable, le tout est de savoir s’en détacher en en prenant conscience afin de ne pas céder aux préjugés et à la discrimination.


En cette journée du 8 mars, j’aimerais qu’on laisse de côté les culottes et les mixeurs. J’aimerais que l’on se concentre sur les luttes et les moyens à notre disposition pour améliorer la situation des femmes et des minorités de genre. En 2019, j’aimerais que l’on se battent pour TOUTES les femmes, pas seulement les femmes blanches, hétérosexuelles, dyadiques, cisgenres, valides, [insérez ici toutes autres normes dominantes]. NOUS TOUTES, ensemble !

Les alliés du féminisme nous sont également d’une grande aide (oui messieurs, c’est de vous dont je parle 😉). Si vous souhaitez creuser le sujet, ou si vous vous demandez comment faire avancer la situation à votre échelle, je vous recommande la lecture de mes autres articles de la catégorie féminisme.

Bonne journée internationale de lutte pour le droit des femmes ♥️

Ne donnez plus d’argent au Téléthon – Actu antispé #4

Ne donnez plus d’argent au Téléthon – Actu antispé #4

En ce premier jour de décembre, je me dois de vous faire passer un message très important pour moi. Comme chaque année, le Téléthon fait son grand retour sur nos petits écrans. Chaque premier week-end de décembre, c’est pas moins de 5 millions de Français.e.s qui se rassemblent devant leurs télévisions.

Le Téléthon jouit d’une excellente image médiatique. Organisé pour la première fois en 1987, il a pour objectif de récolter des dons afin de financer la recherche médicale. Comment en vouloir aux Français.e.s de rentrer dans le jeu et de laisser aller leur générosité ?

Je ne reprocherai jamais à personnes d’avoir commis un acte lorsque cela est fait dans l’ignorance. Je ne peux pas à en vouloir aux donateurs et donatrices, car je suis intimement convaincue qu’ielles donnent avec leurs cœurs. Mais si vous envisagez de donner cette année, rappelez-vous que derrière la belle image médiatique, les vrais visages du Téléthon, ce sont eux…

Ne donnez plus d’argent au Téléthon…

Ces images sont issues d’une vidéo d’enquête sur les chiens du laboratoire de neurobiologie de l’École nationale vétérinaire d’Alfort servant aux expériences financées par l’AFM-Téléthon.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Wr7OFqh6zsU&w=560&h=315]

Ces chiens naissent atteints de dystrophie musculaire, maladie qui leur inflige une dégradation musculaire handicapante et douloureuse. La dystrophie musculaire (DM) (…) fait des ravages sur leur corps et certaines fonctions vitales sont sévèrement atteintes : les chiens luttent pour marcher, déglutir et même respirer. (1)

Le Téléthon ne sauve pas ces chiens…

Vous pensez peut-être que je souligne l’évidence, mais il n’est pas rare d’entendre que le Téléthon cherche à sauver les chiens malades. C’est un comble. Oui, le Téléthon cherche un traitement, mais il est totalement hypocrite de dire que leur motivation est de soigner les chiens.

En réalité, les chiens sont sélectionnés pour naître malades. En reproduisant deux chiens atteints de dystrophie musculaire, les laboratoires s’assurent de faire naître des chiots eux-mêmes victimes de la maladie étudiée. Ainsi, la même souche de chiens malades est reproduites à l’infini pour servir de cobayes aux laboratoires.

Cette vie de souffrance leur est imposée par la sélection génétique. Si les laboratoires se préoccupaient véritablement du bien-être des chiens, ils ne les feraient simplement pas naître.

La parole poignante de Pascaline

Certain.e.s malades s’opposent aussi très vivement à ce type d’expérimentation et pour moi, il est primordiale que leur parole soit entendue. L’an dernier, pour l’édition 2017 du Téléthon, le témoignage de Pascaline avait fait le tour des réseaux sociaux.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=npYLF6hYwQE]

Pascaline est atteinte de myopathie depuis plus de quarante ans, et même après toutes les éditions du Téléthon, son traitement n’a pas évolué. A quoi a servi tout cet argent ? A quoi a servi toute cette souffrance ?

Comme Pascaline le dit si bien, elle n’a pas envie que des animaux souffrent pour elle. Beaucoup de personnes malades la félicitent en commentaire et rejoignent ses propos.

Mais… Il faut bien essayer de guérir les gens, non ?

Évidemment qu’il est vital de chercher des traitements. Ce que le Téléthon ne vous dit pas, c’est qu’il existe désormais des alternatives et des chercheurs et chercheuses qui développent depuis plusieurs années une recherche à la fois fiable et sans cruauté.

En France, c’est le collectif de chercheurs et chercheuses Antidote Europe qui porte au mieux ce message. Je vous invite très vivement à lire leur documentation qui dépoussière notre vision de l’expérimentation animale.

L’AFM-Téléthon considère encore la recherche sur les animaux comme primordiale, comme une nécessité. Nous sommes déjà dans le futur de la recherche médicale, mais le Téléthon ne semble clairement pas vouloir prendre cette direction. (2)

Les modèles animaux sont-ils pertinents ?

Il y a des centaines d’années, un gus à décidé de poser le paradigme suivant : “il y a plus de points communs entre l’humain et les autres animaux qu’il n’y a de différence” et a donc conclu que c’était OK d’expérimenter sur eux.

Cependant, pendant toutes mes études (neuropsychologie et neurosciences), mes profs et maître.sse.s de stage n’ont cessé de remettre en cause la validité des modèles animaux et nous invitaient régulièrement à y réfléchir. Une de mes profs, spécialiste française de l’étude du sommeil nous à même raconté un jour :

Pendant des décennies, on a étudié le sommeil sur le chat, en pensant que c’était généralisable à l’humain.e. Plus tard, avec l’arrivée de l’imagerie médicale, on s’est rendu compte que le cerveau du chat est très différent de celui de l’humain.e. Dans notre cerveau, nous avons une structure appelée formation réticulée, gérante de notre sommeil. C’est à cause de cette structure qu’on est complètement décalé si quelqu’un ou quelque chose dérange notre nuit. Grâce à l’imagerie, il a été prouvé que le chat ne possède pas de formation réticulée, et par la même occasion, on a mit à la poubelle des centaines d’années de recherches invalides.

Évidemment, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais cette réflexion est intéressante et devrait selon moi être une des priorités dans la recherche médicale. Comment conduire des études valides et fiables sans torture.

Pour moi, l’expérimentation sur les animaux n’est pas une bonne solution. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous ne pouvons pas prédire la réaction du corps humain à une substance à partir de la réaction d’un animal à cette substance. Nos gênes sont différents, nos réactions seront donc également différentes. Cela signifie qu’après avoir utilisé des animaux pour tester l’action d’un actif, des tests sur les humain.e.s seront obligatoires. Seul l’être humain est le modèle de l’être humain.

Sur le même sujet, je vous invite à consulter l’article d’Antidote Europe : Pourquoi l’animal n’est pas le modèle biologique de l’homme ?

Ne financez plus leur torture…

Pour tous ces chiens, pour tous les animaux qui souffrent inutilement dans les laboratoires de recherche pour des traitements qui ne voient jamais le jour, je vous en prie, ne donnez plus au Téléthon.

A la place, vous pouvez soutenir des organismes de recherche sans cruauté comme Antidote Europe.


Pour aller plus loin :

Pourquoi l’animal n’est pas le modèle biologique de l’homme ?

Dix mensonges sur l’expérimentation animale


Source

(1) Petafrance.com : De nouvelles révélations montrent des chiens en grande souffrance dans un laboratoire financé par le Téléthon.

(2) Afm-telethon.fr : Recherche médicale et essais sur les animaux.

Démission et meurtre en solde à l’Elysée – Actu antispé #3

Démission et meurtre en solde à l’Elysée – Actu antispé #3

Le 27 août, la FNC (Fédération Nationale des Chasseurs) représentée par Willy Schraen, était reçue par Manu lors d’une audience visant à discuter des différents réformes liées à la chasse. (1) Chacun et chacune d’entre nous connaît les positions pro-chasse de Manu, lui qui souhaitait remettre les chasses présidentielles à l’ordre du jour. (2) Ni plus ni moins que le meurtre élevé au rang de culture, de tradition et de plaisir : c’est de cette manière qu’a choisit de se divertir une minorité de la population française.

Les accidents de chasse en France : personnes blessées et personnes tuées de 2006 à 2017 (ONCFS)


Une minorité qui pourtant réclame privilèges et aménagements pour son confort, rendant la vie du reste de la population bien triste et compliquée. Se promener à la campagne, se balader tranquillement en forêt, laisser sortir son chien ou son chat sans avoir peur pour sa vie : autant de plaisirs simples de la vie que la plupart d’entre nous ne vivent plus si souvent.


Meurtres en solde !

Manu, toujours à genoux à pomper les lobby et ces chasseurs dont il désire le vote, a bien évidemment cédé à toutes leurs attentes.

Afin de rendre la chasse encore plus accessible à toutes celles et ceux tristes de ne pas avoir les moyens de tuer pour le plaisir, Manu offre une jolie ristourne sur le permis de chasse : désormais 200€ au lieu de 400€. Un bon -50% sur les meurtres !

Régulation : même les espèces menacées y passent (logique ?)

Les soldes, ça ne suffit pas : cette année les chasseurs réclament également des exclusivités et des animaux en édition limitée ! Alors qu’ils n’ont que le mot “régulation” à la bouche, les chasseurs auront le loisir de chasser des espèces classées “menacées” à l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

Une jolie tourterelle des bois qui n’a rien demandé à personne.

Le fuligule milouin, le courlis cendré, la tourterelle des bois, barge à queue noire et grand tétras : toutes ces espèces d’oiseaux sont classées UICN, d’un niveau d’inquiétude minime, jusqu’à “vulnérable”. Où est la régulation ? Tout cela est faisable dans le cadre de ce que les chasseurs appellent “la gestion adaptative” : une jolie tournure qui peut se résumer à “ouais t’inquiète on fait un peu gaffe qu’il en reste quand même quelques uns, mais on les bute quand même” (logique de chasseurs).

Mais soyons rassuré.es, l’audience fut également l’occasion pour Manu et Willy d’aborder souffrance animale, ainsi que de discuter de l’éthique de certaines formes de chasses. Ouf !


Un avenir sombre pour l’écologie

Ces derniers jours ne sont pas de bons augures pour l’écologie et la biodiversité en France. Pendant que la FNC lance sa première campagne totalement honteuse dont la devise est “chasseurs : premiers écologistes de France” (3), notre président ne fait que se plier aux volontés des lobbies.

Pour couronner le tout, c’est désormais Nicolas Hulot, qui le lendemain de l’audience de la FNC démissionne subitement du gouvernement. (4)

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=YJZa90g9WSk?rel=0&w=560&h=315]

“Ça va paraître anecdotique mais pour moi c’était symptomatique et c’est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner. C’est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir. Il faut à un moment ou un autre poser ce problème sur la table parce que c’est un problème de démocratie : qui a le pouvoir, qui gouverne ?” Nicolas Hulot, France Inter

Quel avenir pour l’écologie ? Quel.le remplaçant.e pour Nicolas Hulot ? Quelle nouvelle marionette ?


Sources :
(1) Les chasseurs reçus à l’Elysée : «Par démagogie, on maintient l’ancien monde»
(2) Emmanuel Macron veut réouvrir les “chasses présidentielles” : mais au fait, c’est quoi cette pratique héritée de la monarchie ?
(3) Les chasseurs lancent leur campagne : les chasseurs premiers écologistes de France
(4) Démission de Nicolas Hulot : qui est Thierry Coste, le “lobbyiste” qui “n’avait rien à faire” à l’Elysée ?

Un tout nouveau torchon signé Ludovic Delory (Contrepoints 06.08.18) – Actu antispé #2

Un tout nouveau torchon signé Ludovic Delory (Contrepoints 06.08.18) – Actu antispé #2

Depuis plusieurs mois, les articles (ou plutôt les torchons) abordant le véganisme, l’antispécisme et le militantisme se multiplient. Très souvent, ils ne parlent pas de “militant.es antispécistes” mais de simples “végan.es” ou pire “militant.es pro-vegan” : un signe indéniable de leur méconnaissance du sujet (au mieux) ou de leur volonté malsaine de nous faire mauvaise presse (au pire).

De tribunes infondées en tribunes infondées, les “pro-bonne barbaque à la française” se croient brillant.es et maîtres.ses de la rhétorique, mais manquent en réalité toute la substance de la question et ne font que propager stéréotypes, préjugés et lieux communs niveau CM1.

Le dernier torchon en date (1) signé de la belle plume objective et renseignée de Ludovic Delory, publié dans le “journal” libéral Contrepoints n’échappe pas à la règle. Les militant.es de l’antenne Belge Anonymous For The Voiceless en font la une et sont accompagné.es de ce qui n’est ni plus ni moins qu’un pamphlet carburant à la désinformation.


Le véganisme liberticide

Ludo en a marre. Il déplore nombre de choses, à commencer par ces casse-pieds de végan.es qui se battent contre sa “liberté” de se baffrer de cadavre à volonté. Quand tu lui montres la Lune, le carniste regarde le bacon. #TouchePasAMonSteak

“En souhaitant rendre l’humain vertueux par le biais de la Loi sans se cantonner au débat philosophique sur la sensibilité animale, la nouvelle idéologie politique végan menace nos libertés.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

Pour faire simple, Ludo ne semble pas capable (ou refuse) de voir plus loin que le bout de son nez. Il aimerait que les végan.es se cantonnent au débat philosophique de la sensibilité animale (qui pour moi n’a rien de philosophique, mais passons). Et on le comprend ! Tant que les marginaux comme il les appelle, restent bien sagement à leur place et ne font que disserter entre convaincu.es de la sentience animale, Ludo n’aura alors pas à se remettre en question. Tant que les hippies resteront entre eux, tout le monde fermera bien les yeux sur le problème et aucun.e carnistes n’aura à se préoccuper sérieusement de la pérennité de son régime zoophage : leur “liberté”.


Mais au fait, c’est quoi la liberté ?

Les carnistes hurlent à tout-va à la liberté, cette chose inaliénable que personne ne peut remettre en question sans se voir coller l’étiquette “fasciste” sur le front. Mais notre utilisation usuelle du terme liberté est-elle vraiment correcte ?

Habituellement employé pour faire opposition à la notion d’enfermement, d’emprisonnement ou d’esclavage, le mot liberté est en réalité beaucoup plus étendu en philosophie ainsi que dans le domaine du droit. On part d’une notion simple : la liberté est cette possibilité générale de pouvoir agir sans contrainte. Or, la définition ne s’arrête pas là. En effet, il est trop souvent oublié que la liberté est une notion bien plus relative qu’on ne le pense.

Afin que notre liberté soit compatible avec les notions de justice et d’égalité, il est primordial de la nuancer pour éviter un scénario à la American Nightmare. C’est ainsi que la DDDH elle-même stipule que la «liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui» ou encore «faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire».

Je pense que vous commencez à comprendre où je veux en venir. La liberté ne sera jamais suffisante à justifier un acte de cruauté ou un acte nuisible et encore moins un acte de privation totale de liberté à autrui. Je ne peux pas au nom de ma liberté justifier que je m’autorise à tuer, violer, emprisonner ou maltraiter ; exactement de la même manière que la liberté d’expression ne justifie en rien des propos racistes (on ne le dira jamais assez, n’en déplaise à certains).

La liberté n’a jamais été et ne sera jamais un argument d’autorité lorsque nos actes produisent de la souffrance. Les liberticides, c’est vous Ludo, ainsi la partie du lectorat qui s’accorde avec votre point de vue.

Nous n’aurons probablement jamais le pouvoir de vous interdire de manger de la viande et contrairement à vos croyances emplies de peur, nous ne voulons pas faire ce choix à votre place. La seule chose qui est en notre pouvoir pour l’instant, c’est de faire en sorte que plus jamais vous ne puissiez manger une pièce de viande sans réfléchir aux conséquences de vos actes. Comprenez cela, et arrêtez donc de déféquer dans vos caleçons.


Petite, je rêvais d’être journaliste : un véritable métier de rêve pour moi. Mais aujourd’hui, je déplore ce qu’il en est devenu. Comme je le disais la semaine dernière dans mon dossier sur Modere : de tout, les journalistes veulent faire du sensationnel. Après avoir bien rabâché à son lectorat que manger de la viande n’est en rien condamnable, Ludovic enchaîne avec la terreur.

“Ce prosélytisme ne peut se faire sans violence, pour la frange la plus extrême des végans. Il faut, selon ces gens, passer à l’action, quitte à écoper d’une condamnation pour « apologie du terrorisme » ou, plus grave, à se suicider après avoir blessé plusieurs innocents.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

C’est plus ou moins habillement que sont détournées dans cet article deux actualités qui ont fait beaucoup de bruit ces derniers mois ; le tout, dans le but de servir son propos et de faire naître la peur dans le coeur du carniste.

La première actualité faisait référence à une végane qui sur Twitter avait manifesté son indifférence face à la mort d’un boucher dans un attentat (2). Elle soulignait que la mort d’un individu dont le métier consiste à tuer des innocents ne lui inspire aucune sympathie. La seconde actualité se déroulait quant à elle en Californie, où une Youtubeuse iranienne (qui se trouve être végane) a ouvert le feu au siège de YouTube, vraisemblablement car elle était mécontente que la plate-forme “la censure”. Fort heureusement, le bilan est léger puisque la demoiselle n’a fait que trois blessé.es avant de (tragiquement) retourner son arme contre elle.

On résume : une personne qui rale sur Twitter (quelle nouveauté !) et une déséquilibrée qui déclenche une fusillade pour quelques vidéos strikées. Quand on sait qu’il suffit de dire le mot “pénis” dans une vidéo pour qu’elle soit démonétisée et/ou supprimées, ça ne laisse pas vraiment de mystère quant au côté un poil déséquilibré de cette personne.

Est-ce suffisant pour peindre un tableau de terreur de la situation ? Clairement, non. Au sein de la communauté végane, le tweet haineux sur le boucher sont unanimement et fortement condamnés. Il doit bien y avoir deux ou trois maboule qui défendent ces horreurs. Oui, il y a des idiot.es dans toutes les sphères, tous les milieux, toutes les communautés et nous ne sommes pas épargnés, je ne vous apprends rien.

Là où cela devient énervant, c’est lorsque des pseudo-journalistes utilisent ces actualités en les détournant pour créer un climat de peur qui n’a pas lieux d’être. Sur la totalité des fusillades de cette année, combien de tueurs et de tueuses étaient végan.es ? Combien de milliers de personnes incitent à la haine raciale sur Twitter ou font des appels au meurtre sans jamais en être inquiétée ?

Il faudrait que les Français.es commencent à comprendre une bonne fois pour toute que nous ne nous battons pas contre les humain.es, au contraire nous nous battons également pour toutes les causes humaines. En devenant végan.e, nous n’avons pas “cessé d’avoir de l’empathie pour l’être humain”, mais avons simplement choisi d’étendre cette empathie à tou.tes les habitant.es de notre planète. C’est pour cette raison que nous condamnons toutes et tous les propos tenus à l’égard du boucher décédé, ainsi que l’attaque armée de la Youtubeuse en Californie. Or, l’article de Contrepoints laisse entendre que nous prenons ces actes pour modèles : cela n’est ni plus ni moins que des accusations calomnieuses d’une bassesse inégalée. J’irais même plus loin, elles ne sont que la démonstration que l’auteur n’a rien trouvé de plus intelligent à écrire, et cela est purement pitoyable pour un journaliste.


Leur seule arme : le mensonge

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin et ayons pitié de Ludovic. Après la peur et les fausses accusations, voilà que nous nous retrouvons face à de la désinformation pure et simple. Pour tenter de démonter le véganisme, avoir recours à la peur ne suffit plus, il faut maintenant inventer des choses de toute pièce. Ludovic enchaîne :

“C’est là que se situe le danger. En accordant les mêmes droits aux animaux qu’aux humains, en souhaitant rendre l’humain vertueux par le biais de la Loi sans se cantonner au débat philosophique sur la sensibilité animale, la nouvelle idéologie politique végan, portée par un infime pourcentage de la population mondiale, menace nos libertés. Dont celle d’ingérer des produits carnés, indispensables à notre métabolisme.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

Premièrement, aucun.e végan.e ne souhaite donner les mêmes droits que nous êtres humain.es, aux animaux. Dois-je activer mon caps lock pour que cela soit enfin intégré ? Nous ne nous battons pas pour que les poules aient enfin le droit de vote (quoi qu’une poule n’aurait sûrement pas eu la bêtise de voter pour Manu). Nous ne nous battons pas pour que les dauphins du parc Asterix puisse toucher le chômage.

Nous nous bâtons simplement pour que les animaux non-humains soient libres de vivre. Pour qu’ils puissent jouir de cette liberté dont nous parlions tout à l’heure, au sens le plus pure : vivre selon sa propre volonté. Point. L’antispécisme ne repose pas sur une “égalité entre les animaux non-humains et nous” comme le disent beaucoup trop de journalistes trop peu informé.es. Il existe des différences entre l’être humain.e et les animaux, tout comme il existe des différences entre homme et femme. Dans nos luttes, nous ne nions pas ces différences mais nous battons simplement pour que ces différences ne soient plus source de discriminations, de mort, de violence ou de maltraitance.

Je finirai ce post sur la plus grosse imbécillité de Ludovic : prétendre que la consommation de produits carnés est indispensable à notre métabolisme.

Faux, archi faux. 0/20. Mr le journaliste, où sont donc vos sources ? Où est donc votre travail d’information, de renseignement et d’enquête ? Vous savez, c’est cette étape indispensable, étape la plus importante lorsque l’on écrit un article mais qui semble être zapée par beaucoup de vos confrère et consoeurs ? Qu’est-ce que cela vous fait, au fond de votre petit cœur Ludovic, de savoir que je fais un meilleur travail de journalisme que vous sans avoir fait le moindre parcours dans ce domaine ?

Une bonne fois pour toute : la viande n’est absolument pas nécessaire à notre métabolisme, pas plus que le lait, les œufs ou tout autre produit d’origine animale. (4) Un régime végétalien est viable à tous les âges de la vie. (4) Tu vois Ludo, ce n’est pas suffisant de dire des trucs au hasard comme ça, il faut aussi prouver ce que l’on avance avec une chose magnifique, nommée une source. Répète après moi : sour-ceuuh.


Tout cela ne démontre qu’une seule chose : les personnes non-véganes sont les moins douées pour parler de véganisme. C’est sur ce point que repose le plus gros problème des débats entre carnistes et végan.es. La plupart du temps, les opposant.es au véganisme ne sont absolument pas informé.es. Que ce soit l’exploitation animale, la santé humaine ou encore l’écologie : ces dernier.es ne font bien souvent pas le poids, car issu.es de l’école Jean-Pierre Pernault.

Comment débattre à armes égales lorsqu’une personne nous rabâche sur tous les ton que les végan.es sont carencé.es en protéines, que la viande est indispensable à notre survie ou que les carottes aussi souffrent le martyr lorsqu’on les coupe ? Inévitablement, ce qui devait être à l’origine un débat tourne dès lors en un dialogue ayant davantage vocation à éduquer, faire ouvrir les yeux et informer plutôt que d’échanger des idées. Les responsables ? La publicité et les média en général.

Il est déplorable de constater qu’encore une fois, les journalistes préfèrent céder à la tentation du sensationnel, au détriment de leur réelle mission d’information. Je conçois que l’on ne soit pas en encore avec le véganisme et c’est une chose de vouloir défendre le carnisme. Il en est une autre de mentir délibérément et de se laisser aller à la calomnie.

À l’auteur de cet article qui n’en a que le nom, je l’invite à s’informer davantage sur les sujets qu’il aborde.


Références :
(1) Delory, L. (2018). Le véganisme, du régime alimentaire au régime politique. Contrepoints.
(2) Libération (2018) Une militante vegan condamnée pour «apologie du terrorisme» après un message sur le boucher du Super U de Trèbes.
(3) Huffpost (2018) Fusillade à Youtube: Nasim Aghdam, l’assaillante, accusait Youtube de la “discriminer” et de la “censurer”
(4) Vesanto Melina, MS, RD (Consultant, Vancouver, Canada); Winston Craig, PhD, MPH, RD (Andrews University, Berrien Springs, MI); Susan Levin, MS, RD, CSSD (Physicians Committee for Responsible Medicine, Washington, DC). (2016). Position of the Academy of Nutrition and Dietetics: Vegetarian Diets. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics

Les extrémistes 269 Libération Animale maltraitent les animaux ! – Actu antispé #1

Les extrémistes 269 Libération Animale maltraitent les animaux ! – Actu antispé #1

Bonjour les carencé.e.s !

Jeudi 5 juillet, l’association 269 Libération Animale a sauvé la vie de Charlotte. Extraite par les activistes antispécistes de l’abattoir de Tielt (déjà bien connu pour ses cas de maltraitance), elle a ensuite été accueillie au sein d’un sanctuaire où elle pourra enfin retrouver son droit le plus fondamental : vivre sereinement, en sécurité, sans craindre la mort et sans être exploitée et maltraitée.

Voici ce qu’est une véritable maltraitance animale.

Il était évident que beaucoup trouveraient à redire sur cette action de sauvetage, à commencer par les acteur.rices de la filière cadavre. En tant qu’activiste, on ne peut qu’être habitué.e à ces réactions défensives. Malgré cela, très peu de personnes peuvent prétendre à un niveau d’indécence aussi élevé que celui du ministre flamand “du Bien-Être”, Mr Ben Weyts qui le jour même de l’action, déclara dans la presse :

On dépasse toutefois les bornes quand on traverse toute la France pour dénoncer de la maltraitance animale à laquelle on finit soi-même par s’adonner. Il nous est permis de croire que le Parquet poursuivra. Nous avons établi un PV et l’avons ajouté au dossier du Parquet.” Ben Weyts

Vous avez bien lu. Le ministre du “Bien-Être” flamand accuse clairement les activistes de 269LA de “maltraitance animale”, principalement à cause de la façon dont s’est déroulé le sauvetage de Charlotte, dont l’évacuation de l’abattoir a bien évidemment dû être la plus rapide possible.

Un simple visionnage du live de l’action de 269LA suffit pour se rendre compte de l’absurdité de ces accusations de “maltraitance animale” soit disant commises par les activistes. Un sauvetage n’est jamais simple, a fortiori lorsque les employé.e.s de l’abattoir sont présent.e.s et qu’il faut agir vite. Même dans le cas où vous trouveriez leurs gestes trop “brusques”, il est important de remettre les faits en perpective. Charlotte n’a connu qu’une triste vie d’exploitation et était destinée à l’abattage puis à la transformation de son cadavre en jambon, de ses os, de sa peau, de ses pieds, tendons et cartilages en gélifiant pour bonbons et que sais-je encore… Dans ces conditions, les personnes qui ont sauvée Charlotte sont-elles vraiment le problème principal ? Ma réponse est non. On ne peut reprocher décemment à des activistes d’avoir sauvé un individu innocent en prétextant une fausse brutalité, qui de toute manière serait bien moindre comparée à l’horrible sort qui attendait Charlotte. En voudriez-vous à la personne qui vous attrape un peu trop brusquement pour vous sortir d’un incendie ? En voudriez-vous à celui ou celle qui vous sauve, qui vous met hors de danger pour vous offrir une vie paisible ; alors que tout ce que vous auriez connu jusqu’à présent n’est qu’exploitation et souffrance ?

Une mauvaise foi à toute épreuve

Ce qui me révolte le plus et me motive à écrire cet article alors même que je ne fais pas partie de 269LA et ne partage pas certaines de leurs idées stratégiques, c’est bien la mauvaise foi totale du ministre Ben Weyts, ainsi que de toutes les personnes qui osent accuser une association animaliste de “maltraitance animale”.

Comme on le constate dans beaucoup de luttes sociales, il est beaucoup plus facile de pointer du doigt les personnes qui dénoncent plutôt que de regarder les choses en face. Encore une fois, plutôt que de se concentrer sur l’exploitation, la souffrance et la mort des animaux non-humains, ce sont les activistes ainsi que toutes les personnes qui se battent contre ces oppressions qui deviennent le problème principal.

De plus, les critiques de 269LA ont la mémoire courte, et une attention très sélective. Quelle hypocrisie de reconnaître la maltraitance animale uniquement quand cela les arrange ! Ces personnes et plus particulièrement BW s’offusquent que des activistes attrapent un cochon pour le mettre en sureté, mais j’ai une question pour elleux ! Combien de cochons arrivent déjà mutilés à l’abattoir ? Combien de cochons arrivent épuisés, affamés, déshydratés ou DÉJÀ MORTS dans les bétaillères à cause des conditions de transport désastreuses ? Et quand bien même, l’abattage n’est-il pas le summum de la maltraitance ?

Où se trouve vraiment la maltraitance ? Du côté des activistes antispécistes qui avec courage viennent sauver un individu innocent en l’attrapant fermement ? Ou plutôt du côté de celles et ceux qui font naître inutilement dans le seul but de tuer, qui enferment, qui mutilent, qui castrent à vif, sectionnent les queues des cochons à vif, qui exploitent, qui oppressent en prétendant aimer leurs victimes, qui envoient à l’abattoir, qui font tuer ou tuent directement ? Mr. Weyts tenterait-il de nous faire croire que Charlotte n’aurait pas été maltraitée si elle n’avait pas été sauvée par 269LA ?

Je vous laisse méditer sur ces questions. Le sauvetage de Charlotte me remplit de joie et d’espoir. Une innocente a été sauvée de ce système spéciste, et je pense aussi à toutes les autres victimes…

Source :
RTBF.be : Activistes antispécistes à l’abattoir de Tielt: le ministre Weyts les accuse de maltraitance animale.
Photo à la une : L214 – Ethique et animaux.