Aujourd’hui, nous sommes le 8 mars, l’occasion rêvée pour vous proposer ce billet bonus. En ce jour important, il me parait pertinent de faire une petite piqure de rappel féministe. Comme vous le savez forcément, nous célébrons aujourd’hui la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Pas “la journée de la femme” .

Ni “la journée un soutif acheté, une culotte offerte” .

Page d’accueil du site marchand Etam, affichant fièrement l’offre “1 soutien-gorge acheté = la culotte à 1€”. On leur reconnaîtra tout de même le “mérite” d’avoir presque correctement nommé le 8 mars, en ne cédant pas au vulgaire “journée de la femme” .

Dépolitisation et instrumentalisation des luttes féministes

Cela peut vous paraître futile d’insister sur la formulation, mais la distinction est importante. Pourquoi ? Tout simplement car se contenter de parler de la “journée de la femme” revient à dépolitiser les luttes féministes, en excluant les notions de “luttes” et de “droits des femmes” .

Dépolitiser nos luttes a beaucoup de conséquences. Premièrement, cette appellation de “journée de la femme” nous empêche d’être réellement prises au sérieux. Elle renvoie à quelque chose de “léger” et de “festif” alors que la lutte pour les droits des femmes n’a rien d’une partie de plaisir.

Cette appellation invisibilise une nouvelle fois la lutte féministe, ainsi que les conséquences désastreuses et quotidiennes du sexisme sur les femmes et les minorités de genre.

Elle nous impose une charge de travail d’éducation supplémentaire : celui que je suis en train d’abattre actuellement. Alors que je pourrais me focaliser sur d’autres aspects de nos combats, je me dois de rédiger ce billet pour mettre les points sur les i.


La “journée de la femme” et les stéréotypes de genre

Le stéréotype est la base de toute discrimination. Il nait du besoin d’économie cognitive de notre cerveau, qui n’a pas la capacité de traiter toutes les informations en même temps. Ainsi, plutôt que de décrypter une personne en détail quand nous la rencontrons, notre cerveau ira au plus simple et au plus rapide : coller sur cette personne une “étiquette” toute faite. Cette étiquette, c’est ce que l’on appelle le stéréotype.

Petit à petit, les stéréotypes s’ancrent dans notre cerveau. Plus nous les utilisons, plus ils deviennent puissants et difficiles à déconstruire. Si certains stéréotypes peuvent être inoffensifs et réellement utiles au quotidien, d’autres s’avèrent bien plus délétères.

C’est le cas lorsqu’ils deviennent des “préjugés” , que l’on peut définir comme des idées préconçues sur des groupes sociaux, mais dont la connotation est négative. Exemple : “les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” . L’étape suivante est le passage à l’acte par la discrimination et la violence. Exemple : “coucher avec une femme, même si celle-ci a dit “non” , puisque les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent” .

Cette construction sociale des stéréotypes se fait de façon inconsciente et insidieuse. Chaque personne utilise des stéréotypes au quotidien par souci d’économie cognitive ; prétendre le contraire serait malhonnête.

La “journée de la femme” participe à l’élaboration de ces stéréotypes de genre, à coups de marketing et de promotions alléchantes sur des culottes ou des mixeurs plongeants. Lorsque l’on me dit que “je devrais me concentrer sur des combats plus importants que les “petites blagues” ou les publicités sexistes” , je dis non.

S’attaquer aux stéréotypes, c’est arracher le mal par la racine : là où naissent les discriminations. Le travail de déconstruction des stéréotypes est absolument primordial. Utiliser des stéréotypes n’est pas une honte, c’est inévitable, le tout est de savoir s’en détacher en en prenant conscience afin de ne pas céder aux préjugés et à la discrimination.


En cette journée du 8 mars, j’aimerais qu’on laisse de côté les culottes et les mixeurs. J’aimerais que l’on se concentre sur les luttes et les moyens à notre disposition pour améliorer la situation des femmes et des minorités de genre. En 2019, j’aimerais que l’on se battent pour TOUTES les femmes, pas seulement les femmes blanches, hétérosexuelles, dyadiques, cisgenres, valides, [insérez ici toutes autres normes dominantes]. NOUS TOUTES, ensemble !

Les alliés du féminisme nous sont également d’une grande aide (oui messieurs, c’est de vous dont je parle 😉). Si vous souhaitez creuser le sujet, ou si vous vous demandez comment faire avancer la situation à votre échelle, je vous recommande la lecture de mes autres articles de la catégorie féminisme.

Bonne journée internationale de lutte pour le droit des femmes ♥️