Vidéo : les retards de diagnostic chez les femmes autistes

Vidéo : les retards de diagnostic chez les femmes autistes

Cet article est à l’attention des personnes étant plus à l’aise avec la lecture qu’avec une vidéo YouTube. Le texte qui suit est une retranscription quasi identiques en tout point de ma dernière vidéo à propos des retards de diagnostic chez les femmes autiste (en fait, il s’agit du script que j’ai suivi pour filmer la vidéo). Je vous souhaite une excellente lecture (celle-ci ne devrait pas excéder les 15 minutes environ).

Pour consulter la vidéo : suivez ce lien.

Pour cette première vidéo intégralement consacrée à l’autisme, je vais répondre à la question qu’une personne m’a posé sur Curious Cat. Je me suis dit que j’allais faire ça un peu plus souvent, pour les questions que je trouve intéressantes et qui méritent un peu plus qu’un tweet pour y répondre (et pas seulement sur l’autisme d’ailleurs, tous les sujets sont les bienvenus). Si vous être plus à l’aise avec un article écrit qu’avec une vidéo, sachez que j’ai publié ce script sur mon blog. Le lien de l’article se trouve en description. La question d’aujourd’hui nous vient d’Aelys, 18 ans, qui nous dit :

« Salut, je t’écris parce que tu es concernée donc tu peux peut-être me donner ton avis. Beaucoup de personnes me disent que je suis peut-être autiste, notamment à cause de certaines crises d’angoisses que j’ai faite à cause de sons forts, répétitifs, de lumières fortes clignotantes et rapides, d’une forte présence de monde, ou alors parce que j’ai de bonnes capacités de réflexion, ou aussi à cause de mes difficultés avec le contact social, et à comprendre certains codes sociaux. Bien évidemment je vais pas m’autoproclamer autiste parce que des gens m’ont dis que je l’était peut-être, je vais aller consulter une psychiatre spécialisée, mais la question que je me pose, c’est qu’aujourd’hui j’ai 18 ans, et c’est vraiment possible de vivre 18 ans sans se rendre compte qu’on est autiste ? Merci d’avoir pris le temps de lire ! Bonne soirée 💜 »

Aelys, 18 ans.

Déjà merci de m’écrire et de me faire assez confiance pour me confier tout ça ❤️ 

Le tableau que tu me décris fait effectivement beaucoup penser à l’autisme. Les difficultés sociales, ces crises d’angoisse qui semblent être causées par l’hypersensibilité sensorielle ou encore la difficulté à comprendre les codes sociaux… sont vraiment des signes très caractéristiques de l’autisme. Du coup, je comprends tout à fait pourquoi tes proches ont pensé ça. 

Néanmoins, il faut faire attention, parce que certains de ces signes peuvent être expliqués par d’autre troubles, c’est donc une très bonne idée d’aller voir un•e psychiatre spécialisé•e pour en avoir le coeur net. Les rendez-vous avec des pros t’aideront à y voir clair, je te souhaite d’ailleurs tout le meilleur dans cette démarche (et n’hésite pas à me ré-écrire à tout moment si tu en as besoin 🙂). 

Par rapport à ta question sur l’âge, c’est tout à fait possible d’être diagnostiqué•e assez tardivement dans la vie. De mon côté, l’autisme a été repéré il y a environ 6 mois, alors que j’avais 25 ans, donc biiiennn après mes 18 ans. Julie Dachez (de la chaine YouTube « Super Pépette », que je vous conseille), a été diagnostiquée à 27 ans. Un cas qui est assez courant aussi, c’est celui des mamans qui viennent consulter pour leur jeune garçon, et qui sont diagnostiquées en même temps que lui ! Bref, tu l’auras compris, les retards de diagnostique sont très fréquents, surtout chez les groupes sociaux moins privilégiées en ce qui concerne la santé : principalement les femmes et les personnes racisées, mais je pense que l’on peut étendre ça sans prendre trop de risque à à peu près tous les groupes sociaux discriminés.

Je vais essayer d’expliquer, ou au moins de donner des pistes de réflexion sur le pourquoi de ces retards de diagnostiques… Et pour cela, je vais inévitablement me concentrer sur le cas des femmes, car c’est celui que je connais et que je vis, mais ce n’est évidemment pas la seule approche.

LES BIAIS DE GENRE DES ETUDES MEDICALES

Déjà, comme à peu près toutes les maladies et conditions qui existent, l’autisme a d’abord été étudié avec un bais de genre. Ça signifie que les études qui ont servies à définir l’autisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, ont été majoritairement menées sur des hommes. La principale conséquence de ce biais, c’est que l’équipe de recherche va passer totalement à côté d’éventuelles différences de manifestations entre les genres. Comme ces études vont aussi servir à établir les critères de diagnostics, il est probable que les femmes soient également discriminées à ce niveau là, puisque leurs spécificités n’ont pas assez, voire pas du tout été étudiées en amont. On se retrouve donc avec des critères diagnostics qui ne correspondent qu’à une seule sous-catégorie de la population : le groupe dominant.

C’est un peu ce qui se passe pour l’autisme, même si la situation a tendance à s’améliorer grâce à la prise de parole des femmes autistes et aux études plus récentes sur le sujet. Aujourd’hui, il est admis de façon assez consensuelle que l’autisme ne se manifeste pas tout à fait de la même manière chez les hommes et les femmes. Il existe des différences assez subtiles, qui selon moi, viennent en grande partie de la façon dont nous éduquons les enfants… Je m’explique… :

L’EDUCATION SEXISTE

En tant que femme, nous sommes éduquées à intérioriser nos difficultés. Cette éducation sexiste est inconsciente la plupart du temps. Heureusement, très peu de parents ont l’envie délibérée d’éduquer leurs enfants de façon sexiste. Mais ces apprentissages sont bel et bien là, et nous conditionnent à ne pas trop faire de colère, à être douce, à être discrète et à tout garder pour nous. Conséquemment, nous faisons donc un peu moins de crise, et nous sommes beaucoup moins visibles. Attention, ça ne veut pas dire que les femmes autistes ne font pas de crise ou qu’elles ont moins de difficultés que les hommes autistes, mais seulement qu’elles ont davantage tendance à les intérioriser et ne pas les exprimer. Ainsi, certains des signes clés de l’autisme vont être masqués chez elles, elles seront donc moins repérables. 

Je me rappelle très clairement d’épisodes où à l’école, j’étais en pleins meltdown, principalement à cause d’une surcharge au niveau sensorielle, j’avais vraiment cette sensation horrible que j’allais exploser, je ne vois pas trop comment la décrire autrement. Mais au lieu d’exploser comme l’aurait probablement fait un garçon autiste, avec des cris ou des pleurs, je devenais complètement mutique. Je restais dans mon coin et je n’étais même pas capable de parler. J’étais comme figée, les yeux grand ouverts, à attendre que la crise passe. Là encore, attention, ça ne veut pas dire que les garçons autistes n’intériorisent pas certains signes ou certaines de leurs difficultés. Je ne fais que vous donner des tendances statistiques. Ces différence de manifestation de l’autisme entre les hommes et les femmes sont une première piste pour expliquer les retards de diagnostics, et l’invisibilisation des femmes autistes : mais ça ne s’arrête pas là.

LA STRATEGIE D’IMITATION

Nous sommes également très douées pour imiter nos semblables, comme des petits caméléons. Par le biais de l’observation, nous allons reproduire les conduites de nos pairs afin de nous fondre dans la masse, pour avoir l’air les plus « neurotypiques » possible. 

Par exemple : quand j’étais petite, je me suis très vite rendu compte que mes tics étaient vu très bizarrement par les autres. Du coup, j’ai appris très tôt à les cacher. Soit je les atténuais pour que les autres ne les remarquent pas, soit je les stoppais complètement, ou je les remplaçait par d’autres tics moins voyants. Par exemple, au lieu de me balancer d’avant en arrière, je me mettais à me balancer d’un pied sur l’autre, et uniquement quand j’étais débout. En procédant ainsi, je trouve quasiment la même satisfaction que m’apportent les balancements, mais en étant quasiment immobile, et donc moins repérable. Attention, ceci n’est qu’un exemple pour illustrer mon propos, mais ce n’est en aucun cas la marche à suivre. Dans un monde idéal, nous ne devrions pas avoir à masquer nos spécificités pour exister socialement. La plupart de ces spécificités sont des attitudes totalement saines qui nous permettent de nous rassurer dans des moments stressants, mais on y reviendra dans une prochaine vidéo !

LES RESULTATS SCOLAIRES

Autre point qui n’aide pas les femmes autistes à être repérées : les résultats scolaires. En général, nous sommes de relativement bonnes élèves malgré nos difficultés. Il est donc assez probable qu’aucune des personnes de l’équipe pédagogique ne remarquent quoi que ce soit. A l’école, on sera plutôt cataloguées de « timide », de « réservée », mais ça n’ira rarement plus loin que ça. S’ajoute à cela un problème que j’évoquerais surement aussi dans une prochaine vidéo : les diagnostics (à mon sens) très problématiques de HPI, de « zèbre » ou de surdoué. Je ne vais pas développer aujourd’hui car ce sujet mérite une vidéo à lui seul. Le principal à retenir étant que ces diagnostics sont très ressemblants à l’autisme, mais n’apportent quasiment aucune aide à la personne concernée, et a aussi pour effet de stopper les investigations. J’y reviendrais plus tard, mais je suis convaincue que mon autisme aurait été décelé bien plus tôt si je n’avais pas été comme « enfermée » dans une de ces trois petites cases.

LES INTERETS SPECIFIQUES SOCIALEMENT ACCEPTES 

Il a été constaté qu’en général, les filles et les femmes autistes ont des intérêts spécifiques plus « acceptables socialement » et plus « discrets » que ceux des hommes. Il est assez simple à concevoir que l’on remarque un peu moins une fille autiste qui fait une fixette sur le maquillage, le chevaux, ou les animaux en général, qu’un garçon autiste qui se prend de passion pour les plans du métro ou les trains. Mes exemples sont très clichés évidemment, et une fille autiste peut tout aussi bien avoir un intérêt spécifique pour les plans du métro, mais statistiquement, il a été constaté que les intérêts spécifiques des femmes autistes sont moins « repérables ». 

LA COMPENSATION

En plus de ces intérêts spécifiques « moins visibles », certains de nos intérêts peuvent aussi nous servir à masquer encore plus nos difficultés que nous le faisons déjà. Et là, je n’ai pas besoin de chercher très loin pour vous donner un exemple : je vais vous parler de mes études en psychologie. 

En tant que personne autiste, je n’exagère pas du tout si je vous dis que le monde social dans lequel je survie n’a absolument aucun sens. Tout comme Aelys le dit dans son message, j’ai énormément de mal à comprendre les codes sociaux, à comprendre l’implicite, le second degré, l’humour, l’ironie ou le sarcasme… On dit souvent que la partie la plus importante de la communication est non-verbale. Notre posture, nos gestes, notre regard ou notre intonation sont aussi très porteurs de sens, souvent plus que les mots eux-même. Problème : ça non plus, je n’y comprends rien, et ma propre communication non verbale pouvait parfois paraitre très chelou pour les autres… Jusqu’à ce que j’étudie la psychologie à la fac ! Pendant mes études, j’ai énormément appris sur le fonctionnement psychologique des autres et d’une certaine manière, ça m’a aidé à rattraper la plupart des acquis sociaux que je n’avais pas réussi à assimiler. Pour les personne neuro-typiques, tous ces acquis sociaux sont évidents, ils coulent de sources et sont appris quasi automatiquement, sans trop d’effort. Pour moi, ça a été un travail de longue haleine. C’est un peu comme si j’avais appris « la sociabilité » de la même manière qu’on apprendrait les mathématiques ou la physique. Rien n’a été naturel, rien n’a « coulé de source », j’ai dû tout apprendre de A à Z, comme si c’était une autre langue. Voilà, c’est un exemple parmi d’autres d’un intérêt spécifique qui peut servir à compenser les difficultés des personnes autistes. La sociologie, les sciences sociales en général ou la littérature sont aussi des intérêts spécifiques pouvant aider à compenser nos difficultés. Apprendre la psychologie m’a beaucoup servi, mais c’est aujourd’hui un obstacle pour me faire diagnostiquer officiellement, car ça a un peu trop bien fonctionné. Aujourd’hui, j’ai l’air relativement « neuro-typique », du coup, les professionnels de santé ont parfois du mal à envisager que je sois autiste. 

Mais bref, c’est un autre sujet. Je vais m’arrêter ici pour cette vidéo (qui est déjà bien assez longue). J’espère qu’elle vous a plu et surtout, qu’elle vous a servi. Aelys, j’espère que tu y vois un peu plus clair maintenant, et que les pistes d’explication sur les retards de diagnostics de l’autisme ont peut-être fait écho à ton vécu. Je suis certaine qu’il existe bien d’autres pistes pour les expliquer, n’hésitez donc pas à compléter mes propos en commentaire. En conclusion, peu importe ton âge, ne doute surtout pas de ta légitimité. Je te souhaite bon courage pour la suite, et encore une fois, n’hésite pas à m’écrire à nouveau si tu en as besoin. 

#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars, l’occasion rêvée pour vous proposer ce billet bonus. En ce jour important, il me parait pertinent de faire une petite piqure de rappel féministe. Comme vous le savez forcément, nous célébrons aujourd’hui la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Pas “la journée de la femme” .

Ni “la journée un soutif acheté, une culotte offerte” .

Page d’accueil du site marchand Etam, affichant fièrement l’offre “1 soutien-gorge acheté = la culotte à 1€”. On leur reconnaîtra tout de même le “mérite” d’avoir presque correctement nommé le 8 mars, en ne cédant pas au vulgaire “journée de la femme” .

Dépolitisation et instrumentalisation des luttes féministes

Cela peut vous paraître futile d’insister sur la formulation, mais la distinction est importante. Pourquoi ? Tout simplement car se contenter de parler de la “journée de la femme” revient à dépolitiser les luttes féministes, en excluant les notions de “luttes” et de “droits des femmes” .

Dépolitiser nos luttes a beaucoup de conséquences. Premièrement, cette appellation de “journée de la femme” nous empêche d’être réellement prises au sérieux. Elle renvoie à quelque chose de “léger” et de “festif” alors que la lutte pour les droits des femmes n’a rien d’une partie de plaisir.

Cette appellation invisibilise une nouvelle fois la lutte féministe, ainsi que les conséquences désastreuses et quotidiennes du sexisme sur les femmes et les minorités de genre.

Elle nous impose une charge de travail d’éducation supplémentaire : celui que je suis en train d’abattre actuellement. Alors que je pourrais me focaliser sur d’autres aspects de nos combats, je me dois de rédiger ce billet pour mettre les points sur les i.


La “journée de la femme” et les stéréotypes de genre

Le stéréotype est la base de toute discrimination. Il nait du besoin d’économie cognitive de notre cerveau, qui n’a pas la capacité de traiter toutes les informations en même temps. Ainsi, plutôt que de décrypter une personne en détail quand nous la rencontrons, notre cerveau ira au plus simple et au plus rapide : coller sur cette personne une “étiquette” toute faite. Cette étiquette, c’est ce que l’on appelle le stéréotype.

Petit à petit, les stéréotypes s’ancrent dans notre cerveau. Plus nous les utilisons, plus ils deviennent puissants et difficiles à déconstruire. Si certains stéréotypes peuvent être inoffensifs et réellement utiles au quotidien, d’autres s’avèrent bien plus délétères.

C’est le cas lorsqu’ils deviennent des “préjugés” , que l’on peut définir comme des idées préconçues sur des groupes sociaux, mais dont la connotation est négative. Exemple : “les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” . L’étape suivante est le passage à l’acte par la discrimination et la violence. Exemple : “coucher avec une femme, même si celle-ci a dit “non” , puisque les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” .

Cette construction sociale des stéréotypes se fait de façon inconsciente et insidieuse. Chaque personne utilise des stéréotypes au quotidien par souci d’économie cognitive ; prétendre le contraire serait malhonnête.

La “journée de la femme” participe à l’élaboration de ces stéréotypes de genre, à coups de marketing et de promotions alléchantes sur des culottes ou des mixeurs plongeants. Lorsque l’on me dit que “je devrais me concentrer sur des combats plus importants que les “petites blagues” ou les publicités sexistes” , je dis non.

S’attaquer aux stéréotypes, c’est arracher le mal par la racine : là où naissent les discriminations. Le travail de déconstruction des stéréotypes est absolument primordial. Utiliser des stéréotypes n’est pas une honte, c’est inévitable, le tout est de savoir s’en détacher en en prenant conscience afin de ne pas céder aux préjugés et à la discrimination.


En cette journée du 8 mars, j’aimerais qu’on laisse de côté les culottes et les mixeurs. J’aimerais que l’on se concentre sur les luttes et les moyens à notre disposition pour améliorer la situation des femmes et des minorités de genre. En 2019, j’aimerais que l’on se battent pour TOUTES les femmes, pas seulement les femmes blanches, hétérosexuelles, dyadiques, cisgenres, valides, [insérez ici toutes autres normes dominantes]. NOUS TOUTES, ensemble !

Les alliés du féminisme nous sont également d’une grande aide (oui messieurs, c’est de vous dont je parle 😉). Si vous souhaitez creuser le sujet, ou si vous vous demandez comment faire avancer la situation à votre échelle, je vous recommande la lecture de mes autres articles de la catégorie féminisme.

Bonne journée internationale de lutte pour le droit des femmes ♥️

Etre un allié du féminisme #2

Etre un allié du féminisme #2

Il y a quelques temps, je vous avais proposé 5 actions à mettre en place au quotidien pour rendre notre monde un peu moins sexiste et dégueulasse.

J’avoue, j’ai menti. Dans le premier volume, j’ai surtout donné quelques pistes théoriques pour te faire réfléchir à propos du sexisme.

Je souhaitais vraiment reprendre les bases et poser un cadre, juste au cas où certain.e.s lecteurices ne soient pas hyper familier.e.s du sujet.

Aujourd’hui, promis, on passe à l’action !

Comment être un allié ? Volume 2.

Cette fois ci, les actions vont te demander un peu plus d’investissement et de prise de position assumée. C’est pour cela que je tiens à te préciser qu’en matière de lutte, chacun.e fait en fonction de ses moyens (physiques ou psychologiques).

Tout le monde n’a pas les moyens d’aller en manifestation, en action ou même suffisamment d’assurance pour aller à contre-courant en public et tenir tête à des personnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Et ce n’est pas grave.

Ne te met surtout pas la pression, et fait de ton mieux, à ton niveau (les choses viendront petit à petit).

1. Reprends ton entourage lorsque leur attitude pose problème

Le début du changement passe forcement par cette étape : faire comprendre aux autres que leurs actes sont problématiques.

N’hésite pas à te faire entendre ! Tu t’exposera probablement à de la réactance, mais crois en mon expérience, les choses s’améliorent toujours avec le temps, même chez les cas les plus désespéré.e.s ! 😉

Reprends tes potes, ne laisse plus passer les sifflements dans la rue, ne laisse pas passer les remarques sur la tenue des femmes ou encore la drague lourde. Petit à petit, je te promets qu’ielles vont comprendre et changer. Bien sur, il en va de même pour les insultes, les agressions, les viols

2. Interviens en cas problème

Si tu vois n’importe qui dans une situation dangereuse : interviens. Fais toi passer pour un père, un frère, un ami et interposes toi. Et si tu ne peux pas intervenir, appelle immédiatement les secours.

Après avoir appelé de l’aide, tu peux aussi essayer de prendre des photos ou de filmer pour aider la victime si celle-ci souhaite porter plainte.

Très souvent, a fortiori quand il s’agit d’agressions sexistes, les faits sont minimisés et disqualifiés par les forces de l’ordre et la Justice. Parfois, les femmes doivent même se rendre dans plusieurs commissariats différents avant que quelqu’un.e accepte de prendre leur plainte.

Ça a été mon cas l’an dernier. Un mec m’a giflée dans la rue devant une dizaine de témoins. J’ai voulu porter plainte, mais on m’a très clairement fait comprendre que ça ne servait pas à grand chose et que j’allais faire perdre leur temps aux flics. Avoir une preuve matérielle de mon agression m’aurait surement aidé.

3. Évite le virilisme

Au quotidien, essaie d’éviter le virilisme : cet “idéal” de perfection, de performance et de courage, qui passe autant par des démonstrations corporelles que par des démonstrations verbales d’autorité et de pouvoir.

De façon plus concrète, évite par exemple de systématiquement associer “courage” et “couilles” et les expressions dérivées (eg. “poser ses couilles sur la table“, “avoir des couilles” etc.).

4. Non, les blagues sexistes ne passent pas

Les blagues sexistes sont la base de la pyramide des violences faites aux femmes (et minorités de genre). Elles entretiennent les stéréotypes, les préjugés, les discriminations et donc les agressions. N’en fait pas, et essaie de reprendre ton entourage le cas échéant.

Je te conseille très vivement de regarder cette vidéo si tu veux en apprendre plus sur les problèmes que posent les blagues sexistes.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ew7F-iudnV0]

Et qu’on ne me sorte pas le fameux point Desproges : non, on ne peut pas “rire de tout”.

A l’origine, l’humoriste a prononcé cette phrase à la radio, dans une émission dont l’invité du jour était Jean Marie Le Pen. Ce jour là, Desproges manifeste son mécontentement et son refus de “rire de tout” devant/avec une personne de la trempe de JMLP par sa fameuse phrase : “on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Depuis, cette dernière a été détournée et est utilisée comme une justification fallacieuse à toutes les blagues salaces, alors que Pierre Desproges n’a jamais voulu dire cela.

5. Si tu as des enfants, essaie des les éduquer de façon non genrée

Le changement viendra également par les nouvelles générations : à nous de bien les éduquer. Laissez vos enfants porter les couleurs qui leur plaisent ou jouer avec les jeux qui leur plaisent. Ne leur mettez pas la pression.

Sans rire, j’ai déjà vu une mère hurler sur son fils d’environ 6 ans dans un supermarché car il avait choisi une paire de lunettes de soleil avec des montures roses. Elle lui criait dessus que “le rose c’est pour les filles” et le gosse pleurait toutes les larmes de son corps.

C’est un peu cliché comme situation, mais elle est assez révélatrice. Essayez également de complimenter les filles pour leur force, leur logique ou leur intelligence (pas seulement pour leur beauté). De même, n’hésitez pas à renforcer positivement chez les garçons les actes de douceur et de bienveillance.

Je ne suis pas une pro de l’éducation non genrée (ni de l’éducation tout court), alors si vous avez des enfants, je vous invite à creuser un peu plus ce sujet. 🙂

6. Ne fait jamais une des précédentes actions dans le but de te faire bien voir

En général, on le remarque très vite. Essaie de ne pas fanfaronner parce que tu es “déconstruit” et de ne pas te vanter dès que tu défends une femme en public. On captera tout de suite que tu fais juste cela pour te faire bien voir et t’attirer les bonnes faveurs des femmes.

Comprend aussi que nous soyons un poil méfiante face à cette attitude. Dans le milieu militant, beaucoup d’homme ont usé de leur supposée déconstruction pour agresser des femmes.


Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui. J’espère que vous entreprendrez ces petites actions quotidiennes qui peuvent déjà faire la différence !
A la semaine prochaine !

Etre un allié du féminisme #1

Etre un allié du féminisme #1

Salut à toi, homme cisgenre !

Je viens en paix aujourd’hui, avec pleins de doux conseils dans ma hotte de Mère Noël (un peu en retard) !

Comment être un allié du féminisme ?

Je suis persuadée que toi aussi, tu souhaites aboutir à une équité des genres. J’ai le plaisir de t’annoncer que tu as aussi un rôle à jouer dans la lutte contre le sexisme !

C’est pour cela que je te propose aujourd’hui quelques idées d’actions à mettre en œuvre pour faire de notre monde un endroit un peu moins dégueulasse. 😉

1. N’arrête jamais de t’éduquer

Le sexisme est appris. C’est notre éducation, qu’elle vienne de l’école, de la maison, des média ou que sais-je encore, qui nous a conditionnée à être sexiste.

Le désapprentissage du sexisme est donc un travail sur soi de longue haleine et qui je pense, dure toute la vie. Personne ne peut se prétendre déconstruit.e à 100%, peu importe le genre de ladite personne.

Pour cette raison, je t’invite à toujours t’informer sur le sujet du féminisme (et toutes les autres luttes évidemment) et à rester ouvert.e d’esprit. Moi-même, j’en apprends tous les jours, surtout grâce à mon entourage qui a su m’ouvrir les yeux sur beaucoup de chose. <3

2. Ne te braque pas quand on te fait une remarque

Pour la même raison que le point précédent, accepte que l’on te fasse des remarques si ton attitude pose problème. Comme personne ne peut-être déconstruit.e en tout point, chacun.e d’entre nous est susceptible de dire ou faire de mauvaises choses. C’est normal, et c’est même humain.e.

Pour prendre un exemple, en tant que personne blanche, j’ai conscience d’avoir intériorisé des stéréotypes raciaux problématiques, et j’ai conscience de profiter au quotidien du privilège d’être blanche dans notre société. Si une personne racisée me fait une remarque, je me dois de l’écouter et d’essayer de comprendre.

Si tu doutes encore de l’existence du “privilège blanc”, je t’invite à lire cette BD qui en parle, avec pleins de statistiques intéressantes. 🙂

Il faut accepter que les concerné.e.s nous expliquent en quoi nos dires et/ou nos actes sont problématiques. Je sais, accepter ses torts fait partie des choses les plus difficiles en ce monde. Je sais également que ces remarques ne sont pas toujours dispensées dans la bienveillance, et que cela rend l’information difficilement entendable pour toi.

Essaie néanmoins de mettre ton égo de côté et de garder l’esprit ouvert. Dans la mesure du possible, concentre toi sur le fond plutôt que sur la forme. Et si la personne en face de toi est vraiment trop agressive, tant pis. Met un terme à la conversation et réfléchit tranquillement à la question, de ton côté.

Essaie aussi de comprendre que cela peut être vraiment très usant pour nous de toujours expliquer les mêmes choses. C’est souvent pour cette raison que l’on s’emporte. Le plus énervant, c’est de voir à quel point les hommes ne nous comprennent pas, alors que nous ne demandons que le respect et l’équité.

Si ça peut te rassurer, sache que tout le monde peut proférer des propos sexistes, peu importe le genre.

3. Pitié, ne fais pas pas de “NotAllMen

Le “notallmen“, c’est cette tendance à invisibiliser le vécu d’une personne et à déplacer le débat pour que le centre d’attention soit encore et toujours “les hommes” et non pas les violences faites aux minorités de genre.

La situation typique du “notallmen“, c’est lorsqu’une personne (souvent un homme, mais pas que) rétorque à une victime de viol que “tous les hommes ne sont pas comme ça” ou “tous les hommes ne sont pas des violeurs“.

Afin de rassurer inconsciemment ton égo, tu éprouveras peut-être le besoin de dire cela. Peut être même que tes intentions seront bonnes, et que tu souhaites simplement montrer le bon côté des choses pour rassurer la victime…

Peu importe tes raisons, je te conseille vraiment de ne jamais dire cela, car c’est extrêmement impoli et irrespectueux pour la victime. Oui. On. Le. Sait. Bien sur que les hommes ne sont pas tous des violeurs ou des pervers. Nous ne l’avons jamais prétendu.

On ne parle pas “des hommes” en général, mais des violences faites aux minorités de genre. Malheureusement, ils se trouvent que ces violences sont très majoritairement commises par des hommes. C’est un fait que personne ne peut nier.

Faire glisser le débat de cette façon revient encore une fois à placer les hommes au centre de l’attention et invisibilise les violences que nous souhaitons combattre.

Si une personne te raconte son vécu, c’est qu’elle te fait assez confiance pour aborder ce sujet douloureux avec toi. Respecte là en retour, ne minimise pas et n’invisibilise pas son vécu traumatique en lui parlant “des hommes” alors qu’elle voulait te parler de son histoire.

Si tu le souhaites, tu peux visionner cette vidéo très pédagogique de l’Effet Chimpanzé, qui parle du phénomène “NotAllMen”, en plus d’aborder le problème du harcèlement de rue.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=h85WcUUxnM4&w=560&h=315]

4. Laisse les concerné.e.s s’exprimer

C’est déjà assez énervant en tant que féministe, de vouloir mettre en lumière des problèmes et de ne pas être écouté.e  ni pris.e au sérieux. Ça l’est encore plus quand on voit que lorsque ce sont des hommes qui parlent de ces problèmes, on les écoute.

Exemple : ici, le YouTuber “le roi des rats” nous expose un problème que vivent les femmes : le cyber-harcèlement, plus précisément sur les mineures. Quand c’est un homme qui en parle, il est écouté et respecté.

Mais quand des femmes ou des jeunes filles en parlent, elles seront très souvent culpabilisées.

A leur âge, elles n’ont rien à faire sur des sites de rencontre !

Elle l’a cherché, quand on ne veut pas être sollicitée, on ne s’inscrit pas sur ces sites !

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=CpZaAerYL-M&w=560&h=315]

Il en va de même pour toutes les autres luttes. Quand Gaëlle Garcia Diaz s’est rasé le crâne en soutient à une femme de sa famille atteinte d’un cancer, c’est elle que l’on a écouté dénoncer les discriminations envers les personnes malades. Autrement dit, c’est une personne valide qui prend la parole, et pas directement les personnes concerné.e.s.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=bjy5xBVd3kg&w=560&h=315]

Bien évidemment, j’ai conscience que ces deux personnes avaient les meilleures intentions du monde, je les remercie donc d’avoir pris la parole, surtout avec une telle audience.

Je voudrais juste que l’on se recentre un petit peu, et qu’on laisse un maximum la parole aux personnes concerné.e.s. C’est un angle du problème que tu peux envisager dans ton quotidien ! 😉

Face à l’incompréhension de beaucoup de cismecs, c’est vraiment hyper appréciable d’avoir des alliés. Cependant, veille à ce que ta parole n’invisibilise jamais celle des concerné.e.s.

5. Aie conscience de tes privilèges

Être blanc.he, être un homme, être cisgenre, être hétérosexuel.le, être valide etc. donne droit à des privilèges. Je sais bien que cette idée à du mal à passer, mais c’est bel et bien une réalité dont tu dois avoir conscience.

Si tu n’aimes pas le terme “privilège“, imagine alors que “La Vie” est un jeu vidéo. Comme dans presque tous les jeux, il y a des niveaux de difficulté. Pour te faire comprendre la notion de privilège, considère que le réglage homme blanc cis hétéro valide…” est le niveau le plus facile, celui avec lequel tu accèdera le plus facilement aux récompenses et où tu auras moins d’obstacles sur ta route.

Dans ce jeu, tu ne choisis pas tes caracs au début, elles apparaissent d’elles-mêmes et tu dois faire avec. C’est pas juste, je sais, exactement comme dans la vie. Si tu as la chance de tomber sur “homme blanc cis hétéro valide“, tu auras par exemple beaucoup plus facilement accès aux meilleurs quêtes, et tu gagnera même davantage de pièces d’or pour les avoir completées.

Et oui, il y aura de meilleures joueureuses que toi, même des non-“homme blanc cis hétéro validete battront et te surpasseront, car ielles sont simplement meilleures au jeu.

Mais ça ne change pas le fait que le jeu a été plus facile pour toi à la base.

Je trouve cette analogie super, je l’ai trouvé sur le blog d’un militant féministe anglais, mais je ne retrouve pas le lien. Si je mets la main dessus un jour, il apparaitra ici. 🙂

Avoir conscience de ses privilèges est une chose importante, mais elle n’est pas innée, il faut y réfléchir.

Au fond, le privilège blanc, le privilège d’être un homme, hétéro ou d’appartenir à toutes autres normes dominantes, c’est le luxe de vivre dans cette ignorance bohème de ce que vivent les autres.


C’est déjà tout pour aujourd’hui ! Je te le dis direct, il y aura un volume 2 ! Aujourd’hui, j’ai été assez théorique dans le but de reprendre les bases. La réflexion est l’étape la plus importante, il ne faut donc pas la négliger. La prochaine fois, on se penchera plus en détail sur des actions concrètes.

A la semaine prochaine !