Big V Sanctuary 🐷

Big V Sanctuary 🐷

C’est bien beau de sauver des animaux de l’exploitation qu’ils•elles subissent, encore faut-il avoir le courage de s’en occuper ensuite soi-même, ou de leur trouver une terre d’accueil digne de ce nom : où ils•elles trouveront soin, paix et sécurité.


C’est précisément la mission de Miranda et Jérôme, les gérant•e•s de Big V Sancturay : un sanctuaire de la région Limousine dont le but est d’accueillir tous les animaux qui en ont besoin. Sauvé•e•s d’élevages par des activistes, ou amené•e•s de bon coeur par les éleveurs et éleveuses : pas de distinction à Big V. Tout le monde trouve sa place.

Nous traitons les animaux d’élevage et leur offrons des soins, de l’amour et la paix dans notre sanctuaire, en les traitant avec dignité et respect. Nous prenons soin d’eux jusqu’a ce qu’ils recouvrent la santé après une période d’abus et de négligence, puis nous trouvons des foyers d’accueil le cas échéant. Nous offrons également un sanctuaire pour les animaux de compagnie, leur permettant de se remettre de mauvais traitements et de trouver des foyers d’accueil sûrs et aimants où ils passent le reste de leur vie. Notre objectif est de permettre à chaque individu de vivre une vie longue et épanouissante dans un environnement sûr, tout en faisant preuve de compassion selon leurs besoins.

Jérome, co-gérant du sanctuaire Big V

Les animaux : des individus uniques

C’est lorsque l’on va au contact des animaux que nous les rencontrons vraiment. Pour les personnes qui n’ont pas eu la chance de passer leur enfance à la campagne comme moi, côtoyer cochons, vaches ou chevaux n’est pas forcément chose commune.

Par conséquent, nous avons tendance à beaucoup simplifier voire “caricaturer” ces animaux qui vivent loin de nous. On leur prête moins d’intelligence, d’émotions et de capacités mentales, contrairement à nos animaux “de compagnie” que nous connaissons et comprenons davantage, du fait de cette proximité.

Quand il s’agit de chiens ou de chats, nous reconnaissons très aisément qu’ils ont une personnalité propre, un caractère bien distinct de celui des autres membres de son espèce.

Nous savons que tous les chats et tous les chiens ne sont pas les mêmes. Prenons mes deux chats en exemple : l’un est très aventurier et indépendant, tandis que le second est un gros patachon peureux et avide de câlins.

Et devinez quoi, c’est exactement la même chose pour chaque espèce. Ce n’est pas différent pour les cochons, les moutons, les vaches… Tous et toutes ont une personnalité, une sensibilité et sociabilisent de façon différente. C’est seulement en se rendant dans des endroits comme Big V Sanctuary pour passer du temps avec eux qu’il est possible de le réaliser.


Des liens très fort créés avec les pensionnaires

Au fur et à mesure de mes visites, des liens très forts se sont créés avec certain•e•s pensionnaires. De la même façon que se tissent nos relations sociales avec nos congénères humain•e•s, des affinités se développent en fonction de nos personnalités. Avec certain•e•s, c’est comme une évidence, et avec d’autres, ça ne colle pas.

William, Violette, Pheobe, Lilly, Blossom, Teddy, Bess, Little Bean, Florence, Pipkin, Edward, Bryn… sont autant de noms qui resteront gravés pour toujours dans mon petit coeur. Ils et elles sont comme des ami•e•s, celles et ceux avec qui j’ai tissé des liens très forts. Certain•e•s ne sont plus parmi nous aujourd’hui, mais il ne passe pas un jour sans que je pense à eux.


Un besoin constant de bénévoles

Les lieux comme Big V Sanctuary ont sans arrêt besoin de bénévoles. A l’inverse des fermes ou des zoos, les sanctuaires (qui n’ont pas un but lucratif), ne se font pas d’argent sur le dos des animaux, et ne les exploitent pas. Ces lieux ne vivent que grâce à la générosité et aux dons, qu’ils soient matériels, financiers ou en temps de bénévolat.

Je ne peux que vous encourager à tenter cette expérience incroyable, et à la renouveler. Même si le travail est dur, même si vous aurez peut-être quelques difficultés au début, je vous assure que vous ne le regretterez pas, tant cette expérience sera riche d’enseignements.

J’espère vous voir très bientôt à Big V Sancturay

Rejoignez-les sur leur page Facebook, ainsi que sur Tipeee.

Que vous souhaitez venir sur place et aider au sanctuaire, ou simplement faire un don, toute l’équipe de Big V ains que les pensionnaires du sanctuaires vous remercient chaleureusement pour votre aide. ❤️

Le choix des mots dans la lutte antispéciste – Réflexion #1

Le choix des mots dans la lutte antispéciste – Réflexion #1

Dans mon dernier article (une délicieuse recette de fondant au chocolat végan), je vous disais vouloir aborder des thèmes un peu plus légers qu’à l’accoutumé, en l’occurrence la cuisine. Pour continuer dans les montagnes russes émotionnelles, aujourd’hui nous allons parler holocauste, esclavage, exploitation, viol et mise à mort ! Alors, content.e ?

Plus consciencieusement, et n’allez surtout pas croire que je dénigre la gravité et le sérieux de ces sujets par de l’humour douteux, je souhaite aujourd’hui vous parler de l’importance du choix de nos mots, en tant que militant.es et activistes antispécistes.

Ce billet (comme tous les posts estampillés “réflexion“) n’a pas vocation à dispenser une vérité absolue et établie, mais plutôt d’apporter des pistes et d’ouvrir un débat, qui je l’espère se poursuivra en commentaire.

Le poids des mots

C’est loin d’être une nouveauté : il est courant d’entendre des véganes, militant.e.s ou activistes antispécistes comparer certains points de l’exploitation animale avec l’exploitation humaine. Parmi les plus courants, nous pouvons citer les comparatifs entre le viol et l’insémination forcée des vaches “laitières”, les parallèles entre l’esclavage et les numéros de cirques avec animaux ou plus généralement, l’utilisation du terme holocauste en référence à l’élevage, de la naissance forcée de l’animal à sa mise à mort précoce.

Les mécanismes oppressifs

Cher.e végan.e, militant.e, activiste, laisse moi commencer par te dire que tu as raison ! Selon moi, il peut être intelligent en certaines circonstances de faire des ponts entre l’exploitation animale et les luttes sociales humaines. Cela peut s’avérer extrêmement efficace pour mettre en évidence les mécanismes oppressifs sous-jacents de l’exploitation animale.

Cela peut aussi être très utile quand on souhaite démontrer à quel point l’oppression que subissent les animaux est invisibilisée et banalisée. Les mécanismes oppressifs qui sous-tendent cette violence inouïe semblent même “normaux” pour les néophytes (alors que ces mêmes mécanismes sont jugés “intolérables” lorsque ce sont des êtres humain.e.s qui en sont victimes).

Les comparaisons incomprises

Il est important de comprendre que comparer les éléments A et B ne signifie pas pour autant qu’ils sont en tout point identiques. Une comparaison n’a pas pour but de montrer que A est le reflet de B, mais peut tout aussi bien extraire une partie de A et une partie de B afin de les mettre en relief. Une gifle et un viol ont pour point commun d’être des agressions, pourtant personne ne prétend que ce sont deux choses identiques. Une comparaison n’est donc, selon moi, pas systématiquement synonyme d’équivalence.

Malheureusement, ce formidable outil explicatif est à double tranchant. On nous reproche souvent ces comparaisons car pour le public non-averti, le comparant et le comparé sont tout bonnement incomparables : l’un concerne des êtres humain.e.s et l’autre de simples animaux.

Dans notre monde spéciste et pour la majorité de nos homologues sapiens, animaux et humain.e.s ne méritent pas d’être traité.e.s selon le même système de valeurs morales. Certain.e.s vont même jusqu’à penser qu’en créant ces ponts, pourtant dans un seul but explicatif, nous rabaissons l’humain.e au même niveau que les animaux.

Des mots forts pour faire réagir

J’entends tout à fait la nécessité de placer des mots justes sur ce que vivent au quotidien les millions d’animaux tués. J’entends tout à fait que placer ces mots justes et forts peut produire un électrochoc chez l’interlocuteur.ice. J’entends tout à fait qu’il est juste d’employer le terme holocauste. Il est vrai que sa définition pure et dure n’indique à aucun moment qu’un holocauste désigne un massacre humain (à moins qu’il n’ai un H majuscule). Tout cela est vrai, alors je le répète, vous avez raison.

Il faut pourtant que nous nous rendions à l’évidence. La plupart des personnes non-sensibilisées à la lutte antispéciste ne sont psychologiquement pas prêts à entendre que l’exploitation humaine et animale sont régies par les mêmes ficelles. Encore moins d’entendre des termes si forts utilisés pour décrire la souffrance animale.

Même si ces dernières sont régies par les mêmes schémas de domination et d’asservissement. Même si nous ne souhaitons à aucun moment rabaisser l’humain.e, seulement élever notre niveau d’empathie. Même si personne ne prétend que l’exploitation animale et humaine sont égales, c’est obligatoirement l’interprétation qui en sera faite à cause de la réactance du public.

Faire ces comparaisons posent donc bel et bien des problèmes, et cela bien au-delà de la classique incompréhension. En réalité, cela dépend aussi de votre but. Souhaitez-vous convaincre, ou simplement choquer ? Sensibiliser le public est-il votre but ? Et si oui, voici pour vous la question à 1 million : préférez-vous avoir raison ou atteindre votre but ?

Derrière les mots se cachent des maux

Il faut garder à l’esprit que chaque mot ne peut être dissocié de la ou des émotions qui lui sont rattachées. Qui plus est lorsque l’on parle de sujet aussi graves que l’exploitation sous toutes ses formes, le viol ou l’holocauste.

On ne peut jamais reprocher à une personne de faire ressortir son vécu émotionnel. J’ai personnellement du mal à en vouloir à une victime de viol d’être choquée par la comparaison entre viol et insémination forcée. On ne peut pas demander aux autres de faire preuve d’empathie pour les animaux si nous sommes nous-mêmes incapables d’être empathique envers leur vécu.

De nos jours, les visions du viol, de l’esclavage ou de ce qu’est un holocauste sont liés à des constructions émotionnelles très fortes, et cela même pour les personnes qui n’en sont pas directement victimes. Ces constructions représentent pour beaucoup d’entre nous le paroxysme de la souffrance humaine. Elles prennent même un caractère intouchable, interdisant d’office toute remise en question (et c’est une chose louable). Compte tenu de tout cela, je ne vois pas comment les ponts entre souffrance animale et humaine pourraient être bien reçus.

Le seul cas où la comparaison pourrait être efficace (et par conséquent le seul cas où il serait intelligent de la faire) est celui où l’interlocuteur.ice est capable de prendre suffisamment de recul. La personne doit être capable de comprendre que vous ne sous-entendez pas que les exploitations animales et humaines sont égales, mais qu’elles reposent bien sur les mêmes mécanismes oppressifs. Je pense que c’est une bonne manière d’amener les personnes à réaliser que l’exploitation animale est tout aussi arbitraire, culturelle et injustifiable que le sont le viol, le meurtre ou l’holocauste.

Cela sous-entend une sensibilisation préalable, ou un dialogue déjà bien engagé avec une personne réellement bienveillante et ouverte, capable d’esprit critique et de déconstruction des normes sociales.

Convergence et appropriation des luttes

Se pose ensuite le problème de l’appropriation des luttes, mais surtout de l’instrumentalisation de la souffrance d’autres victimes pour la mettre au service de notre cause. En faisant ces comparaisons, les personnes s’approprient souvent le vécu et les souffrances d’autres personnes. N’étant pas directement concerné.e, cela sous-entend que ce vécu et ces souffrances ne sont peut-être pas toujours comprises et mesurées.

Le livre de Charles Patterson, Un Éternel Treblinka, est cité à tout va pour justifier la comparaison entre élevage et holocauste. Il est tout de même bon de rappeler que les propos tenus dans cet ouvrage n’engagent que son auteur et qu’ils ne sont pas représentatifs de la pensée de toutes les personnes déportées. Si une victime de l’Holocauste fait le parallèle entre élevage et camp de la mort, on ne peut en aucun cas généraliser sa parole à toutes les victimes, et encore moins se réapproprier son discours ni instrumentaliser la souffrance d’autrui.

Glissement de débat

Tous les points que j’ai abordés plus haut m’amènent naturellement à ce qui est, pour moi, la plus grosse faiblesse de ces comparaisons entre exploitation humaine et animale : le glissement du débat. Rien n’est plus efficace qu’un exemple pour vous faire passer mon message :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=sbN-a0Mg6Ns]

Dans ce débat de l’émission C politique, Tiphaine Lagarde expose avec brio les fondements de l’antispécisme suite à un court reportage portant sur une des actions de son association, 269 Libération Animale. Ne trouvez-vous pas dommage que ce débat ai davantage porté sur la justification de qualifier l’exploitation animale d’holocauste, plutôt que sur l’exploitation animale elle-même ?

Plutôt que de se concentrer sur le réel problème, le débat est déplacé sur une masturbation technique, sur une légitimité à comparer deux choses entre elles. C’est du pain béni pour nos opposant.e.s, l’occasion rêvée d’invisibiliser une nouvelle fois l’horreur vécue par les animaux, au profit de l’idéologie spéciste.

Trouvez-vous vraiment utile et productif de comparer exploitation animale et humaine ? Pensez-vous que cela vaut le coup une fois que l’on prend en compte les points positifs et négatifs que cela apporte ?


Merci de m’avoir lue jusqu’ici, j’espère sincèrement que ce sujet vous a intéressé.e et que le débat se poursuivra en commentaire.

Encore une fois, tous les posts de la catégorie réflexion n’ont pas vocation à apporter une réponse toute faite. Je suis moi-même très partagée sur ce sujet, et n’ai donc pas d’avis tranché. Si vous souhaitez réagir à ce post, je vous lierai avec grand plaisir, mais vous prie avant tout de rester bienveillant.e et non-oppressifs dans vos échanges.

Le jour où j’ai vu leurs émotions de mes propres yeux

Le jour où j’ai vu leurs émotions de mes propres yeux

Les animaux capables d’émotions ou de sentiments ?

Même si toute ma vie j’ai su que les animaux non-humains ressentaient la douleur, j’avais toujours eu un léger doute quant à leur capacité à ressentir des émotions, comme nous humains et humaines le pouvons. Comment savoir ? Comment être certaine de cela malgré cette barrière du langage qui nous sépare ? De toute manière, là n’était pas la question pour moi. Que les animaux n-h puissent ou non ressentir des émotions ou même des sentiments n’entrant absolument pas en ligne de compte quant à ma manière de les traiter, j’ai tout de même fait le choix de leur porter le même respect et la même bienveillance que je porte à ma propre espèce. J’ai donc continué mon chemin vers le véganisme, l’antispécisme, le militantisme puis l’activisme sans me préoccuper particulièrement de cette question : jusqu’à ce qu’un beau jour, la preuve me tombe sur le coin de la gueule sans que je ne m’y attende.

Les sanctuaires, une priorité pour la cause animale

C’est arrivé il y a un peu moins d’un an, dans un sanctuaire du nord de la France où je me rends occasionnellement en tant que bénévole. Dans cet endroit merveilleux que je garderai secret dans cet article (pour des raisons de confidentialité) vivent une petite centaine de rescapé.e.s de l’exploitation animale, ainsi qu’une poignée de personnes extraordinaires consacrant leur vie entière à s’en occuper. Des lieux comme celui-ci sont essentiels à la lutte antispéciste pour la libération animale. Sauver des animaux n-h est une chose, encore faut-il être présent.e et retrousser ses manches pour prendre soins des êtres libérés : troquer tracts et pancartes pour des bottes, des gants et un bleu de travail. En tant qu’activistes, aider dans les refuges devrait être une de nos plus grande priorité pour offrir à nos protégé.e.s cette vie paisible, sereine et épanouissante tant méritée.

Malgré cet aspect paradisiaque, la vie au sanctuaire n’est ni simple ni rose, à l’instar des histoires de vie des pensionnaires. A l’horreur de l’exploitation animale “traditionnelle” que tout le monde considère comme “normale”, s’ajoute souvent d’abominables histoires de maltraitances sévères, de mutilations ou d’agressions.

Rose

Ce fut le cas pour Rose, une brebis sauvée de la mort in extremis par le sanctuaire. Elle a vu le jour comme esclave dans un élevage et a été maltraitée par ses oppresseurs. Officiellement ? Ils lui ont roulé dessus en tracteur. Rose a survécu, mais depuis ce jour elle est totalement paralysée des deux pattes arrières : impossible de se déplacer, impossible de se tenir debout et surtout, impossible pour elle d’avancer sans assistance dans le couloir de la mort pour être abattue (vu qu’elle n’est désormais rien de plus qu’un déchet à cause de son handicap). Considérée comme un véritable fardeau demandant davantage de soins, d’attention et de temps que son cadavre ne rapporterait d’argent, les fermiers qui l’exploitaient n’eurent pas de meilleure idée que de la laisser en pâture vivante à des chiens de chasse. Heureusement, le sanctuaire parvint à convaincre les fermiers de les laisser adopter Rose.

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Des liens indestructibles

Une nouvelle vie s’offrait à elle malgré la gravité de ses blessures : une vie paisible et sereine, une vie remplie d’amour et de l’affection des autres animaux, humains comme non-humains. Petit à petit, des relations proches se créèrent entre Rose et plusieurs autres rescapé.e.s, plus particulièrement avec John, un tout jeune veau lui aussi recueilli dans des conditions atroces.

Rose ne pouvant pas bouger, John venait à elle, se couchait à ses côtés et passait une bonne partie de son temps à prendre soin d’elle. Nous l’avons déjà vu attraper des boules de foin frais dans sa bouche et la déposer devant Rose, faisant plusieurs allers et retours puis se coucher à nouveau à côté d’elle. Ces attentions étaient très belles à voir, tout comme leur amitié était touchante.

Les difficultés des sanctuaires

Malheureusement et en dépit de tous les efforts pour soigner Rose, améliorer sa condition de vie et soulager ses douleurs, son état général empirait. De nouvelles plaies apparaissaient en raison de sa mobilité très réduite et sa patte avant gauche commençait à nécroser. Nous avons tous et toutes essayé de soulager ses souffrances du mieux que nous pouvions. Nous l’avons portée, soignée, nous avons pansé ses plaies et malgré tout, elle souffrait toujours.

Tout s’est arrêté du jour au lendemain. La veille au soir, Rose refusa son repas et n’accepta pas non plus de boire, ce qui est très mauvais signe pour une brebis. Mon père (berger dans sa jeunesse) m’a toujours raconté que les moutons choisissent de mourir quand leur vie devient trop dure à supporter en raison d’une maladie ou d’un stress. Un jour, elles refusent eau et nourriture, se couchent sur le dos la nuit suivante et laisse la fermentation faire le reste. Le lendemain, elles sont gonflées et meurent dans la journée. C’est exactement ce qui arriva pour Rose. Le lendemain matin, nous l’avons retrouvée gonflée et avons tenté de la masser, en vain. En début d’après-midi, c’est arrivé. Nous sommes passés dans sa cabane une énième fois et elle nous y attendait pour mourir. Dans les bras de l’homme qui s’était donné entièrement pour la sauver, son regard s’est éteint à tout jamais.

La mort d’un animal libéré pour qui nous nous sommes tant donné est toujours un bouleversement pour les sanctuaires et leurs bénévoles, mais elle fait cependant parti des événements que nous devons savoir gérer. L’absence de Rose s’est fait sentir chez la totalité des bénévoles du sanctuaire ainsi que les animaux n-h. John en fut davantage affecté et c’est précisément sa réaction inattendue qui a changé à tout jamais ma vision des choses.

L’enterrement de Rose

A la nuit tombée, nous avons creusé la tombe de Rose et lui avons rendu hommage. Je ne vais pas m’attarder sur les détails techniques de sa mise en terre, mais au moment de sortir son corps de l’abri et de la déposer dans sa tombe, John qui se tenait jusqu’alors loin de nous (ne comprenant probablement pas le pourquoi de ce gros trou que nous creusions) nous a soudainement rejoint. D’ordinaire, John est joyeux, hyperactif voire turbulent mais ce soir-là, je ne l’avais jamais vu si éteint, si en retrait. Il s’est approché de nous, toutes et tous en cercle autour de Rose et est resté immobile quelques minutes, la tête baissée quasiment collée au sol, les yeux fixés sur le corps de Rose. Puis nous avons recouvert Rose sans que John ne bouge d’un poil.

Après la tombe rebouchée, nous sommes restés silencieux un bon moment et c’est là que John eut un comportement dont je me souviendrai toute ma vie. Toujours l’oeil triste et la tête baissée, il commença à se déplacer lentement vers sa droite pour rejoindre la bénévole la plus proche de lui. Meuglant de temps à autres, il frotta doucement sa tête contre elle, lui demandant caresses et câlins. Ce simple geste était déjà touchant en lui-même, mais John ne s’arrêta pas là et environ deux minutes plus tard, il continua sa ronde vers la seconde bénévole pour demander à nouveau caresses et câlins. Il procéda ainsi pour chaque personne se tenant autour de la tombe, en restant plusieurs minutes avec chacune d’elles, toujours en meuglant, frottant sa tête et se collant à nous. Il arriva jusqu’à moi et fit la même chose. Les jours suivants, John ne s’éloigna que très peu de l’endroit où Rose fut enterrée, y dormit même les deux premières nuit et mangea moins que d’habitude.

La mort de Rose fut un véritable choc pour moi. Elle est la première dont je me suis occupée avec autant d’espoir et d’attention à être décédée. Je pense que comme pour les pros dans le domaine de la santé, le premier décès est toujours compliqué à vivre. Ce fut le cas pour moi, mais j’ai voulu rester forte pour toutes celles et ceux qui souffraient davantage que moi et qui avait besoin de mon soutien. Aujourd’hui, je me console en sachant que Rose ne souffre plus, qu’elle est soulagée et n’est plus soumise ni à l’exploitation de l’Homme ni à son handicap causé par ce dernier. Malgré ma peine pour Rose, c’est bien la réaction de John face à son décès qui m’a réellement bouleversée cette nuit là et m’a fait fondre en larme. Dorénavant, je ne sais pas comment je réagirai lorsqu’une énième personne me soutiendra que les animaux n-h sont incapables de sensibilité et d’émotions. Comment ces personnes, qui n’ont pour la plupart jamais passé la moindre journée en compagnie d’un animal n-h, pourraient comprendre cela alors que beaucoup vont même jusqu’à douter de leur capacité à ressentir la douleur (alors que celle-ci est largement documentée scientifiquement) (1)(2) ?

Les rencontrer réellement

De cette soirée si triste mais pleine de signification, j’ai retenu une chose : pour comprendre les animaux n-h, pour saisir la subtilité et la richesse de leur langage, il est nécessaire de les rencontrer. Par là, j’entends bien évidemment une réelle rencontre d’individu à individu et non d’individu à produit consommable. Il est facile pour les pros de la filière cadavre de se détacher et de mettre une barrière pour se séparer de l’animal n-h quand on le considère comme un produit, ou que l’on ose même appeler son cadavre du “minerais” (3). Je pense même que cela est une condition sinequanone pour ne pas se détruire psychologiquement en réalisant ce métier. Ça prétend aimer leurs animaux (et je peux concevoir que ce soit dit en toute bonne foi) mais si cela était vraiment un amour réel, les animaux n-h ne seraient pas envoyés à l’abattoir. L’amour, c’est vouloir le bien de l’autre, pas sa mort.

Je ne peux que conseiller à toute personne portant un minimum d’intérêt aux animaux de se rendre dans un lieu qui pourra offrir une réelle rencontre entre vous et l’animal. Pas dans un zoo qui de par ses grilles, ses murs, ses vitres et ses cages vous empêchent de le comprendre et d’échanger réellement avec lui. Pas dans un cirque ou un delphinarium qui n’ont aucune notion de pédagogie. Pas dans une ferme pédagogique qui ne fait que refléter une vision fantasmée de l’élevage, un élevage à la française qui n’existe presque plus aujourd’hui et qui ne présente l’animal que comme un objet. Encore moins dans un élevage qui pousse les précédentes caractéristiques à leur paroxysme.

Allez à leur rencontre dans un endroit où vous serez à même de passer des heures entières avec un seul individu, car c’est le seul moyen de saisir l’entièreté de son caractère et de sa personnalité. Ce n’est qu’en ayant un véritable contact avec les animaux n-h qui sont habituellement destinés à être consommé que vous vous rendrez compte que les cochons, les vaches, les moutons et j’en passe, ont tout autant de personnalité que vos chiens ou vos chats. Tout comme l’être humain, ils ont des personnalités radicalement différentes selon les individus et sont capables d’émotions. Des exemples comme celui de John et Rose, je pourrais maintenant vous en citer des dizaines maintenant que j’ai appris à voir les animaux non-humains différemment. Rencontrez-les vraiment, vous aussi ! ❤️


Bibliographie

(1). P. Le Neindre, R. Guatteo, D. Guémené, J.-L. Guichet, K. Latouche, C. Leterrier, O. Levionnois, P. Mormède, A. Prunier, A. Serrie, J. Servière. (2009). Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage. Expertise scientifique collective, synthèse du rapport, INRA (France), 98.

(2). M. Faure, V. Paulmier, A. De Boyer Des Roches, A. Boissy, E.M.C. Terlouw, R. Guatteo, J. Cognié, C. Courteix, D.Durand. (2015). Douleur animale. Evaluation et traitement de la douleur chez les ruminants. INRA Prod. Anim., 28 (3), 231-242

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Dans cet extrait du rapport d’expertise de l’INRA sur l’identification de la douleur animale, vous aurez le plaisir de constater que même l’INRA ne peut s’empêcher de casser du sucre sur le dos des abolitionnistes : 1. en les qualifiant de radicaux, 2. en sortant des débilités sur notre “volonté de couper tout contact avec les animaux” (100 % faux) 3. en les accusant de façon foireuse et à moitié dissimulée d’avoir recours au sophisme de l’appel à la nature.

(3). Pour faire simple, on nomme dans l’industrie agroalimentaire “minerai de viande” un mélange de chute de viande issue de la découpe de l’animal. Ce mélange est utilisé dans les préparations contenant par exemple de la viande hachée. “Le minerai de viande au coeur de la polémique