Vidéo : les retards de diagnostic chez les femmes autistes

Vidéo : les retards de diagnostic chez les femmes autistes

Cet article est à l’attention des personnes étant plus à l’aise avec la lecture qu’avec une vidéo YouTube. Le texte qui suit est une retranscription quasi identiques en tout point de ma dernière vidéo à propos des retards de diagnostic chez les femmes autiste (en fait, il s’agit du script que j’ai suivi pour filmer la vidéo). Je vous souhaite une excellente lecture (celle-ci ne devrait pas excéder les 15 minutes environ).

Pour consulter la vidéo : suivez ce lien.

Pour cette première vidéo intégralement consacrée à l’autisme, je vais répondre à la question qu’une personne m’a posé sur Curious Cat. Je me suis dit que j’allais faire ça un peu plus souvent, pour les questions que je trouve intéressantes et qui méritent un peu plus qu’un tweet pour y répondre (et pas seulement sur l’autisme d’ailleurs, tous les sujets sont les bienvenus). Si vous être plus à l’aise avec un article écrit qu’avec une vidéo, sachez que j’ai publié ce script sur mon blog. Le lien de l’article se trouve en description. La question d’aujourd’hui nous vient d’Aelys, 18 ans, qui nous dit :

« Salut, je t’écris parce que tu es concernée donc tu peux peut-être me donner ton avis. Beaucoup de personnes me disent que je suis peut-être autiste, notamment à cause de certaines crises d’angoisses que j’ai faite à cause de sons forts, répétitifs, de lumières fortes clignotantes et rapides, d’une forte présence de monde, ou alors parce que j’ai de bonnes capacités de réflexion, ou aussi à cause de mes difficultés avec le contact social, et à comprendre certains codes sociaux. Bien évidemment je vais pas m’autoproclamer autiste parce que des gens m’ont dis que je l’était peut-être, je vais aller consulter une psychiatre spécialisée, mais la question que je me pose, c’est qu’aujourd’hui j’ai 18 ans, et c’est vraiment possible de vivre 18 ans sans se rendre compte qu’on est autiste ? Merci d’avoir pris le temps de lire ! Bonne soirée 💜 »

Aelys, 18 ans.

Déjà merci de m’écrire et de me faire assez confiance pour me confier tout ça ❤️ 

Le tableau que tu me décris fait effectivement beaucoup penser à l’autisme. Les difficultés sociales, ces crises d’angoisse qui semblent être causées par l’hypersensibilité sensorielle ou encore la difficulté à comprendre les codes sociaux… sont vraiment des signes très caractéristiques de l’autisme. Du coup, je comprends tout à fait pourquoi tes proches ont pensé ça. 

Néanmoins, il faut faire attention, parce que certains de ces signes peuvent être expliqués par d’autre troubles, c’est donc une très bonne idée d’aller voir un•e psychiatre spécialisé•e pour en avoir le coeur net. Les rendez-vous avec des pros t’aideront à y voir clair, je te souhaite d’ailleurs tout le meilleur dans cette démarche (et n’hésite pas à me ré-écrire à tout moment si tu en as besoin 🙂). 

Par rapport à ta question sur l’âge, c’est tout à fait possible d’être diagnostiqué•e assez tardivement dans la vie. De mon côté, l’autisme a été repéré il y a environ 6 mois, alors que j’avais 25 ans, donc biiiennn après mes 18 ans. Julie Dachez (de la chaine YouTube « Super Pépette », que je vous conseille), a été diagnostiquée à 27 ans. Un cas qui est assez courant aussi, c’est celui des mamans qui viennent consulter pour leur jeune garçon, et qui sont diagnostiquées en même temps que lui ! Bref, tu l’auras compris, les retards de diagnostique sont très fréquents, surtout chez les groupes sociaux moins privilégiées en ce qui concerne la santé : principalement les femmes et les personnes racisées, mais je pense que l’on peut étendre ça sans prendre trop de risque à à peu près tous les groupes sociaux discriminés.

Je vais essayer d’expliquer, ou au moins de donner des pistes de réflexion sur le pourquoi de ces retards de diagnostiques… Et pour cela, je vais inévitablement me concentrer sur le cas des femmes, car c’est celui que je connais et que je vis, mais ce n’est évidemment pas la seule approche.

LES BIAIS DE GENRE DES ETUDES MEDICALES

Déjà, comme à peu près toutes les maladies et conditions qui existent, l’autisme a d’abord été étudié avec un bais de genre. Ça signifie que les études qui ont servies à définir l’autisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, ont été majoritairement menées sur des hommes. La principale conséquence de ce biais, c’est que l’équipe de recherche va passer totalement à côté d’éventuelles différences de manifestations entre les genres. Comme ces études vont aussi servir à établir les critères de diagnostics, il est probable que les femmes soient également discriminées à ce niveau là, puisque leurs spécificités n’ont pas assez, voire pas du tout été étudiées en amont. On se retrouve donc avec des critères diagnostics qui ne correspondent qu’à une seule sous-catégorie de la population : le groupe dominant.

C’est un peu ce qui se passe pour l’autisme, même si la situation a tendance à s’améliorer grâce à la prise de parole des femmes autistes et aux études plus récentes sur le sujet. Aujourd’hui, il est admis de façon assez consensuelle que l’autisme ne se manifeste pas tout à fait de la même manière chez les hommes et les femmes. Il existe des différences assez subtiles, qui selon moi, viennent en grande partie de la façon dont nous éduquons les enfants… Je m’explique… :

L’EDUCATION SEXISTE

En tant que femme, nous sommes éduquées à intérioriser nos difficultés. Cette éducation sexiste est inconsciente la plupart du temps. Heureusement, très peu de parents ont l’envie délibérée d’éduquer leurs enfants de façon sexiste. Mais ces apprentissages sont bel et bien là, et nous conditionnent à ne pas trop faire de colère, à être douce, à être discrète et à tout garder pour nous. Conséquemment, nous faisons donc un peu moins de crise, et nous sommes beaucoup moins visibles. Attention, ça ne veut pas dire que les femmes autistes ne font pas de crise ou qu’elles ont moins de difficultés que les hommes autistes, mais seulement qu’elles ont davantage tendance à les intérioriser et ne pas les exprimer. Ainsi, certains des signes clés de l’autisme vont être masqués chez elles, elles seront donc moins repérables. 

Je me rappelle très clairement d’épisodes où à l’école, j’étais en pleins meltdown, principalement à cause d’une surcharge au niveau sensorielle, j’avais vraiment cette sensation horrible que j’allais exploser, je ne vois pas trop comment la décrire autrement. Mais au lieu d’exploser comme l’aurait probablement fait un garçon autiste, avec des cris ou des pleurs, je devenais complètement mutique. Je restais dans mon coin et je n’étais même pas capable de parler. J’étais comme figée, les yeux grand ouverts, à attendre que la crise passe. Là encore, attention, ça ne veut pas dire que les garçons autistes n’intériorisent pas certains signes ou certaines de leurs difficultés. Je ne fais que vous donner des tendances statistiques. Ces différence de manifestation de l’autisme entre les hommes et les femmes sont une première piste pour expliquer les retards de diagnostics, et l’invisibilisation des femmes autistes : mais ça ne s’arrête pas là.

LA STRATEGIE D’IMITATION

Nous sommes également très douées pour imiter nos semblables, comme des petits caméléons. Par le biais de l’observation, nous allons reproduire les conduites de nos pairs afin de nous fondre dans la masse, pour avoir l’air les plus « neurotypiques » possible. 

Par exemple : quand j’étais petite, je me suis très vite rendu compte que mes tics étaient vu très bizarrement par les autres. Du coup, j’ai appris très tôt à les cacher. Soit je les atténuais pour que les autres ne les remarquent pas, soit je les stoppais complètement, ou je les remplaçait par d’autres tics moins voyants. Par exemple, au lieu de me balancer d’avant en arrière, je me mettais à me balancer d’un pied sur l’autre, et uniquement quand j’étais débout. En procédant ainsi, je trouve quasiment la même satisfaction que m’apportent les balancements, mais en étant quasiment immobile, et donc moins repérable. Attention, ceci n’est qu’un exemple pour illustrer mon propos, mais ce n’est en aucun cas la marche à suivre. Dans un monde idéal, nous ne devrions pas avoir à masquer nos spécificités pour exister socialement. La plupart de ces spécificités sont des attitudes totalement saines qui nous permettent de nous rassurer dans des moments stressants, mais on y reviendra dans une prochaine vidéo !

LES RESULTATS SCOLAIRES

Autre point qui n’aide pas les femmes autistes à être repérées : les résultats scolaires. En général, nous sommes de relativement bonnes élèves malgré nos difficultés. Il est donc assez probable qu’aucune des personnes de l’équipe pédagogique ne remarquent quoi que ce soit. A l’école, on sera plutôt cataloguées de « timide », de « réservée », mais ça n’ira rarement plus loin que ça. S’ajoute à cela un problème que j’évoquerais surement aussi dans une prochaine vidéo : les diagnostics (à mon sens) très problématiques de HPI, de « zèbre » ou de surdoué. Je ne vais pas développer aujourd’hui car ce sujet mérite une vidéo à lui seul. Le principal à retenir étant que ces diagnostics sont très ressemblants à l’autisme, mais n’apportent quasiment aucune aide à la personne concernée, et a aussi pour effet de stopper les investigations. J’y reviendrais plus tard, mais je suis convaincue que mon autisme aurait été décelé bien plus tôt si je n’avais pas été comme « enfermée » dans une de ces trois petites cases.

LES INTERETS SPECIFIQUES SOCIALEMENT ACCEPTES 

Il a été constaté qu’en général, les filles et les femmes autistes ont des intérêts spécifiques plus « acceptables socialement » et plus « discrets » que ceux des hommes. Il est assez simple à concevoir que l’on remarque un peu moins une fille autiste qui fait une fixette sur le maquillage, le chevaux, ou les animaux en général, qu’un garçon autiste qui se prend de passion pour les plans du métro ou les trains. Mes exemples sont très clichés évidemment, et une fille autiste peut tout aussi bien avoir un intérêt spécifique pour les plans du métro, mais statistiquement, il a été constaté que les intérêts spécifiques des femmes autistes sont moins « repérables ». 

LA COMPENSATION

En plus de ces intérêts spécifiques « moins visibles », certains de nos intérêts peuvent aussi nous servir à masquer encore plus nos difficultés que nous le faisons déjà. Et là, je n’ai pas besoin de chercher très loin pour vous donner un exemple : je vais vous parler de mes études en psychologie. 

En tant que personne autiste, je n’exagère pas du tout si je vous dis que le monde social dans lequel je survie n’a absolument aucun sens. Tout comme Aelys le dit dans son message, j’ai énormément de mal à comprendre les codes sociaux, à comprendre l’implicite, le second degré, l’humour, l’ironie ou le sarcasme… On dit souvent que la partie la plus importante de la communication est non-verbale. Notre posture, nos gestes, notre regard ou notre intonation sont aussi très porteurs de sens, souvent plus que les mots eux-même. Problème : ça non plus, je n’y comprends rien, et ma propre communication non verbale pouvait parfois paraitre très chelou pour les autres… Jusqu’à ce que j’étudie la psychologie à la fac ! Pendant mes études, j’ai énormément appris sur le fonctionnement psychologique des autres et d’une certaine manière, ça m’a aidé à rattraper la plupart des acquis sociaux que je n’avais pas réussi à assimiler. Pour les personne neuro-typiques, tous ces acquis sociaux sont évidents, ils coulent de sources et sont appris quasi automatiquement, sans trop d’effort. Pour moi, ça a été un travail de longue haleine. C’est un peu comme si j’avais appris « la sociabilité » de la même manière qu’on apprendrait les mathématiques ou la physique. Rien n’a été naturel, rien n’a « coulé de source », j’ai dû tout apprendre de A à Z, comme si c’était une autre langue. Voilà, c’est un exemple parmi d’autres d’un intérêt spécifique qui peut servir à compenser les difficultés des personnes autistes. La sociologie, les sciences sociales en général ou la littérature sont aussi des intérêts spécifiques pouvant aider à compenser nos difficultés. Apprendre la psychologie m’a beaucoup servi, mais c’est aujourd’hui un obstacle pour me faire diagnostiquer officiellement, car ça a un peu trop bien fonctionné. Aujourd’hui, j’ai l’air relativement « neuro-typique », du coup, les professionnels de santé ont parfois du mal à envisager que je sois autiste. 

Mais bref, c’est un autre sujet. Je vais m’arrêter ici pour cette vidéo (qui est déjà bien assez longue). J’espère qu’elle vous a plu et surtout, qu’elle vous a servi. Aelys, j’espère que tu y vois un peu plus clair maintenant, et que les pistes d’explication sur les retards de diagnostics de l’autisme ont peut-être fait écho à ton vécu. Je suis certaine qu’il existe bien d’autres pistes pour les expliquer, n’hésitez donc pas à compléter mes propos en commentaire. En conclusion, peu importe ton âge, ne doute surtout pas de ta légitimité. Je te souhaite bon courage pour la suite, et encore une fois, n’hésite pas à m’écrire à nouveau si tu en as besoin. 

Big V Sanctuary 🐷

Big V Sanctuary 🐷

C’est bien beau de sauver des animaux de l’exploitation qu’ils•elles subissent, encore faut-il avoir le courage de s’en occuper ensuite soi-même, ou de leur trouver une terre d’accueil digne de ce nom : où ils•elles trouveront soin, paix et sécurité.


C’est précisément la mission de Miranda et Jérôme, les gérant•e•s de Big V Sancturay : un sanctuaire de la région Limousine dont le but est d’accueillir tous les animaux qui en ont besoin. Sauvé•e•s d’élevages par des activistes, ou amené•e•s de bon coeur par les éleveurs et éleveuses : pas de distinction à Big V. Tout le monde trouve sa place.

Nous traitons les animaux d’élevage et leur offrons des soins, de l’amour et la paix dans notre sanctuaire, en les traitant avec dignité et respect. Nous prenons soin d’eux jusqu’a ce qu’ils recouvrent la santé après une période d’abus et de négligence, puis nous trouvons des foyers d’accueil le cas échéant. Nous offrons également un sanctuaire pour les animaux de compagnie, leur permettant de se remettre de mauvais traitements et de trouver des foyers d’accueil sûrs et aimants où ils passent le reste de leur vie. Notre objectif est de permettre à chaque individu de vivre une vie longue et épanouissante dans un environnement sûr, tout en faisant preuve de compassion selon leurs besoins.

Jérome, co-gérant du sanctuaire Big V

Les animaux : des individus uniques

C’est lorsque l’on va au contact des animaux que nous les rencontrons vraiment. Pour les personnes qui n’ont pas eu la chance de passer leur enfance à la campagne comme moi, côtoyer cochons, vaches ou chevaux n’est pas forcément chose commune.

Par conséquent, nous avons tendance à beaucoup simplifier voire “caricaturer” ces animaux qui vivent loin de nous. On leur prête moins d’intelligence, d’émotions et de capacités mentales, contrairement à nos animaux “de compagnie” que nous connaissons et comprenons davantage, du fait de cette proximité.

Quand il s’agit de chiens ou de chats, nous reconnaissons très aisément qu’ils ont une personnalité propre, un caractère bien distinct de celui des autres membres de son espèce.

Nous savons que tous les chats et tous les chiens ne sont pas les mêmes. Prenons mes deux chats en exemple : l’un est très aventurier et indépendant, tandis que le second est un gros patachon peureux et avide de câlins.

Et devinez quoi, c’est exactement la même chose pour chaque espèce. Ce n’est pas différent pour les cochons, les moutons, les vaches… Tous et toutes ont une personnalité, une sensibilité et sociabilisent de façon différente. C’est seulement en se rendant dans des endroits comme Big V Sanctuary pour passer du temps avec eux qu’il est possible de le réaliser.


Des liens très fort créés avec les pensionnaires

Au fur et à mesure de mes visites, des liens très forts se sont créés avec certain•e•s pensionnaires. De la même façon que se tissent nos relations sociales avec nos congénères humain•e•s, des affinités se développent en fonction de nos personnalités. Avec certain•e•s, c’est comme une évidence, et avec d’autres, ça ne colle pas.

William, Violette, Pheobe, Lilly, Blossom, Teddy, Bess, Little Bean, Florence, Pipkin, Edward, Bryn… sont autant de noms qui resteront gravés pour toujours dans mon petit coeur. Ils et elles sont comme des ami•e•s, celles et ceux avec qui j’ai tissé des liens très forts. Certain•e•s ne sont plus parmi nous aujourd’hui, mais il ne passe pas un jour sans que je pense à eux.


Un besoin constant de bénévoles

Les lieux comme Big V Sanctuary ont sans arrêt besoin de bénévoles. A l’inverse des fermes ou des zoos, les sanctuaires (qui n’ont pas un but lucratif), ne se font pas d’argent sur le dos des animaux, et ne les exploitent pas. Ces lieux ne vivent que grâce à la générosité et aux dons, qu’ils soient matériels, financiers ou en temps de bénévolat.

Je ne peux que vous encourager à tenter cette expérience incroyable, et à la renouveler. Même si le travail est dur, même si vous aurez peut-être quelques difficultés au début, je vous assure que vous ne le regretterez pas, tant cette expérience sera riche d’enseignements.

J’espère vous voir très bientôt à Big V Sancturay

Rejoignez-les sur leur page Facebook, ainsi que sur Tipeee.

Que vous souhaitez venir sur place et aider au sanctuaire, ou simplement faire un don, toute l’équipe de Big V ains que les pensionnaires du sanctuaires vous remercient chaleureusement pour votre aide. ❤️

#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

#JournéeDeLaFemme : dépolitisation des luttes et stéréotypes de genre

Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars, l’occasion rêvée pour vous proposer ce billet bonus. En ce jour important, il me parait pertinent de faire une petite piqure de rappel féministe. Comme vous le savez forcément, nous célébrons aujourd’hui la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Pas “la journée de la femme” .

Ni “la journée un soutif acheté, une culotte offerte” .

Page d’accueil du site marchand Etam, affichant fièrement l’offre “1 soutien-gorge acheté = la culotte à 1€”. On leur reconnaîtra tout de même le “mérite” d’avoir presque correctement nommé le 8 mars, en ne cédant pas au vulgaire “journée de la femme” .

Dépolitisation et instrumentalisation des luttes féministes

Cela peut vous paraître futile d’insister sur la formulation, mais la distinction est importante. Pourquoi ? Tout simplement car se contenter de parler de la “journée de la femme” revient à dépolitiser les luttes féministes, en excluant les notions de “luttes” et de “droits des femmes” .

Dépolitiser nos luttes a beaucoup de conséquences. Premièrement, cette appellation de “journée de la femme” nous empêche d’être réellement prises au sérieux. Elle renvoie à quelque chose de “léger” et de “festif” alors que la lutte pour les droits des femmes n’a rien d’une partie de plaisir.

Cette appellation invisibilise une nouvelle fois la lutte féministe, ainsi que les conséquences désastreuses et quotidiennes du sexisme sur les femmes et les minorités de genre.

Elle nous impose une charge de travail d’éducation supplémentaire : celui que je suis en train d’abattre actuellement. Alors que je pourrais me focaliser sur d’autres aspects de nos combats, je me dois de rédiger ce billet pour mettre les points sur les i.


La “journée de la femme” et les stéréotypes de genre

Le stéréotype est la base de toute discrimination. Il nait du besoin d’économie cognitive de notre cerveau, qui n’a pas la capacité de traiter toutes les informations en même temps. Ainsi, plutôt que de décrypter une personne en détail quand nous la rencontrons, notre cerveau ira au plus simple et au plus rapide : coller sur cette personne une “étiquette” toute faite. Cette étiquette, c’est ce que l’on appelle le stéréotype.

Petit à petit, les stéréotypes s’ancrent dans notre cerveau. Plus nous les utilisons, plus ils deviennent puissants et difficiles à déconstruire. Si certains stéréotypes peuvent être inoffensifs et réellement utiles au quotidien, d’autres s’avèrent bien plus délétères.

C’est le cas lorsqu’ils deviennent des “préjugés” , que l’on peut définir comme des idées préconçues sur des groupes sociaux, mais dont la connotation est négative. Exemple : “les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” . L’étape suivante est le passage à l’acte par la discrimination et la violence. Exemple : “coucher avec une femme, même si celle-ci a dit “non” , puisque les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” .

Cette construction sociale des stéréotypes se fait de façon inconsciente et insidieuse. Chaque personne utilise des stéréotypes au quotidien par souci d’économie cognitive ; prétendre le contraire serait malhonnête.

La “journée de la femme” participe à l’élaboration de ces stéréotypes de genre, à coups de marketing et de promotions alléchantes sur des culottes ou des mixeurs plongeants. Lorsque l’on me dit que “je devrais me concentrer sur des combats plus importants que les “petites blagues” ou les publicités sexistes” , je dis non.

S’attaquer aux stéréotypes, c’est arracher le mal par la racine : là où naissent les discriminations. Le travail de déconstruction des stéréotypes est absolument primordial. Utiliser des stéréotypes n’est pas une honte, c’est inévitable, le tout est de savoir s’en détacher en en prenant conscience afin de ne pas céder aux préjugés et à la discrimination.


En cette journée du 8 mars, j’aimerais qu’on laisse de côté les culottes et les mixeurs. J’aimerais que l’on se concentre sur les luttes et les moyens à notre disposition pour améliorer la situation des femmes et des minorités de genre. En 2019, j’aimerais que l’on se battent pour TOUTES les femmes, pas seulement les femmes blanches, hétérosexuelles, dyadiques, cisgenres, valides, [insérez ici toutes autres normes dominantes]. NOUS TOUTES, ensemble !

Les alliés du féminisme nous sont également d’une grande aide (oui messieurs, c’est de vous dont je parle 😉). Si vous souhaitez creuser le sujet, ou si vous vous demandez comment faire avancer la situation à votre échelle, je vous recommande la lecture de mes autres articles de la catégorie féminisme.

Bonne journée internationale de lutte pour le droit des femmes ♥️

Etre un allié du féminisme #2

Etre un allié du féminisme #2

Il y a quelques temps, je vous avais proposé 5 actions à mettre en place au quotidien pour rendre notre monde un peu moins sexiste et dégueulasse.

J’avoue, j’ai menti. Dans le premier volume, j’ai surtout donné quelques pistes théoriques pour te faire réfléchir à propos du sexisme.

Je souhaitais vraiment reprendre les bases et poser un cadre, juste au cas où certain.e.s lecteurices ne soient pas hyper familier.e.s du sujet.

Aujourd’hui, promis, on passe à l’action !

Comment être un allié ? Volume 2.

Cette fois ci, les actions vont te demander un peu plus d’investissement et de prise de position assumée. C’est pour cela que je tiens à te préciser qu’en matière de lutte, chacun.e fait en fonction de ses moyens (physiques ou psychologiques).

Tout le monde n’a pas les moyens d’aller en manifestation, en action ou même suffisamment d’assurance pour aller à contre-courant en public et tenir tête à des personnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Et ce n’est pas grave.

Ne te met surtout pas la pression, et fait de ton mieux, à ton niveau (les choses viendront petit à petit).

1. Reprends ton entourage lorsque leur attitude pose problème

Le début du changement passe forcement par cette étape : faire comprendre aux autres que leurs actes sont problématiques.

N’hésite pas à te faire entendre ! Tu t’exposera probablement à de la réactance, mais crois en mon expérience, les choses s’améliorent toujours avec le temps, même chez les cas les plus désespéré.e.s ! 😉

Reprends tes potes, ne laisse plus passer les sifflements dans la rue, ne laisse pas passer les remarques sur la tenue des femmes ou encore la drague lourde. Petit à petit, je te promets qu’ielles vont comprendre et changer. Bien sur, il en va de même pour les insultes, les agressions, les viols

2. Interviens en cas problème

Si tu vois n’importe qui dans une situation dangereuse : interviens. Fais toi passer pour un père, un frère, un ami et interposes toi. Et si tu ne peux pas intervenir, appelle immédiatement les secours.

Après avoir appelé de l’aide, tu peux aussi essayer de prendre des photos ou de filmer pour aider la victime si celle-ci souhaite porter plainte.

Très souvent, a fortiori quand il s’agit d’agressions sexistes, les faits sont minimisés et disqualifiés par les forces de l’ordre et la Justice. Parfois, les femmes doivent même se rendre dans plusieurs commissariats différents avant que quelqu’un.e accepte de prendre leur plainte.

Ça a été mon cas l’an dernier. Un mec m’a giflée dans la rue devant une dizaine de témoins. J’ai voulu porter plainte, mais on m’a très clairement fait comprendre que ça ne servait pas à grand chose et que j’allais faire perdre leur temps aux flics. Avoir une preuve matérielle de mon agression m’aurait surement aidé.

3. Évite le virilisme

Au quotidien, essaie d’éviter le virilisme : cet “idéal” de perfection, de performance et de courage, qui passe autant par des démonstrations corporelles que par des démonstrations verbales d’autorité et de pouvoir.

De façon plus concrète, évite par exemple de systématiquement associer “courage” et “couilles” et les expressions dérivées (eg. “poser ses couilles sur la table“, “avoir des couilles” etc.).

4. Non, les blagues sexistes ne passent pas

Les blagues sexistes sont la base de la pyramide des violences faites aux femmes (et minorités de genre). Elles entretiennent les stéréotypes, les préjugés, les discriminations et donc les agressions. N’en fait pas, et essaie de reprendre ton entourage le cas échéant.

Je te conseille très vivement de regarder cette vidéo si tu veux en apprendre plus sur les problèmes que posent les blagues sexistes.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ew7F-iudnV0]

Et qu’on ne me sorte pas le fameux point Desproges : non, on ne peut pas “rire de tout”.

A l’origine, l’humoriste a prononcé cette phrase à la radio, dans une émission dont l’invité du jour était Jean Marie Le Pen. Ce jour là, Desproges manifeste son mécontentement et son refus de “rire de tout” devant/avec une personne de la trempe de JMLP par sa fameuse phrase : “on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Depuis, cette dernière a été détournée et est utilisée comme une justification fallacieuse à toutes les blagues salaces, alors que Pierre Desproges n’a jamais voulu dire cela.

5. Si tu as des enfants, essaie des les éduquer de façon non genrée

Le changement viendra également par les nouvelles générations : à nous de bien les éduquer. Laissez vos enfants porter les couleurs qui leur plaisent ou jouer avec les jeux qui leur plaisent. Ne leur mettez pas la pression.

Sans rire, j’ai déjà vu une mère hurler sur son fils d’environ 6 ans dans un supermarché car il avait choisi une paire de lunettes de soleil avec des montures roses. Elle lui criait dessus que “le rose c’est pour les filles” et le gosse pleurait toutes les larmes de son corps.

C’est un peu cliché comme situation, mais elle est assez révélatrice. Essayez également de complimenter les filles pour leur force, leur logique ou leur intelligence (pas seulement pour leur beauté). De même, n’hésitez pas à renforcer positivement chez les garçons les actes de douceur et de bienveillance.

Je ne suis pas une pro de l’éducation non genrée (ni de l’éducation tout court), alors si vous avez des enfants, je vous invite à creuser un peu plus ce sujet. 🙂

6. Ne fait jamais une des précédentes actions dans le but de te faire bien voir

En général, on le remarque très vite. Essaie de ne pas fanfaronner parce que tu es “déconstruit” et de ne pas te vanter dès que tu défends une femme en public. On captera tout de suite que tu fais juste cela pour te faire bien voir et t’attirer les bonnes faveurs des femmes.

Comprend aussi que nous soyons un poil méfiante face à cette attitude. Dans le milieu militant, beaucoup d’homme ont usé de leur supposée déconstruction pour agresser des femmes.


Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui. J’espère que vous entreprendrez ces petites actions quotidiennes qui peuvent déjà faire la différence !
A la semaine prochaine !

Etre un allié du féminisme #1

Etre un allié du féminisme #1

Salut à toi, homme cisgenre !

Je viens en paix aujourd’hui, avec pleins de doux conseils dans ma hotte de Mère Noël (un peu en retard) !

Comment être un allié du féminisme ?

Je suis persuadée que toi aussi, tu souhaites aboutir à une équité des genres. J’ai le plaisir de t’annoncer que tu as aussi un rôle à jouer dans la lutte contre le sexisme !

C’est pour cela que je te propose aujourd’hui quelques idées d’actions à mettre en œuvre pour faire de notre monde un endroit un peu moins dégueulasse. 😉

1. N’arrête jamais de t’éduquer

Le sexisme est appris. C’est notre éducation, qu’elle vienne de l’école, de la maison, des média ou que sais-je encore, qui nous a conditionnée à être sexiste.

Le désapprentissage du sexisme est donc un travail sur soi de longue haleine et qui je pense, dure toute la vie. Personne ne peut se prétendre déconstruit.e à 100%, peu importe le genre de ladite personne.

Pour cette raison, je t’invite à toujours t’informer sur le sujet du féminisme (et toutes les autres luttes évidemment) et à rester ouvert.e d’esprit. Moi-même, j’en apprends tous les jours, surtout grâce à mon entourage qui a su m’ouvrir les yeux sur beaucoup de chose. <3

2. Ne te braque pas quand on te fait une remarque

Pour la même raison que le point précédent, accepte que l’on te fasse des remarques si ton attitude pose problème. Comme personne ne peut-être déconstruit.e en tout point, chacun.e d’entre nous est susceptible de dire ou faire de mauvaises choses. C’est normal, et c’est même humain.e.

Pour prendre un exemple, en tant que personne blanche, j’ai conscience d’avoir intériorisé des stéréotypes raciaux problématiques, et j’ai conscience de profiter au quotidien du privilège d’être blanche dans notre société. Si une personne racisée me fait une remarque, je me dois de l’écouter et d’essayer de comprendre.

Si tu doutes encore de l’existence du “privilège blanc”, je t’invite à lire cette BD qui en parle, avec pleins de statistiques intéressantes. 🙂

Il faut accepter que les concerné.e.s nous expliquent en quoi nos dires et/ou nos actes sont problématiques. Je sais, accepter ses torts fait partie des choses les plus difficiles en ce monde. Je sais également que ces remarques ne sont pas toujours dispensées dans la bienveillance, et que cela rend l’information difficilement entendable pour toi.

Essaie néanmoins de mettre ton égo de côté et de garder l’esprit ouvert. Dans la mesure du possible, concentre toi sur le fond plutôt que sur la forme. Et si la personne en face de toi est vraiment trop agressive, tant pis. Met un terme à la conversation et réfléchit tranquillement à la question, de ton côté.

Essaie aussi de comprendre que cela peut être vraiment très usant pour nous de toujours expliquer les mêmes choses. C’est souvent pour cette raison que l’on s’emporte. Le plus énervant, c’est de voir à quel point les hommes ne nous comprennent pas, alors que nous ne demandons que le respect et l’équité.

Si ça peut te rassurer, sache que tout le monde peut proférer des propos sexistes, peu importe le genre.

3. Pitié, ne fais pas pas de “NotAllMen

Le “notallmen“, c’est cette tendance à invisibiliser le vécu d’une personne et à déplacer le débat pour que le centre d’attention soit encore et toujours “les hommes” et non pas les violences faites aux minorités de genre.

La situation typique du “notallmen“, c’est lorsqu’une personne (souvent un homme, mais pas que) rétorque à une victime de viol que “tous les hommes ne sont pas comme ça” ou “tous les hommes ne sont pas des violeurs“.

Afin de rassurer inconsciemment ton égo, tu éprouveras peut-être le besoin de dire cela. Peut être même que tes intentions seront bonnes, et que tu souhaites simplement montrer le bon côté des choses pour rassurer la victime…

Peu importe tes raisons, je te conseille vraiment de ne jamais dire cela, car c’est extrêmement impoli et irrespectueux pour la victime. Oui. On. Le. Sait. Bien sur que les hommes ne sont pas tous des violeurs ou des pervers. Nous ne l’avons jamais prétendu.

On ne parle pas “des hommes” en général, mais des violences faites aux minorités de genre. Malheureusement, ils se trouvent que ces violences sont très majoritairement commises par des hommes. C’est un fait que personne ne peut nier.

Faire glisser le débat de cette façon revient encore une fois à placer les hommes au centre de l’attention et invisibilise les violences que nous souhaitons combattre.

Si une personne te raconte son vécu, c’est qu’elle te fait assez confiance pour aborder ce sujet douloureux avec toi. Respecte là en retour, ne minimise pas et n’invisibilise pas son vécu traumatique en lui parlant “des hommes” alors qu’elle voulait te parler de son histoire.

Si tu le souhaites, tu peux visionner cette vidéo très pédagogique de l’Effet Chimpanzé, qui parle du phénomène “NotAllMen”, en plus d’aborder le problème du harcèlement de rue.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=h85WcUUxnM4&w=560&h=315]

4. Laisse les concerné.e.s s’exprimer

C’est déjà assez énervant en tant que féministe, de vouloir mettre en lumière des problèmes et de ne pas être écouté.e  ni pris.e au sérieux. Ça l’est encore plus quand on voit que lorsque ce sont des hommes qui parlent de ces problèmes, on les écoute.

Exemple : ici, le YouTuber “le roi des rats” nous expose un problème que vivent les femmes : le cyber-harcèlement, plus précisément sur les mineures. Quand c’est un homme qui en parle, il est écouté et respecté.

Mais quand des femmes ou des jeunes filles en parlent, elles seront très souvent culpabilisées.

A leur âge, elles n’ont rien à faire sur des sites de rencontre !

Elle l’a cherché, quand on ne veut pas être sollicitée, on ne s’inscrit pas sur ces sites !

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=CpZaAerYL-M&w=560&h=315]

Il en va de même pour toutes les autres luttes. Quand Gaëlle Garcia Diaz s’est rasé le crâne en soutient à une femme de sa famille atteinte d’un cancer, c’est elle que l’on a écouté dénoncer les discriminations envers les personnes malades. Autrement dit, c’est une personne valide qui prend la parole, et pas directement les personnes concerné.e.s.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=bjy5xBVd3kg&w=560&h=315]

Bien évidemment, j’ai conscience que ces deux personnes avaient les meilleures intentions du monde, je les remercie donc d’avoir pris la parole, surtout avec une telle audience.

Je voudrais juste que l’on se recentre un petit peu, et qu’on laisse un maximum la parole aux personnes concerné.e.s. C’est un angle du problème que tu peux envisager dans ton quotidien ! 😉

Face à l’incompréhension de beaucoup de cismecs, c’est vraiment hyper appréciable d’avoir des alliés. Cependant, veille à ce que ta parole n’invisibilise jamais celle des concerné.e.s.

5. Aie conscience de tes privilèges

Être blanc.he, être un homme, être cisgenre, être hétérosexuel.le, être valide etc. donne droit à des privilèges. Je sais bien que cette idée à du mal à passer, mais c’est bel et bien une réalité dont tu dois avoir conscience.

Si tu n’aimes pas le terme “privilège“, imagine alors que “La Vie” est un jeu vidéo. Comme dans presque tous les jeux, il y a des niveaux de difficulté. Pour te faire comprendre la notion de privilège, considère que le réglage homme blanc cis hétéro valide…” est le niveau le plus facile, celui avec lequel tu accèdera le plus facilement aux récompenses et où tu auras moins d’obstacles sur ta route.

Dans ce jeu, tu ne choisis pas tes caracs au début, elles apparaissent d’elles-mêmes et tu dois faire avec. C’est pas juste, je sais, exactement comme dans la vie. Si tu as la chance de tomber sur “homme blanc cis hétéro valide“, tu auras par exemple beaucoup plus facilement accès aux meilleurs quêtes, et tu gagnera même davantage de pièces d’or pour les avoir completées.

Et oui, il y aura de meilleures joueureuses que toi, même des non-“homme blanc cis hétéro validete battront et te surpasseront, car ielles sont simplement meilleures au jeu.

Mais ça ne change pas le fait que le jeu a été plus facile pour toi à la base.

Je trouve cette analogie super, je l’ai trouvé sur le blog d’un militant féministe anglais, mais je ne retrouve pas le lien. Si je mets la main dessus un jour, il apparaitra ici. 🙂

Avoir conscience de ses privilèges est une chose importante, mais elle n’est pas innée, il faut y réfléchir.

Au fond, le privilège blanc, le privilège d’être un homme, hétéro ou d’appartenir à toutes autres normes dominantes, c’est le luxe de vivre dans cette ignorance bohème de ce que vivent les autres.


C’est déjà tout pour aujourd’hui ! Je te le dis direct, il y aura un volume 2 ! Aujourd’hui, j’ai été assez théorique dans le but de reprendre les bases. La réflexion est l’étape la plus importante, il ne faut donc pas la négliger. La prochaine fois, on se penchera plus en détail sur des actions concrètes.

A la semaine prochaine !

Ne donnez plus d’argent au Téléthon – Actu antispé #4

Ne donnez plus d’argent au Téléthon – Actu antispé #4

En ce premier jour de décembre, je me dois de vous faire passer un message très important pour moi. Comme chaque année, le Téléthon fait son grand retour sur nos petits écrans. Chaque premier week-end de décembre, c’est pas moins de 5 millions de Français.e.s qui se rassemblent devant leurs télévisions.

Le Téléthon jouit d’une excellente image médiatique. Organisé pour la première fois en 1987, il a pour objectif de récolter des dons afin de financer la recherche médicale. Comment en vouloir aux Français.e.s de rentrer dans le jeu et de laisser aller leur générosité ?

Je ne reprocherai jamais à personnes d’avoir commis un acte lorsque cela est fait dans l’ignorance. Je ne peux pas à en vouloir aux donateurs et donatrices, car je suis intimement convaincue qu’ielles donnent avec leurs cœurs. Mais si vous envisagez de donner cette année, rappelez-vous que derrière la belle image médiatique, les vrais visages du Téléthon, ce sont eux…

Ne donnez plus d’argent au Téléthon…

Ces images sont issues d’une vidéo d’enquête sur les chiens du laboratoire de neurobiologie de l’École nationale vétérinaire d’Alfort servant aux expériences financées par l’AFM-Téléthon.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Wr7OFqh6zsU&w=560&h=315]

Ces chiens naissent atteints de dystrophie musculaire, maladie qui leur inflige une dégradation musculaire handicapante et douloureuse. La dystrophie musculaire (DM) (…) fait des ravages sur leur corps et certaines fonctions vitales sont sévèrement atteintes : les chiens luttent pour marcher, déglutir et même respirer. (1)

Le Téléthon ne sauve pas ces chiens…

Vous pensez peut-être que je souligne l’évidence, mais il n’est pas rare d’entendre que le Téléthon cherche à sauver les chiens malades. C’est un comble. Oui, le Téléthon cherche un traitement, mais il est totalement hypocrite de dire que leur motivation est de soigner les chiens.

En réalité, les chiens sont sélectionnés pour naître malades. En reproduisant deux chiens atteints de dystrophie musculaire, les laboratoires s’assurent de faire naître des chiots eux-mêmes victimes de la maladie étudiée. Ainsi, la même souche de chiens malades est reproduites à l’infini pour servir de cobayes aux laboratoires.

Cette vie de souffrance leur est imposée par la sélection génétique. Si les laboratoires se préoccupaient véritablement du bien-être des chiens, ils ne les feraient simplement pas naître.

La parole poignante de Pascaline

Certain.e.s malades s’opposent aussi très vivement à ce type d’expérimentation et pour moi, il est primordiale que leur parole soit entendue. L’an dernier, pour l’édition 2017 du Téléthon, le témoignage de Pascaline avait fait le tour des réseaux sociaux.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=npYLF6hYwQE]

Pascaline est atteinte de myopathie depuis plus de quarante ans, et même après toutes les éditions du Téléthon, son traitement n’a pas évolué. A quoi a servi tout cet argent ? A quoi a servi toute cette souffrance ?

Comme Pascaline le dit si bien, elle n’a pas envie que des animaux souffrent pour elle. Beaucoup de personnes malades la félicitent en commentaire et rejoignent ses propos.

Mais… Il faut bien essayer de guérir les gens, non ?

Évidemment qu’il est vital de chercher des traitements. Ce que le Téléthon ne vous dit pas, c’est qu’il existe désormais des alternatives et des chercheurs et chercheuses qui développent depuis plusieurs années une recherche à la fois fiable et sans cruauté.

En France, c’est le collectif de chercheurs et chercheuses Antidote Europe qui porte au mieux ce message. Je vous invite très vivement à lire leur documentation qui dépoussière notre vision de l’expérimentation animale.

L’AFM-Téléthon considère encore la recherche sur les animaux comme primordiale, comme une nécessité. Nous sommes déjà dans le futur de la recherche médicale, mais le Téléthon ne semble clairement pas vouloir prendre cette direction. (2)

Les modèles animaux sont-ils pertinents ?

Il y a des centaines d’années, un gus à décidé de poser le paradigme suivant : “il y a plus de points communs entre l’humain et les autres animaux qu’il n’y a de différence” et a donc conclu que c’était OK d’expérimenter sur eux.

Cependant, pendant toutes mes études (neuropsychologie et neurosciences), mes profs et maître.sse.s de stage n’ont cessé de remettre en cause la validité des modèles animaux et nous invitaient régulièrement à y réfléchir. Une de mes profs, spécialiste française de l’étude du sommeil nous à même raconté un jour :

Pendant des décennies, on a étudié le sommeil sur le chat, en pensant que c’était généralisable à l’humain.e. Plus tard, avec l’arrivée de l’imagerie médicale, on s’est rendu compte que le cerveau du chat est très différent de celui de l’humain.e. Dans notre cerveau, nous avons une structure appelée formation réticulée, gérante de notre sommeil. C’est à cause de cette structure qu’on est complètement décalé si quelqu’un ou quelque chose dérange notre nuit. Grâce à l’imagerie, il a été prouvé que le chat ne possède pas de formation réticulée, et par la même occasion, on a mit à la poubelle des centaines d’années de recherches invalides.

Évidemment, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais cette réflexion est intéressante et devrait selon moi être une des priorités dans la recherche médicale. Comment conduire des études valides et fiables sans torture.

Pour moi, l’expérimentation sur les animaux n’est pas une bonne solution. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous ne pouvons pas prédire la réaction du corps humain à une substance à partir de la réaction d’un animal à cette substance. Nos gênes sont différents, nos réactions seront donc également différentes. Cela signifie qu’après avoir utilisé des animaux pour tester l’action d’un actif, des tests sur les humain.e.s seront obligatoires. Seul l’être humain est le modèle de l’être humain.

Sur le même sujet, je vous invite à consulter l’article d’Antidote Europe : Pourquoi l’animal n’est pas le modèle biologique de l’homme ?

Ne financez plus leur torture…

Pour tous ces chiens, pour tous les animaux qui souffrent inutilement dans les laboratoires de recherche pour des traitements qui ne voient jamais le jour, je vous en prie, ne donnez plus au Téléthon.

A la place, vous pouvez soutenir des organismes de recherche sans cruauté comme Antidote Europe.


Pour aller plus loin :

Pourquoi l’animal n’est pas le modèle biologique de l’homme ?

Dix mensonges sur l’expérimentation animale


Source

(1) Petafrance.com : De nouvelles révélations montrent des chiens en grande souffrance dans un laboratoire financé par le Téléthon.

(2) Afm-telethon.fr : Recherche médicale et essais sur les animaux.

Le choix des mots dans la lutte antispéciste – Réflexion #1

Le choix des mots dans la lutte antispéciste – Réflexion #1

Dans mon dernier article (une délicieuse recette de fondant au chocolat végan), je vous disais vouloir aborder des thèmes un peu plus légers qu’à l’accoutumé, en l’occurrence la cuisine. Pour continuer dans les montagnes russes émotionnelles, aujourd’hui nous allons parler holocauste, esclavage, exploitation, viol et mise à mort ! Alors, content.e ?

Plus consciencieusement, et n’allez surtout pas croire que je dénigre la gravité et le sérieux de ces sujets par de l’humour douteux, je souhaite aujourd’hui vous parler de l’importance du choix de nos mots, en tant que militant.es et activistes antispécistes.

Ce billet (comme tous les posts estampillés “réflexion“) n’a pas vocation à dispenser une vérité absolue et établie, mais plutôt d’apporter des pistes et d’ouvrir un débat, qui je l’espère se poursuivra en commentaire.

Le poids des mots

C’est loin d’être une nouveauté : il est courant d’entendre des véganes, militant.e.s ou activistes antispécistes comparer certains points de l’exploitation animale avec l’exploitation humaine. Parmi les plus courants, nous pouvons citer les comparatifs entre le viol et l’insémination forcée des vaches “laitières”, les parallèles entre l’esclavage et les numéros de cirques avec animaux ou plus généralement, l’utilisation du terme holocauste en référence à l’élevage, de la naissance forcée de l’animal à sa mise à mort précoce.

Les mécanismes oppressifs

Cher.e végan.e, militant.e, activiste, laisse moi commencer par te dire que tu as raison ! Selon moi, il peut être intelligent en certaines circonstances de faire des ponts entre l’exploitation animale et les luttes sociales humaines. Cela peut s’avérer extrêmement efficace pour mettre en évidence les mécanismes oppressifs sous-jacents de l’exploitation animale.

Cela peut aussi être très utile quand on souhaite démontrer à quel point l’oppression que subissent les animaux est invisibilisée et banalisée. Les mécanismes oppressifs qui sous-tendent cette violence inouïe semblent même “normaux” pour les néophytes (alors que ces mêmes mécanismes sont jugés “intolérables” lorsque ce sont des êtres humain.e.s qui en sont victimes).

Les comparaisons incomprises

Il est important de comprendre que comparer les éléments A et B ne signifie pas pour autant qu’ils sont en tout point identiques. Une comparaison n’a pas pour but de montrer que A est le reflet de B, mais peut tout aussi bien extraire une partie de A et une partie de B afin de les mettre en relief. Une gifle et un viol ont pour point commun d’être des agressions, pourtant personne ne prétend que ce sont deux choses identiques. Une comparaison n’est donc, selon moi, pas systématiquement synonyme d’équivalence.

Malheureusement, ce formidable outil explicatif est à double tranchant. On nous reproche souvent ces comparaisons car pour le public non-averti, le comparant et le comparé sont tout bonnement incomparables : l’un concerne des êtres humain.e.s et l’autre de simples animaux.

Dans notre monde spéciste et pour la majorité de nos homologues sapiens, animaux et humain.e.s ne méritent pas d’être traité.e.s selon le même système de valeurs morales. Certain.e.s vont même jusqu’à penser qu’en créant ces ponts, pourtant dans un seul but explicatif, nous rabaissons l’humain.e au même niveau que les animaux.

Des mots forts pour faire réagir

J’entends tout à fait la nécessité de placer des mots justes sur ce que vivent au quotidien les millions d’animaux tués. J’entends tout à fait que placer ces mots justes et forts peut produire un électrochoc chez l’interlocuteur.ice. J’entends tout à fait qu’il est juste d’employer le terme holocauste. Il est vrai que sa définition pure et dure n’indique à aucun moment qu’un holocauste désigne un massacre humain (à moins qu’il n’ai un H majuscule). Tout cela est vrai, alors je le répète, vous avez raison.

Il faut pourtant que nous nous rendions à l’évidence. La plupart des personnes non-sensibilisées à la lutte antispéciste ne sont psychologiquement pas prêts à entendre que l’exploitation humaine et animale sont régies par les mêmes ficelles. Encore moins d’entendre des termes si forts utilisés pour décrire la souffrance animale.

Même si ces dernières sont régies par les mêmes schémas de domination et d’asservissement. Même si nous ne souhaitons à aucun moment rabaisser l’humain.e, seulement élever notre niveau d’empathie. Même si personne ne prétend que l’exploitation animale et humaine sont égales, c’est obligatoirement l’interprétation qui en sera faite à cause de la réactance du public.

Faire ces comparaisons posent donc bel et bien des problèmes, et cela bien au-delà de la classique incompréhension. En réalité, cela dépend aussi de votre but. Souhaitez-vous convaincre, ou simplement choquer ? Sensibiliser le public est-il votre but ? Et si oui, voici pour vous la question à 1 million : préférez-vous avoir raison ou atteindre votre but ?

Derrière les mots se cachent des maux

Il faut garder à l’esprit que chaque mot ne peut être dissocié de la ou des émotions qui lui sont rattachées. Qui plus est lorsque l’on parle de sujet aussi graves que l’exploitation sous toutes ses formes, le viol ou l’holocauste.

On ne peut jamais reprocher à une personne de faire ressortir son vécu émotionnel. J’ai personnellement du mal à en vouloir à une victime de viol d’être choquée par la comparaison entre viol et insémination forcée. On ne peut pas demander aux autres de faire preuve d’empathie pour les animaux si nous sommes nous-mêmes incapables d’être empathique envers leur vécu.

De nos jours, les visions du viol, de l’esclavage ou de ce qu’est un holocauste sont liés à des constructions émotionnelles très fortes, et cela même pour les personnes qui n’en sont pas directement victimes. Ces constructions représentent pour beaucoup d’entre nous le paroxysme de la souffrance humaine. Elles prennent même un caractère intouchable, interdisant d’office toute remise en question (et c’est une chose louable). Compte tenu de tout cela, je ne vois pas comment les ponts entre souffrance animale et humaine pourraient être bien reçus.

Le seul cas où la comparaison pourrait être efficace (et par conséquent le seul cas où il serait intelligent de la faire) est celui où l’interlocuteur.ice est capable de prendre suffisamment de recul. La personne doit être capable de comprendre que vous ne sous-entendez pas que les exploitations animales et humaines sont égales, mais qu’elles reposent bien sur les mêmes mécanismes oppressifs. Je pense que c’est une bonne manière d’amener les personnes à réaliser que l’exploitation animale est tout aussi arbitraire, culturelle et injustifiable que le sont le viol, le meurtre ou l’holocauste.

Cela sous-entend une sensibilisation préalable, ou un dialogue déjà bien engagé avec une personne réellement bienveillante et ouverte, capable d’esprit critique et de déconstruction des normes sociales.

Convergence et appropriation des luttes

Se pose ensuite le problème de l’appropriation des luttes, mais surtout de l’instrumentalisation de la souffrance d’autres victimes pour la mettre au service de notre cause. En faisant ces comparaisons, les personnes s’approprient souvent le vécu et les souffrances d’autres personnes. N’étant pas directement concerné.e, cela sous-entend que ce vécu et ces souffrances ne sont peut-être pas toujours comprises et mesurées.

Le livre de Charles Patterson, Un Éternel Treblinka, est cité à tout va pour justifier la comparaison entre élevage et holocauste. Il est tout de même bon de rappeler que les propos tenus dans cet ouvrage n’engagent que son auteur et qu’ils ne sont pas représentatifs de la pensée de toutes les personnes déportées. Si une victime de l’Holocauste fait le parallèle entre élevage et camp de la mort, on ne peut en aucun cas généraliser sa parole à toutes les victimes, et encore moins se réapproprier son discours ni instrumentaliser la souffrance d’autrui.

Glissement de débat

Tous les points que j’ai abordés plus haut m’amènent naturellement à ce qui est, pour moi, la plus grosse faiblesse de ces comparaisons entre exploitation humaine et animale : le glissement du débat. Rien n’est plus efficace qu’un exemple pour vous faire passer mon message :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=sbN-a0Mg6Ns]

Dans ce débat de l’émission C politique, Tiphaine Lagarde expose avec brio les fondements de l’antispécisme suite à un court reportage portant sur une des actions de son association, 269 Libération Animale. Ne trouvez-vous pas dommage que ce débat ai davantage porté sur la justification de qualifier l’exploitation animale d’holocauste, plutôt que sur l’exploitation animale elle-même ?

Plutôt que de se concentrer sur le réel problème, le débat est déplacé sur une masturbation technique, sur une légitimité à comparer deux choses entre elles. C’est du pain béni pour nos opposant.e.s, l’occasion rêvée d’invisibiliser une nouvelle fois l’horreur vécue par les animaux, au profit de l’idéologie spéciste.

Trouvez-vous vraiment utile et productif de comparer exploitation animale et humaine ? Pensez-vous que cela vaut le coup une fois que l’on prend en compte les points positifs et négatifs que cela apporte ?


Merci de m’avoir lue jusqu’ici, j’espère sincèrement que ce sujet vous a intéressé.e et que le débat se poursuivra en commentaire.

Encore une fois, tous les posts de la catégorie réflexion n’ont pas vocation à apporter une réponse toute faite. Je suis moi-même très partagée sur ce sujet, et n’ai donc pas d’avis tranché. Si vous souhaitez réagir à ce post, je vous lierai avec grand plaisir, mais vous prie avant tout de rester bienveillant.e et non-oppressifs dans vos échanges.

Démission et meurtre en solde à l’Elysée – Actu antispé #3

Démission et meurtre en solde à l’Elysée – Actu antispé #3

Le 27 août, la FNC (Fédération Nationale des Chasseurs) représentée par Willy Schraen, était reçue par Manu lors d’une audience visant à discuter des différents réformes liées à la chasse. (1) Chacun et chacune d’entre nous connaît les positions pro-chasse de Manu, lui qui souhaitait remettre les chasses présidentielles à l’ordre du jour. (2) Ni plus ni moins que le meurtre élevé au rang de culture, de tradition et de plaisir : c’est de cette manière qu’a choisit de se divertir une minorité de la population française.

Les accidents de chasse en France : personnes blessées et personnes tuées de 2006 à 2017 (ONCFS)


Une minorité qui pourtant réclame privilèges et aménagements pour son confort, rendant la vie du reste de la population bien triste et compliquée. Se promener à la campagne, se balader tranquillement en forêt, laisser sortir son chien ou son chat sans avoir peur pour sa vie : autant de plaisirs simples de la vie que la plupart d’entre nous ne vivent plus si souvent.


Meurtres en solde !

Manu, toujours à genoux à pomper les lobby et ces chasseurs dont il désire le vote, a bien évidemment cédé à toutes leurs attentes.

Afin de rendre la chasse encore plus accessible à toutes celles et ceux tristes de ne pas avoir les moyens de tuer pour le plaisir, Manu offre une jolie ristourne sur le permis de chasse : désormais 200€ au lieu de 400€. Un bon -50% sur les meurtres !

Régulation : même les espèces menacées y passent (logique ?)

Les soldes, ça ne suffit pas : cette année les chasseurs réclament également des exclusivités et des animaux en édition limitée ! Alors qu’ils n’ont que le mot “régulation” à la bouche, les chasseurs auront le loisir de chasser des espèces classées “menacées” à l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

Une jolie tourterelle des bois qui n’a rien demandé à personne.

Le fuligule milouin, le courlis cendré, la tourterelle des bois, barge à queue noire et grand tétras : toutes ces espèces d’oiseaux sont classées UICN, d’un niveau d’inquiétude minime, jusqu’à “vulnérable”. Où est la régulation ? Tout cela est faisable dans le cadre de ce que les chasseurs appellent “la gestion adaptative” : une jolie tournure qui peut se résumer à “ouais t’inquiète on fait un peu gaffe qu’il en reste quand même quelques uns, mais on les bute quand même” (logique de chasseurs).

Mais soyons rassuré.es, l’audience fut également l’occasion pour Manu et Willy d’aborder souffrance animale, ainsi que de discuter de l’éthique de certaines formes de chasses. Ouf !


Un avenir sombre pour l’écologie

Ces derniers jours ne sont pas de bons augures pour l’écologie et la biodiversité en France. Pendant que la FNC lance sa première campagne totalement honteuse dont la devise est “chasseurs : premiers écologistes de France” (3), notre président ne fait que se plier aux volontés des lobbies.

Pour couronner le tout, c’est désormais Nicolas Hulot, qui le lendemain de l’audience de la FNC démissionne subitement du gouvernement. (4)

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=YJZa90g9WSk?rel=0&w=560&h=315]

“Ça va paraître anecdotique mais pour moi c’était symptomatique et c’est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner. C’est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir. Il faut à un moment ou un autre poser ce problème sur la table parce que c’est un problème de démocratie : qui a le pouvoir, qui gouverne ?” Nicolas Hulot, France Inter

Quel avenir pour l’écologie ? Quel.le remplaçant.e pour Nicolas Hulot ? Quelle nouvelle marionette ?


Sources :
(1) Les chasseurs reçus à l’Elysée : «Par démagogie, on maintient l’ancien monde»
(2) Emmanuel Macron veut réouvrir les “chasses présidentielles” : mais au fait, c’est quoi cette pratique héritée de la monarchie ?
(3) Les chasseurs lancent leur campagne : les chasseurs premiers écologistes de France
(4) Démission de Nicolas Hulot : qui est Thierry Coste, le “lobbyiste” qui “n’avait rien à faire” à l’Elysée ?

Un tout nouveau torchon signé Ludovic Delory (Contrepoints 06.08.18) – Actu antispé #2

Un tout nouveau torchon signé Ludovic Delory (Contrepoints 06.08.18) – Actu antispé #2

Depuis plusieurs mois, les articles (ou plutôt les torchons) abordant le véganisme, l’antispécisme et le militantisme se multiplient. Très souvent, ils ne parlent pas de “militant.es antispécistes” mais de simples “végan.es” ou pire “militant.es pro-vegan” : un signe indéniable de leur méconnaissance du sujet (au mieux) ou de leur volonté malsaine de nous faire mauvaise presse (au pire).

De tribunes infondées en tribunes infondées, les “pro-bonne barbaque à la française” se croient brillant.es et maîtres.ses de la rhétorique, mais manquent en réalité toute la substance de la question et ne font que propager stéréotypes, préjugés et lieux communs niveau CM1.

Le dernier torchon en date (1) signé de la belle plume objective et renseignée de Ludovic Delory, publié dans le “journal” libéral Contrepoints n’échappe pas à la règle. Les militant.es de l’antenne Belge Anonymous For The Voiceless en font la une et sont accompagné.es de ce qui n’est ni plus ni moins qu’un pamphlet carburant à la désinformation.


Le véganisme liberticide

Ludo en a marre. Il déplore nombre de choses, à commencer par ces casse-pieds de végan.es qui se battent contre sa “liberté” de se baffrer de cadavre à volonté. Quand tu lui montres la Lune, le carniste regarde le bacon. #TouchePasAMonSteak

“En souhaitant rendre l’humain vertueux par le biais de la Loi sans se cantonner au débat philosophique sur la sensibilité animale, la nouvelle idéologie politique végan menace nos libertés.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

Pour faire simple, Ludo ne semble pas capable (ou refuse) de voir plus loin que le bout de son nez. Il aimerait que les végan.es se cantonnent au débat philosophique de la sensibilité animale (qui pour moi n’a rien de philosophique, mais passons). Et on le comprend ! Tant que les marginaux comme il les appelle, restent bien sagement à leur place et ne font que disserter entre convaincu.es de la sentience animale, Ludo n’aura alors pas à se remettre en question. Tant que les hippies resteront entre eux, tout le monde fermera bien les yeux sur le problème et aucun.e carnistes n’aura à se préoccuper sérieusement de la pérennité de son régime zoophage : leur “liberté”.


Mais au fait, c’est quoi la liberté ?

Les carnistes hurlent à tout-va à la liberté, cette chose inaliénable que personne ne peut remettre en question sans se voir coller l’étiquette “fasciste” sur le front. Mais notre utilisation usuelle du terme liberté est-elle vraiment correcte ?

Habituellement employé pour faire opposition à la notion d’enfermement, d’emprisonnement ou d’esclavage, le mot liberté est en réalité beaucoup plus étendu en philosophie ainsi que dans le domaine du droit. On part d’une notion simple : la liberté est cette possibilité générale de pouvoir agir sans contrainte. Or, la définition ne s’arrête pas là. En effet, il est trop souvent oublié que la liberté est une notion bien plus relative qu’on ne le pense.

Afin que notre liberté soit compatible avec les notions de justice et d’égalité, il est primordial de la nuancer pour éviter un scénario à la American Nightmare. C’est ainsi que la DDDH elle-même stipule que la «liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui» ou encore «faire tout ce qui n’est point interdit, comme ne pas faire ce qui n’est point obligatoire».

Je pense que vous commencez à comprendre où je veux en venir. La liberté ne sera jamais suffisante à justifier un acte de cruauté ou un acte nuisible et encore moins un acte de privation totale de liberté à autrui. Je ne peux pas au nom de ma liberté justifier que je m’autorise à tuer, violer, emprisonner ou maltraiter ; exactement de la même manière que la liberté d’expression ne justifie en rien des propos racistes (on ne le dira jamais assez, n’en déplaise à certains).

La liberté n’a jamais été et ne sera jamais un argument d’autorité lorsque nos actes produisent de la souffrance. Les liberticides, c’est vous Ludo, ainsi la partie du lectorat qui s’accorde avec votre point de vue.

Nous n’aurons probablement jamais le pouvoir de vous interdire de manger de la viande et contrairement à vos croyances emplies de peur, nous ne voulons pas faire ce choix à votre place. La seule chose qui est en notre pouvoir pour l’instant, c’est de faire en sorte que plus jamais vous ne puissiez manger une pièce de viande sans réfléchir aux conséquences de vos actes. Comprenez cela, et arrêtez donc de déféquer dans vos caleçons.


Petite, je rêvais d’être journaliste : un véritable métier de rêve pour moi. Mais aujourd’hui, je déplore ce qu’il en est devenu. Comme je le disais la semaine dernière dans mon dossier sur Modere : de tout, les journalistes veulent faire du sensationnel. Après avoir bien rabâché à son lectorat que manger de la viande n’est en rien condamnable, Ludovic enchaîne avec la terreur.

“Ce prosélytisme ne peut se faire sans violence, pour la frange la plus extrême des végans. Il faut, selon ces gens, passer à l’action, quitte à écoper d’une condamnation pour « apologie du terrorisme » ou, plus grave, à se suicider après avoir blessé plusieurs innocents.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

C’est plus ou moins habillement que sont détournées dans cet article deux actualités qui ont fait beaucoup de bruit ces derniers mois ; le tout, dans le but de servir son propos et de faire naître la peur dans le coeur du carniste.

La première actualité faisait référence à une végane qui sur Twitter avait manifesté son indifférence face à la mort d’un boucher dans un attentat (2). Elle soulignait que la mort d’un individu dont le métier consiste à tuer des innocents ne lui inspire aucune sympathie. La seconde actualité se déroulait quant à elle en Californie, où une Youtubeuse iranienne (qui se trouve être végane) a ouvert le feu au siège de YouTube, vraisemblablement car elle était mécontente que la plate-forme “la censure”. Fort heureusement, le bilan est léger puisque la demoiselle n’a fait que trois blessé.es avant de (tragiquement) retourner son arme contre elle.

On résume : une personne qui rale sur Twitter (quelle nouveauté !) et une déséquilibrée qui déclenche une fusillade pour quelques vidéos strikées. Quand on sait qu’il suffit de dire le mot “pénis” dans une vidéo pour qu’elle soit démonétisée et/ou supprimées, ça ne laisse pas vraiment de mystère quant au côté un poil déséquilibré de cette personne.

Est-ce suffisant pour peindre un tableau de terreur de la situation ? Clairement, non. Au sein de la communauté végane, le tweet haineux sur le boucher sont unanimement et fortement condamnés. Il doit bien y avoir deux ou trois maboule qui défendent ces horreurs. Oui, il y a des idiot.es dans toutes les sphères, tous les milieux, toutes les communautés et nous ne sommes pas épargnés, je ne vous apprends rien.

Là où cela devient énervant, c’est lorsque des pseudo-journalistes utilisent ces actualités en les détournant pour créer un climat de peur qui n’a pas lieux d’être. Sur la totalité des fusillades de cette année, combien de tueurs et de tueuses étaient végan.es ? Combien de milliers de personnes incitent à la haine raciale sur Twitter ou font des appels au meurtre sans jamais en être inquiétée ?

Il faudrait que les Français.es commencent à comprendre une bonne fois pour toute que nous ne nous battons pas contre les humain.es, au contraire nous nous battons également pour toutes les causes humaines. En devenant végan.e, nous n’avons pas “cessé d’avoir de l’empathie pour l’être humain”, mais avons simplement choisi d’étendre cette empathie à tou.tes les habitant.es de notre planète. C’est pour cette raison que nous condamnons toutes et tous les propos tenus à l’égard du boucher décédé, ainsi que l’attaque armée de la Youtubeuse en Californie. Or, l’article de Contrepoints laisse entendre que nous prenons ces actes pour modèles : cela n’est ni plus ni moins que des accusations calomnieuses d’une bassesse inégalée. J’irais même plus loin, elles ne sont que la démonstration que l’auteur n’a rien trouvé de plus intelligent à écrire, et cela est purement pitoyable pour un journaliste.


Leur seule arme : le mensonge

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin et ayons pitié de Ludovic. Après la peur et les fausses accusations, voilà que nous nous retrouvons face à de la désinformation pure et simple. Pour tenter de démonter le véganisme, avoir recours à la peur ne suffit plus, il faut maintenant inventer des choses de toute pièce. Ludovic enchaîne :

“C’est là que se situe le danger. En accordant les mêmes droits aux animaux qu’aux humains, en souhaitant rendre l’humain vertueux par le biais de la Loi sans se cantonner au débat philosophique sur la sensibilité animale, la nouvelle idéologie politique végan, portée par un infime pourcentage de la population mondiale, menace nos libertés. Dont celle d’ingérer des produits carnés, indispensables à notre métabolisme.” (1) Contrepoints, 6 août 2018

Premièrement, aucun.e végan.e ne souhaite donner les mêmes droits que nous êtres humain.es, aux animaux. Dois-je activer mon caps lock pour que cela soit enfin intégré ? Nous ne nous battons pas pour que les poules aient enfin le droit de vote (quoi qu’une poule n’aurait sûrement pas eu la bêtise de voter pour Manu). Nous ne nous battons pas pour que les dauphins du parc Asterix puisse toucher le chômage.

Nous nous bâtons simplement pour que les animaux non-humains soient libres de vivre. Pour qu’ils puissent jouir de cette liberté dont nous parlions tout à l’heure, au sens le plus pure : vivre selon sa propre volonté. Point. L’antispécisme ne repose pas sur une “égalité entre les animaux non-humains et nous” comme le disent beaucoup trop de journalistes trop peu informé.es. Il existe des différences entre l’être humain.e et les animaux, tout comme il existe des différences entre homme et femme. Dans nos luttes, nous ne nions pas ces différences mais nous battons simplement pour que ces différences ne soient plus source de discriminations, de mort, de violence ou de maltraitance.

Je finirai ce post sur la plus grosse imbécillité de Ludovic : prétendre que la consommation de produits carnés est indispensable à notre métabolisme.

Faux, archi faux. 0/20. Mr le journaliste, où sont donc vos sources ? Où est donc votre travail d’information, de renseignement et d’enquête ? Vous savez, c’est cette étape indispensable, étape la plus importante lorsque l’on écrit un article mais qui semble être zapée par beaucoup de vos confrère et consoeurs ? Qu’est-ce que cela vous fait, au fond de votre petit cœur Ludovic, de savoir que je fais un meilleur travail de journalisme que vous sans avoir fait le moindre parcours dans ce domaine ?

Une bonne fois pour toute : la viande n’est absolument pas nécessaire à notre métabolisme, pas plus que le lait, les œufs ou tout autre produit d’origine animale. (4) Un régime végétalien est viable à tous les âges de la vie. (4) Tu vois Ludo, ce n’est pas suffisant de dire des trucs au hasard comme ça, il faut aussi prouver ce que l’on avance avec une chose magnifique, nommée une source. Répète après moi : sour-ceuuh.


Tout cela ne démontre qu’une seule chose : les personnes non-véganes sont les moins douées pour parler de véganisme. C’est sur ce point que repose le plus gros problème des débats entre carnistes et végan.es. La plupart du temps, les opposant.es au véganisme ne sont absolument pas informé.es. Que ce soit l’exploitation animale, la santé humaine ou encore l’écologie : ces dernier.es ne font bien souvent pas le poids, car issu.es de l’école Jean-Pierre Pernault.

Comment débattre à armes égales lorsqu’une personne nous rabâche sur tous les ton que les végan.es sont carencé.es en protéines, que la viande est indispensable à notre survie ou que les carottes aussi souffrent le martyr lorsqu’on les coupe ? Inévitablement, ce qui devait être à l’origine un débat tourne dès lors en un dialogue ayant davantage vocation à éduquer, faire ouvrir les yeux et informer plutôt que d’échanger des idées. Les responsables ? La publicité et les média en général.

Il est déplorable de constater qu’encore une fois, les journalistes préfèrent céder à la tentation du sensationnel, au détriment de leur réelle mission d’information. Je conçois que l’on ne soit pas en encore avec le véganisme et c’est une chose de vouloir défendre le carnisme. Il en est une autre de mentir délibérément et de se laisser aller à la calomnie.

À l’auteur de cet article qui n’en a que le nom, je l’invite à s’informer davantage sur les sujets qu’il aborde.


Références :
(1) Delory, L. (2018). Le véganisme, du régime alimentaire au régime politique. Contrepoints.
(2) Libération (2018) Une militante vegan condamnée pour «apologie du terrorisme» après un message sur le boucher du Super U de Trèbes.
(3) Huffpost (2018) Fusillade à Youtube: Nasim Aghdam, l’assaillante, accusait Youtube de la “discriminer” et de la “censurer”
(4) Vesanto Melina, MS, RD (Consultant, Vancouver, Canada); Winston Craig, PhD, MPH, RD (Andrews University, Berrien Springs, MI); Susan Levin, MS, RD, CSSD (Physicians Committee for Responsible Medicine, Washington, DC). (2016). Position of the Academy of Nutrition and Dietetics: Vegetarian Diets. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics

Le jour où j’ai vu leurs émotions de mes propres yeux

Le jour où j’ai vu leurs émotions de mes propres yeux

Les animaux capables d’émotions ou de sentiments ?

Même si toute ma vie j’ai su que les animaux non-humains ressentaient la douleur, j’avais toujours eu un léger doute quant à leur capacité à ressentir des émotions, comme nous humains et humaines le pouvons. Comment savoir ? Comment être certaine de cela malgré cette barrière du langage qui nous sépare ? De toute manière, là n’était pas la question pour moi. Que les animaux n-h puissent ou non ressentir des émotions ou même des sentiments n’entrant absolument pas en ligne de compte quant à ma manière de les traiter, j’ai tout de même fait le choix de leur porter le même respect et la même bienveillance que je porte à ma propre espèce. J’ai donc continué mon chemin vers le véganisme, l’antispécisme, le militantisme puis l’activisme sans me préoccuper particulièrement de cette question : jusqu’à ce qu’un beau jour, la preuve me tombe sur le coin de la gueule sans que je ne m’y attende.

Les sanctuaires, une priorité pour la cause animale

C’est arrivé il y a un peu moins d’un an, dans un sanctuaire du nord de la France où je me rends occasionnellement en tant que bénévole. Dans cet endroit merveilleux que je garderai secret dans cet article (pour des raisons de confidentialité) vivent une petite centaine de rescapé.e.s de l’exploitation animale, ainsi qu’une poignée de personnes extraordinaires consacrant leur vie entière à s’en occuper. Des lieux comme celui-ci sont essentiels à la lutte antispéciste pour la libération animale. Sauver des animaux n-h est une chose, encore faut-il être présent.e et retrousser ses manches pour prendre soins des êtres libérés : troquer tracts et pancartes pour des bottes, des gants et un bleu de travail. En tant qu’activistes, aider dans les refuges devrait être une de nos plus grande priorité pour offrir à nos protégé.e.s cette vie paisible, sereine et épanouissante tant méritée.

Malgré cet aspect paradisiaque, la vie au sanctuaire n’est ni simple ni rose, à l’instar des histoires de vie des pensionnaires. A l’horreur de l’exploitation animale “traditionnelle” que tout le monde considère comme “normale”, s’ajoute souvent d’abominables histoires de maltraitances sévères, de mutilations ou d’agressions.

Rose

Ce fut le cas pour Rose, une brebis sauvée de la mort in extremis par le sanctuaire. Elle a vu le jour comme esclave dans un élevage et a été maltraitée par ses oppresseurs. Officiellement ? Ils lui ont roulé dessus en tracteur. Rose a survécu, mais depuis ce jour elle est totalement paralysée des deux pattes arrières : impossible de se déplacer, impossible de se tenir debout et surtout, impossible pour elle d’avancer sans assistance dans le couloir de la mort pour être abattue (vu qu’elle n’est désormais rien de plus qu’un déchet à cause de son handicap). Considérée comme un véritable fardeau demandant davantage de soins, d’attention et de temps que son cadavre ne rapporterait d’argent, les fermiers qui l’exploitaient n’eurent pas de meilleure idée que de la laisser en pâture vivante à des chiens de chasse. Heureusement, le sanctuaire parvint à convaincre les fermiers de les laisser adopter Rose.

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Des liens indestructibles

Une nouvelle vie s’offrait à elle malgré la gravité de ses blessures : une vie paisible et sereine, une vie remplie d’amour et de l’affection des autres animaux, humains comme non-humains. Petit à petit, des relations proches se créèrent entre Rose et plusieurs autres rescapé.e.s, plus particulièrement avec John, un tout jeune veau lui aussi recueilli dans des conditions atroces.

Rose ne pouvant pas bouger, John venait à elle, se couchait à ses côtés et passait une bonne partie de son temps à prendre soin d’elle. Nous l’avons déjà vu attraper des boules de foin frais dans sa bouche et la déposer devant Rose, faisant plusieurs allers et retours puis se coucher à nouveau à côté d’elle. Ces attentions étaient très belles à voir, tout comme leur amitié était touchante.

Les difficultés des sanctuaires

Malheureusement et en dépit de tous les efforts pour soigner Rose, améliorer sa condition de vie et soulager ses douleurs, son état général empirait. De nouvelles plaies apparaissaient en raison de sa mobilité très réduite et sa patte avant gauche commençait à nécroser. Nous avons tous et toutes essayé de soulager ses souffrances du mieux que nous pouvions. Nous l’avons portée, soignée, nous avons pansé ses plaies et malgré tout, elle souffrait toujours.

Tout s’est arrêté du jour au lendemain. La veille au soir, Rose refusa son repas et n’accepta pas non plus de boire, ce qui est très mauvais signe pour une brebis. Mon père (berger dans sa jeunesse) m’a toujours raconté que les moutons choisissent de mourir quand leur vie devient trop dure à supporter en raison d’une maladie ou d’un stress. Un jour, elles refusent eau et nourriture, se couchent sur le dos la nuit suivante et laisse la fermentation faire le reste. Le lendemain, elles sont gonflées et meurent dans la journée. C’est exactement ce qui arriva pour Rose. Le lendemain matin, nous l’avons retrouvée gonflée et avons tenté de la masser, en vain. En début d’après-midi, c’est arrivé. Nous sommes passés dans sa cabane une énième fois et elle nous y attendait pour mourir. Dans les bras de l’homme qui s’était donné entièrement pour la sauver, son regard s’est éteint à tout jamais.

La mort d’un animal libéré pour qui nous nous sommes tant donné est toujours un bouleversement pour les sanctuaires et leurs bénévoles, mais elle fait cependant parti des événements que nous devons savoir gérer. L’absence de Rose s’est fait sentir chez la totalité des bénévoles du sanctuaire ainsi que les animaux n-h. John en fut davantage affecté et c’est précisément sa réaction inattendue qui a changé à tout jamais ma vision des choses.

L’enterrement de Rose

A la nuit tombée, nous avons creusé la tombe de Rose et lui avons rendu hommage. Je ne vais pas m’attarder sur les détails techniques de sa mise en terre, mais au moment de sortir son corps de l’abri et de la déposer dans sa tombe, John qui se tenait jusqu’alors loin de nous (ne comprenant probablement pas le pourquoi de ce gros trou que nous creusions) nous a soudainement rejoint. D’ordinaire, John est joyeux, hyperactif voire turbulent mais ce soir-là, je ne l’avais jamais vu si éteint, si en retrait. Il s’est approché de nous, toutes et tous en cercle autour de Rose et est resté immobile quelques minutes, la tête baissée quasiment collée au sol, les yeux fixés sur le corps de Rose. Puis nous avons recouvert Rose sans que John ne bouge d’un poil.

Après la tombe rebouchée, nous sommes restés silencieux un bon moment et c’est là que John eut un comportement dont je me souviendrai toute ma vie. Toujours l’oeil triste et la tête baissée, il commença à se déplacer lentement vers sa droite pour rejoindre la bénévole la plus proche de lui. Meuglant de temps à autres, il frotta doucement sa tête contre elle, lui demandant caresses et câlins. Ce simple geste était déjà touchant en lui-même, mais John ne s’arrêta pas là et environ deux minutes plus tard, il continua sa ronde vers la seconde bénévole pour demander à nouveau caresses et câlins. Il procéda ainsi pour chaque personne se tenant autour de la tombe, en restant plusieurs minutes avec chacune d’elles, toujours en meuglant, frottant sa tête et se collant à nous. Il arriva jusqu’à moi et fit la même chose. Les jours suivants, John ne s’éloigna que très peu de l’endroit où Rose fut enterrée, y dormit même les deux premières nuit et mangea moins que d’habitude.

La mort de Rose fut un véritable choc pour moi. Elle est la première dont je me suis occupée avec autant d’espoir et d’attention à être décédée. Je pense que comme pour les pros dans le domaine de la santé, le premier décès est toujours compliqué à vivre. Ce fut le cas pour moi, mais j’ai voulu rester forte pour toutes celles et ceux qui souffraient davantage que moi et qui avait besoin de mon soutien. Aujourd’hui, je me console en sachant que Rose ne souffre plus, qu’elle est soulagée et n’est plus soumise ni à l’exploitation de l’Homme ni à son handicap causé par ce dernier. Malgré ma peine pour Rose, c’est bien la réaction de John face à son décès qui m’a réellement bouleversée cette nuit là et m’a fait fondre en larme. Dorénavant, je ne sais pas comment je réagirai lorsqu’une énième personne me soutiendra que les animaux n-h sont incapables de sensibilité et d’émotions. Comment ces personnes, qui n’ont pour la plupart jamais passé la moindre journée en compagnie d’un animal n-h, pourraient comprendre cela alors que beaucoup vont même jusqu’à douter de leur capacité à ressentir la douleur (alors que celle-ci est largement documentée scientifiquement) (1)(2) ?

Les rencontrer réellement

De cette soirée si triste mais pleine de signification, j’ai retenu une chose : pour comprendre les animaux n-h, pour saisir la subtilité et la richesse de leur langage, il est nécessaire de les rencontrer. Par là, j’entends bien évidemment une réelle rencontre d’individu à individu et non d’individu à produit consommable. Il est facile pour les pros de la filière cadavre de se détacher et de mettre une barrière pour se séparer de l’animal n-h quand on le considère comme un produit, ou que l’on ose même appeler son cadavre du “minerais” (3). Je pense même que cela est une condition sinequanone pour ne pas se détruire psychologiquement en réalisant ce métier. Ça prétend aimer leurs animaux (et je peux concevoir que ce soit dit en toute bonne foi) mais si cela était vraiment un amour réel, les animaux n-h ne seraient pas envoyés à l’abattoir. L’amour, c’est vouloir le bien de l’autre, pas sa mort.

Je ne peux que conseiller à toute personne portant un minimum d’intérêt aux animaux de se rendre dans un lieu qui pourra offrir une réelle rencontre entre vous et l’animal. Pas dans un zoo qui de par ses grilles, ses murs, ses vitres et ses cages vous empêchent de le comprendre et d’échanger réellement avec lui. Pas dans un cirque ou un delphinarium qui n’ont aucune notion de pédagogie. Pas dans une ferme pédagogique qui ne fait que refléter une vision fantasmée de l’élevage, un élevage à la française qui n’existe presque plus aujourd’hui et qui ne présente l’animal que comme un objet. Encore moins dans un élevage qui pousse les précédentes caractéristiques à leur paroxysme.

Allez à leur rencontre dans un endroit où vous serez à même de passer des heures entières avec un seul individu, car c’est le seul moyen de saisir l’entièreté de son caractère et de sa personnalité. Ce n’est qu’en ayant un véritable contact avec les animaux n-h qui sont habituellement destinés à être consommé que vous vous rendrez compte que les cochons, les vaches, les moutons et j’en passe, ont tout autant de personnalité que vos chiens ou vos chats. Tout comme l’être humain, ils ont des personnalités radicalement différentes selon les individus et sont capables d’émotions. Des exemples comme celui de John et Rose, je pourrais maintenant vous en citer des dizaines maintenant que j’ai appris à voir les animaux non-humains différemment. Rencontrez-les vraiment, vous aussi ! ❤️


Bibliographie

(1). P. Le Neindre, R. Guatteo, D. Guémené, J.-L. Guichet, K. Latouche, C. Leterrier, O. Levionnois, P. Mormède, A. Prunier, A. Serrie, J. Servière. (2009). Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage. Expertise scientifique collective, synthèse du rapport, INRA (France), 98.

(2). M. Faure, V. Paulmier, A. De Boyer Des Roches, A. Boissy, E.M.C. Terlouw, R. Guatteo, J. Cognié, C. Courteix, D.Durand. (2015). Douleur animale. Evaluation et traitement de la douleur chez les ruminants. INRA Prod. Anim., 28 (3), 231-242

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Dans cet extrait du rapport d’expertise de l’INRA sur l’identification de la douleur animale, vous aurez le plaisir de constater que même l’INRA ne peut s’empêcher de casser du sucre sur le dos des abolitionnistes : 1. en les qualifiant de radicaux, 2. en sortant des débilités sur notre “volonté de couper tout contact avec les animaux” (100 % faux) 3. en les accusant de façon foireuse et à moitié dissimulée d’avoir recours au sophisme de l’appel à la nature.

(3). Pour faire simple, on nomme dans l’industrie agroalimentaire “minerai de viande” un mélange de chute de viande issue de la découpe de l’animal. Ce mélange est utilisé dans les préparations contenant par exemple de la viande hachée. “Le minerai de viande au coeur de la polémique

Les extrémistes 269 Libération Animale maltraitent les animaux ! – Actu antispé #1

Les extrémistes 269 Libération Animale maltraitent les animaux ! – Actu antispé #1

Bonjour les carencé.e.s !

Jeudi 5 juillet, l’association 269 Libération Animale a sauvé la vie de Charlotte. Extraite par les activistes antispécistes de l’abattoir de Tielt (déjà bien connu pour ses cas de maltraitance), elle a ensuite été accueillie au sein d’un sanctuaire où elle pourra enfin retrouver son droit le plus fondamental : vivre sereinement, en sécurité, sans craindre la mort et sans être exploitée et maltraitée.

Voici ce qu’est une véritable maltraitance animale.

Il était évident que beaucoup trouveraient à redire sur cette action de sauvetage, à commencer par les acteur.rices de la filière cadavre. En tant qu’activiste, on ne peut qu’être habitué.e à ces réactions défensives. Malgré cela, très peu de personnes peuvent prétendre à un niveau d’indécence aussi élevé que celui du ministre flamand “du Bien-Être”, Mr Ben Weyts qui le jour même de l’action, déclara dans la presse :

On dépasse toutefois les bornes quand on traverse toute la France pour dénoncer de la maltraitance animale à laquelle on finit soi-même par s’adonner. Il nous est permis de croire que le Parquet poursuivra. Nous avons établi un PV et l’avons ajouté au dossier du Parquet.” Ben Weyts

Vous avez bien lu. Le ministre du “Bien-Être” flamand accuse clairement les activistes de 269LA de “maltraitance animale”, principalement à cause de la façon dont s’est déroulé le sauvetage de Charlotte, dont l’évacuation de l’abattoir a bien évidemment dû être la plus rapide possible.

Un simple visionnage du live de l’action de 269LA suffit pour se rendre compte de l’absurdité de ces accusations de “maltraitance animale” soit disant commises par les activistes. Un sauvetage n’est jamais simple, a fortiori lorsque les employé.e.s de l’abattoir sont présent.e.s et qu’il faut agir vite. Même dans le cas où vous trouveriez leurs gestes trop “brusques”, il est important de remettre les faits en perpective. Charlotte n’a connu qu’une triste vie d’exploitation et était destinée à l’abattage puis à la transformation de son cadavre en jambon, de ses os, de sa peau, de ses pieds, tendons et cartilages en gélifiant pour bonbons et que sais-je encore… Dans ces conditions, les personnes qui ont sauvée Charlotte sont-elles vraiment le problème principal ? Ma réponse est non. On ne peut reprocher décemment à des activistes d’avoir sauvé un individu innocent en prétextant une fausse brutalité, qui de toute manière serait bien moindre comparée à l’horrible sort qui attendait Charlotte. En voudriez-vous à la personne qui vous attrape un peu trop brusquement pour vous sortir d’un incendie ? En voudriez-vous à celui ou celle qui vous sauve, qui vous met hors de danger pour vous offrir une vie paisible ; alors que tout ce que vous auriez connu jusqu’à présent n’est qu’exploitation et souffrance ?

Une mauvaise foi à toute épreuve

Ce qui me révolte le plus et me motive à écrire cet article alors même que je ne fais pas partie de 269LA et ne partage pas certaines de leurs idées stratégiques, c’est bien la mauvaise foi totale du ministre Ben Weyts, ainsi que de toutes les personnes qui osent accuser une association animaliste de “maltraitance animale”.

Comme on le constate dans beaucoup de luttes sociales, il est beaucoup plus facile de pointer du doigt les personnes qui dénoncent plutôt que de regarder les choses en face. Encore une fois, plutôt que de se concentrer sur l’exploitation, la souffrance et la mort des animaux non-humains, ce sont les activistes ainsi que toutes les personnes qui se battent contre ces oppressions qui deviennent le problème principal.

De plus, les critiques de 269LA ont la mémoire courte, et une attention très sélective. Quelle hypocrisie de reconnaître la maltraitance animale uniquement quand cela les arrange ! Ces personnes et plus particulièrement BW s’offusquent que des activistes attrapent un cochon pour le mettre en sureté, mais j’ai une question pour elleux ! Combien de cochons arrivent déjà mutilés à l’abattoir ? Combien de cochons arrivent épuisés, affamés, déshydratés ou DÉJÀ MORTS dans les bétaillères à cause des conditions de transport désastreuses ? Et quand bien même, l’abattage n’est-il pas le summum de la maltraitance ?

Où se trouve vraiment la maltraitance ? Du côté des activistes antispécistes qui avec courage viennent sauver un individu innocent en l’attrapant fermement ? Ou plutôt du côté de celles et ceux qui font naître inutilement dans le seul but de tuer, qui enferment, qui mutilent, qui castrent à vif, sectionnent les queues des cochons à vif, qui exploitent, qui oppressent en prétendant aimer leurs victimes, qui envoient à l’abattoir, qui font tuer ou tuent directement ? Mr. Weyts tenterait-il de nous faire croire que Charlotte n’aurait pas été maltraitée si elle n’avait pas été sauvée par 269LA ?

Je vous laisse méditer sur ces questions. Le sauvetage de Charlotte me remplit de joie et d’espoir. Une innocente a été sauvée de ce système spéciste, et je pense aussi à toutes les autres victimes…

Source :
RTBF.be : Activistes antispécistes à l’abattoir de Tielt: le ministre Weyts les accuse de maltraitance animale.
Photo à la une : L214 – Ethique et animaux.